Archives de Catégorie: Roman historique

Maria Ernestam, Toujours avec toi

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Ernestam - Toujours avec toiUne fille de mon âge était assise sur le canapé. Elle avait un visage en forme de cœur et une petite bouche arrondie. Des joues pommelées, le teint pâle, de petites mains, un chemisier tendu sur les seins. Deux tresses brunes pendaient dans son dos. Leurs extrémités reposaient sur le tissu du canapé. Elle portait une marque de naissance en forme de fleur sur la joue. Bref, une ravissante créature, en décalage avec ce décor miteux.

Je sentis sa chaleur lorsqu’elle me prit dans ses bras. Elle avait l’odeur des pommes séchées de père. Sa respiration était calme et régulière. J’entendis le garçon émettre un sifflement ébahi. « Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau ! On dirait des sœurs. Il n’y a que les cheveux qui vous différencient. »

Ma sœur jumelle parla enfin, ce qui la rendit soudain plus humaine.

– Bienvenue dans ce misérable trou à rat, Rakel. Je suis heureuse que tu sois là. À nous deux, on va bien réussir à y mettre un peu d’ordre !

Babel, page 106

Inga est une femme heureuse et une photographe d’art reconnue. Mais lorsque son mari décède, tout sens est perdu. Elle trouve refuge sur l’île de Marstrand, dans la maison familiale. L’isolement lui sied et l’amène peu à peu sur les traces d’une histoire cachée. Elle trouve une lettre d’une certaine Rakel adressée à sa grand-mère. Elle devine l’importance du lien qui lie les deux femmes et tente de remonter le temps, de comprendre. En se concentrant sur les secrets de ses aïeux, peut-être pourrait-elle surmonter à sa douleur et trouver un nouvel équilibre…

La question du deuil et de l’amour est prégnante au fil des pages, sous des formes variées qui permettent de s’y retrouver. Maria Ernestam fait preuve d’une simplicité dans l’écriture, d’une délicatesse dans les sentiments. Les chapitres s’alternent et attisent la curiosité du lecteur. Pas d’excès de pathos, mais le léger feu d’une quête. L’occasion d’aborder des aspects peu connus de la Première Guerre mondiale, en tout cas en France : la grande bataille de la mer du Nord, dite aussi bataille de Jutland ou bataille du Skagerrak, son horreur et ses secrets. J’ai également aimé comment la non-conformité des relations entretenues par les personnages est amenée avec naturel et se fond dans une ambiance et une époque pas si lointaine. Retrouver la femme en la grand-mère, retrouver son histoire.

De la même auteure, lisez Les Oreilles de Buster.

Découvrez aussi La Nonne et le Brigand de Frédérique Deghelt et Vif comme le désir de Laura Esquivel.

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Evelyne Brisou-Pellen, Les Messagers du temps

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Brisou-Pellen - Les Messagers du temps 1Windus songea qu’il connaissait l’histoire de tous les peuples celtes, mais qu’il lui restait beaucoup à apprendre sur la nature du monde, le mouvement des astres et les pouvoirs des druides. Comment utiliser la magie de la parole, se servir des plantes, influer sur les forces de la nature ? Il avait tant à découvrir ! Pourvu que Morgana ne le dénonce pas !

Non, il avait confiance. Si cela n’avait pas paru trop prétentieux, il aurait dit que, bien qu’il soit esclave et elle libre, Morgana était son amie. En tout cas, pour la première fois depuis bien longtemps, il ne se sentait plus seul. Pour la première fois depuis qu’il avait vu ses parents agoniser dans une mare de sang et sa sœur partir enchaînée au milieu d’une colonne de prisonniers. Quand il revoyait son dernier regard, le désespoir le suffoquait. Il avait beau se répéter que lui aussi était esclave, ça ne le consolait pas. Sa sœur était si fragile…

Folio Junior, page 19

Ils sont trois messagers du temps, qui reviennent sur la Terre au fil de l’Histoire et des tomes. Trois entités qui forment un tout, un équilibre à la vie.

Dans le premier opus, qui se passe à Alésia, Windus, Morgana et Pétrus sont nés dans des camps différents. Le premier est un esclave germain, la deuxième est celte, et le troisième est un Celte de Province, région rattachée à Rome. Doué chacun de talents particuliers, ils vont s’unir pour le salut de leurs peuples.

Les Messagers du temps a clairement une vocation didactique. Malheureusement, celle-ci passe au premier plan et annihile le plaisir de la lecture. Il y a profusion de termes spécialisés et de rappels historiques qui paraissent plaqués à l’histoire, qui devient alors seulement prétexte. Peut-être est-ce un ouvrage qui mériterait d’être découvert enfant et n’est pas fait pour vieillir avec le lecteur, mais le tout manque indéniablement de relief et d’intérêt. Ce sentiment se confirme avec le deuxième épisode. Si le troisième ne me convainc pas plus, j’arrêterai ici. J’ai déjà connu plus de finesse aux romans historique d’Evelyne Brisou-Pellen…

Découvrez aussi La Bicyclette bleue de Régine Deforges et L’Autre de Pierre Bottero.

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Rosa Montero, L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir

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montero-lidee-ridicule-de-ne-plus-jamais-te-revoirDans son bref journal de deuil, Marie note avec une obsession du détail les derniers jours qu’elle a vécus avec Pierre, ses dernières actions, les derniers mots. C’est l’incrédulité face à la tragédie : la vie s’écoulait, si normale, et, soudain, l’abîme. La Mort ternit aussi nos souvenirs : nous ne supportons pas de nus remémorer notre ignorance, notre innocence. Ces journées que j’ai passées à New York avec Pablo, un mois à peine avant qu’on lui diagnostique son cancer, sont maintenant un souvenir incandescent : il allait mal et je ne le savais pas, il était si malade et je ne le savais pas, il lui restait un an à vivre et je ne le savais pas. Cette ignorance brûle, cette pensée torture, notre innocence à tous les deux avant la douleur finit par devenir insupportable. Je regarde à présent la photo magnifique que j’ai prise de la fenêtre de notre hôtel à Manhattan et je sens mon cœur se glacer.

Points, page 106

Pour servir de trame à L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero suit les traces de Marie Curie. Celle-ci a laissé un journal tenu pendant un an suite au décès brutal de son époux, Pierre Curie. La douleur de cette femme rude et passionnée entre en résonnance avec celle de l’auteure. Point de comparaison directe, mais le fil rouge du deuil, ponctué de considérations sur la vie et l’amour, le féminisme, l’écriture, les sciences…

Sur le papier, ça attise la curiosité, d’autant plus que de Marie Curie je ne connaissais pas grand-chose. Mais malheureusement la lecture est on ne peut plus décevante. La plume est maladroite et n’émeut pas : de l’écriture ou de la traduction, je ne sais ce qui pêche, mais c’est lourd et ne se laisse pas dépasser. Surtout si on y ajoute ce parti pris de l’emploi du hashtag sur papier #inintéressant #envahissant #cestquoilintérêt #nonmaissérieuxpourquoi #enfinbrefpassons #ahnonyenaencoreun. Quant aux réflexions plus ou moins métaphysiques ou au contraire très terre-à-terre de l’auteure, on s’en lasse dès les premières pages. Pas de profondeur ni de hauteur, on reste au niveau de la mer. Heureusement, le personnage de Marie Curie se suffit à lui-même pour pousser à avancer, à vite terminer.

Découvrez aussi La Nonne et le Brigand de Frédérique Deghelt et Roman à l’eau de bleu d’Isabelle Alonso.

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Anne Cuneo, Le Maître de Garamond

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Cuneo - Le Maître de GaramondD’un crayon agile, il a tracé les lettres :

MISET…BALI…RIBITORIAD

« Celles-ci étaient sur une pierre brisée, le reste manquait. Elles me plaisaient tout particulièrement, à cause de leurs proportions. Je n’avais pourtant jamais entendu parler de calligraphie humaniste, à l’époque. Tout juste de typographie. »

Maître Lefèvre les a contemplées, d’abord de près, puis de loin.

« Et maintenant, on vous envoie à Venise ? Je trouve l’idée excellente. »

« C’est essentiellement pour trouver des textes à publier. »

« Profitez-en pour apprendre ce que Venise peut transmettre. Vous ramènerez n France ce que notre compatriote Nicolas Janson, qui a quitté Paris pour apprendre l’imprimerie et n’y est jamais revenu, a laissé là-bas. » Il s’est soudain ressouvenu de moi. « Toi aussi, tu pars pour Venise, à ce qu’il paraît. N’oubliez pas, mes enfants : la manière dont l’Écriture sera couchée sur le papier, le fait qu’elle soit ou non lisible, cela est aussi vital que la pureté même du texte. »

Il a fouillé dans ses papiers.

« Puisse le paysan au manche de sa charrue en chanter des passages, le tisserand en moduler des bribes dans le va-et-vient de ses navettes, le voyageur alléger la fatigue de sa route avec des histoires ; puissent celles-ci faire les conversations de tous les chrétiens ! C’est beau, n’est-ce pas ? C’est mon ami Didier Érasme qui m’écrit cela. C’est une leçon qu’il faut retenir jusque dans la forme des lettres. »

« Vous devriez dire cela à Maître Estienne », a fait observer Maître Antoine. « Je crois qu’il ne le sait qu’à moitié. »

« Le simple fait qu’il vous envoie à Venise prouve qu’il le sait suffisamment. »

Là-dessus, nous nous sommes remis aux corrections. J’avoue ne pas avoir été tout à mon affaire. Ce qui s’était dit, le rôle que Maître Lefèvre attribuait à la typographie, me troublaient. Le métier que j’étais sur le point d’embrasser m’apparaissait soudain, pour la première fois, non plus comme un travail artisanal, mais comme une aventure de l’esprit.

Le Livre de Poche, pages 87-88

Issu d’une famille de drapiers, Claude Garamond découvre, émerveillé, l’imprimerie. Aux côtés de Maître Antoine Augereau, il débute alors son apprentissage. Mais plus que les techniques d’impression, la composition et la réflexion sur les textes, ce sont le dessin et la fonte de caractères qui l’attirent. Contrairement à son maître, clerc reconnu dans le milieu intellectuel, Claude se considère comme un simple artisan – un artisan au service de l’intellect tout de même. Seulement, face à une Église qui entretient le monopole des connaissances et chasse l’hérésie à tort et à travers, chercher à créer des caractères qui puissent être lus facilement par le plus grand nombre est une démarche engagée… et risquée. De Paris à Bâle, en passant par Venise et Poitier, aux côtés des plus grands du début de la Renaissance – Rabelais, Marot, Villon… –, il découvre un monde plein de richesses mais peu à peu en proie aux dérives les plus dangereuses.

Le Maître de Garamond, c’est une fresque humaniste, une aventure intellectuelle, une histoire de passions et de réflexion. En bref, un roman historique réussi. Anne Cuneo parvient avec brio à accrocher l’attention de son lecteur. D’ailleurs, tout est mis en place pour le plonger dans l’ambiance de l’ouvrage : le texte composé en Garamond, le style fluide qui s’accorde au propos, l’équilibre entre Histoire et histoire personnelle. Possédant quelques légères lacunes en termes de culture religieuse, il est agréable d’avancer de concert avec nos héros sur les cheminements de la pensée et de la théologie – pas de conversion en vue, rassurez-vous !

Un ouvrage d’où transparaît un amour des phrases, des mots, des lettres et de leurs graphies, tendant vers la construction d’une pensée cohérente, d’une médiation la plus large possible… Depuis cinq siècles, un bel idéal !

Découvrez aussi Les Piliers de la Terre de Ken Follett et Châteaux de la colère d’Alessandro Baricco.

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Régine Deforges, La Bicyclette bleue

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Deforges - La Bicyclette bleueAu même instant, on entendit, dominant le ronflement des moteurs, les cris des enfants, les piétinements de milliers de gens, les vrombissements tant redoutés.

– Vite, descendez, cria Antoine en quittant le voiture, couchez-vous dans le fossé.

Aidée par Léa, Camille sortit de la voiture, les mains crispées sur son ventre en un geste de protection dérisoire. Elle courut et roula dans l’herbe poussiéreuse du fossé auprès de Josette qui tremblait de tous ses membres et d’un couple de vieillards blottis dans les bras l’un de l’autre.

À basse altitude, les avions les survolèrent, si proches qu’on distinguait nettement les pilotes, puis remontèrent vers le ciel sans nuage. L’étreinte de la peur s’éloignait et quelques têtes commençaient à se relever quand, dans une subite volte-face, les aviateurs allemands mitraillèrent la longue et immobile colonne des fuyards aplatis contre terre.

La poussière projetée par les balles qui crépitaient su la route éclaboussa Léa. Deux fois, trois fois les avions repassèrent. Quand le vacarme meurtrier cessa, il y eut comme un long silence, puis les premiers gémissements, les premiers cris, les premiers hurlements se firent entendre, tandis qu’une fumée noire et nauséabonde, faite de chair humaine, de caoutchouc et d’essence mêlés, enveloppait le désastre. La première, Josette se releva, hébétée, couverte de sang. Elle hurla et tournoya sur elle-même. Camille se souleva lentement, indemne. Près d’elle, les deux vieux ne bougeaient pas. La jeune femme secoua l’épaule de l’homme. Le mouvement les fit roulez, révélant qu’une même balle les avait tués sa femme et lui. Sers deux points fermés, Camille étouffa un cri. Dominant son dégoût, elle se pencha sur les corps, dont elle ferma les yeux. Antoine n’avait rien. Dès que Léa fut debout, tout tourbillonna autour d’elle. Sans Camille, elle serait tombée.

Ramsay, pages 187-188

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Léa Delmas est une jeune fille insouciante. Fille de la terre, la demoiselle de Montillac collectionne les prétendants. Mais le 1er septembre 1939 apporte nombre de déconvenues : Laurent, qu’elle aime en secret, se fiance à la douce(reuse) Camille et la guerre quitte le seul centre des conversations pour devenir réalité et quotidien. Les beaux yeux violets de Léa s’ouvrent alors sur un monde de violence et de choix où la frivolité trouve difficilement sa place. Avec son caractère impétueux et sa provocante beauté, Léa se fait peu à peu à une nouvelle vie et, sans trop l’avoir cherché, se trouve plongée dans la Résistance. Enfin, ça c’est pour commencer, parce qu’avec les années, elle ira en Allemagne avec la Croix-Rouge, en Argentine à la poursuite de nazis, en Indochine où elle sera amenée à rencontrer Hô Chi Minh, à Cuba aux côté du Che, de Camillo Cienfuegos et de Fidel Castro, et, forcément en Algérie, compromise avec le FLN. Le tout accompagnée du mystérieux et honorable François Tavernier qui lui permet de noyer sa peur et sa peine dans un amour réparateur – entendez le sexe.

Une profusion d’adjectifs, de morts, de clichés, de douleurs, de beauté, d’honneur, de combats, de références historiques en huit tomes. Forcément, dit comme ça, ça fait pas rêver. Surtout lorsqu’on y ajoute un léger air de plagiat d’Autant en emporte le vent. Mais… mais La Bicyclette bleue, pour moi, c’est un petit joyau d’adolescence. Lue et relue, cette saga me fait toujours le même effet : une plongée dans un univers effréné, un cours d’histoire de France et du monde en mode accéléré et improbable, des yeux au ciel, un sourire sur les lèvres, et un voyage dans le temps au creux du ventre. En bref, un concentré de plaisir. Surtout que je lui dois sûrement en partie ma morale douteuse (il paraît). Merci Régine, ça fait du bien…

Objectivement, certes, il ne s’agit pas d’une grande œuvre littéraire, ni d’un ouvrage révolutionnaire. Je ne sais pas si c’est un livre à conseiller. Mais c’est là que c’est puissant : mon objectivité me fait absolument défaut – comme c’est souvent le cas avec les doudous. Alors maman, n’essaie pas d’y lire quoi que ce soit, mais il faut croire que c’est un peu mon objet transitionnel à moi !

Découvrez aussi La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero et L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon.

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Ken Follett, Les Piliers de la Terre

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Follett - Les Piliers de la terre– Vous voulez bâtir cette cathédrale vous-même, n’est-ce pas ? »

Tom hésita. Autant être franc avec Philip : l’homme n’aimait pas les tergiversations. « Oui, mon père. Je veux que vous me nommiez maître bâtisseur, dit-il aussi calmement qu’il le pouvait.

– Pourquoi ? »

Tom ne s’attendait pas à cette question-là. Il y avait tant de raisons. Quelle réponse Philip souhaitait-il ? Le prieur aimerait sans doute l’entendre dire quelque chose de pieux. Témérairement, il décida de dire la vérité. « Parce que ce sera beau », dit-il.

Philip le regarda d’un air étrange. Tom ne sut deviner s’il était en colère. « Parce que ce sera beau », répéta Philip. Tom crut avoir dit une ânerie et voulut se rattraper, mais l’inspiration ne vint pas. Puis il vit que le scepticisme de Philip cachait en réalité une émotion profonde. Les mots de Tom avaient touché son cœur. Enfin, il hocha la tête, offrant en quelque sorte son accord après réflexion. « Oui. Faire quelque chose de beau pour Dieu, que pourrait-il y avoir de mieux ? »

Tom resta silencieux. Philip n’avait pas dit : oui, vous serez maître bâtisseur. Tom attendait.

Le Livre de Poche, pages 323-324

Sur les routes de l’Angleterre du XIIe siècle, marchent Tom et sa famille. Une marche inexorable pour trouver un travail, tromper la faim et échapper à la mort. Car Tom est un bâtisseur sans chantier et sans le sou, avec un rêve au cœur : construire une cathédrale. Sur son chemin se dressent de multiples embûches et de grandes chances, des rencontres hasardeuses et des découvertes réjouissantes.

Cependant, bien plus que le roman d’un destin, Les Piliers de la Terre est une majestueuse fresque du Moyen Âge, servie par une écriture sobre – parfois presque naïve – qui met en relief la masse des individualités en les dépeignant sur un fond historique documenté. Tom, Philip, Ellen, Jack, Martha, Alfred, Aliena, William, Richard et les autres. On aime la force des personnalités, les engouements collectifs, les violences singulières, les jeux de pouvoir à n’en plus finir, les vocations plus ou moins désintéressées, les secrets de famille et d’État.

Ces quelques 1050 pages se lisent plaisamment et sans difficulté : tour de force de l’auteur. On ne sait jamais ce qui va arriver, et si l’on soupçonne certaines des difficultés que nos personnages auront à déjouer, rien ne prend jamais la teinte de l’attendu, du trop facile : autre tour de force. Les méchants ne se contentent pas de l’être, leurs natures sont tortueuses, tandis que les gentils ne le sont jamais totalement, du moins pas impunément. Les envies personnelles se heurtent à la réalité du monde, sans que l’un ne cède réellement le pas à l’autre. Tout est soumis au balancement des points de vue : de l’amour à la piété, de la manière d’administrer à celle de lutter.

Ce sont donc 1050 pages de plaisir et de bouleversement. 1050 pages de vie.

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