Nancy Huston, Dolce Agonia

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Huston - Dolce Agonia– « Terrifiant, pourquoi ? demande Sean. On meurt et puis c’est tout.

– Mon fils a peur de vieillir, dit Patrizia au même moment.

– Votre fils ? dit Charles. Quel âge a-t-il ?

– Neuf ans.

– Il a neuf ans et il a peur de vieillir ?

– Ben oui. Il dit qu’il n’a pas envie d’entrer dans les nombres à deux chiffres. Qu’il a suffisamment grandi comme ça. Qu’il voudrait s’en tenir là. »

Brian et Hall éclatent de rire.

« J’avais neuf ans quand mon père est mort, dit Sean. Je ne permettrai à personne de se moquer de la sensibilité d’un enfant de neuf ans.

– Il dit, poursuit Patrizia, qu’il n’arrive pas à croire que c’est ça sa vraie vie. Il dit que chaque chose qu’il voit lui brise le cœur parce que ça lui rappelle une autre fois où il l’a vue, « quand il était heureux ».

Babel, pages 169-170

C’est le soir de Thanksgiving. Douze personnages et demi se retrouvent pour l’occasion chez le poète Sean Farrell. Le poète et alcoolique Sean Farrell. Ce sont les moindres des maux. Dépression, drogue, racisme, Apartheid, mort, inceste, prostitution, prison, maladie : la liste est encore bien plus longue. Et entre chaque chapitre, Dieu nous éclaire. Au fil des pages, il nous décrit par le menu comment il fera mourir successivement tous ces êtres.

Dit comme ça, on ne s’attend pas à un roman très optimiste. Certes. Mais il n’en est pas moins splendide (à mon avis) et, peut-être qu’il y a tout de même de l’espoir. Car la plume de Nancy Huston opère encore des miracles. C’est avec fascination que l’on suit les méandres de pensées et des sentiments – parfois fugaces mais pourtant prégnants – de ces douze adulte aux prises avec leur vie. Parenthèses à l’appui, l’auteur nous emmène et l’on oscille entre réalité et souvenir, présent et imaginaire. Les vies s’entremêlent et se scindent sous nos yeux attentifs. Violence et amour se jouxtent, et l’on ne sait pas toujours qui l’emportera. La mort sûrement…

De la même auteure, lisez Lignes de faille, Instruments des ténèbres, Danse noire et Trois fois septembre.

Découvrez aussi Les Oreilles de Buster de Maria Ernestam et Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt.

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  1. Bonjour très charmante demoiselle, cette article ne manque pas d’intérêt, c’est pourquoi je me permet de vous faire remarquer la petite répétition du mot poète (chez le poète Sean Farrell. Poète et alcoolique.) Afin qu’éventuellement vous puissiez y remédier. Bonne journée et belle continuation.

    • Cher damoiseau, après lecture de votre commentaire, je me lis et me relis. Un coup je trouve que ça fait effet de style, une coup que ça fait répétition (c’était voulu au départ). Je fais une petite modification en espérant que ça ne fera plus que « effet de style » ! J’espère par ailleurs que ma continuation sera belle et vos visites régulières…

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