Nancy Huston, Danse noire

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Huston - Danse noireMesse de dimanche dans la minuscule église de village que nous connaissons déjà. Âgé de dix ans, Milo est assis au troisième rang près de son meilleur ami Normand. Nettement plus grand et plus costaud que Milo, Normand a dû redoubler un certain nombre de fois. (Ah, Astuto, on peut dire qu’elle est bigarrée, la bande de tes amis ! D’un bout à l’autre de ta vie, rien que des désaxés, des artistes et des parias, des obèses et des pédés.)

Perclus d’ennui, les deux garçons jouent avec le feu qui s’appelle fou rire. Ils se passent et se repassent le programme de l’office, chacun gribouillant dans la marge un dessin destiné à faire pouffer l’autre. Le dessin de Normand, qui montre un garçon en train d’uriner sur une jeune femme enceinte, porte la légende : Je te salis Marie, pleine et grasse. Milo ravale son rire, c’est à son tour. En quelques traits rapides il a fini ; Normand reçoit un dessin qui montre des pommes, des poires et des cerises jaillissant d’une pile d’intestins : Béni soit le fruit de tes entrailles. Il s’ébroue, faisant tourner des têtes.

Actes Sud, page 139

Un duo qui réalise un film à trois voix, une histoire polyphonique et dissonante : voilà Danse noire. Aujourd’hui, Milo s’éteint doucement sur un lit d’hôpital. Dans le souffle d’un immense amour, Paul Schwarz, grand réalisateur New-Yorkais, projette le cinéma de sa vie sur l’écran de nos pensées. Une vie incroyable, intimement liée – dans sa distance – à celles de sa mère et de son grand-père. Trois trajectoires qui s’évitent et se répondent. Au rythme de la capoeira et des battements de cœur, sous le feu de la révolution irlandaise ou dans l’exiguïté d’une sordide chambre d’hôtel, les personnages vont et viennent, se construisent, détruisent, renoncent et recommencent.

Nancy Huston jongle avec les cœurs et les langues, dans le temps et l’espace. Je suis toujours émerveillée par sa capacité à ne pas rendre l’horreur systématiquement repoussante, à rêver des personnages si complexes que nous nous perdons dans les méandres de leur être, et à habiter ses textes grâce à une plume douce et cinglante, abrupte et poétique. De ses mots s’échappe une rare puissance. Dans un murmure, le rêve s’épanouit. Et si la vie revêt parfois les couleurs de la futilité, ce n’est que pour mieux nous frapper par sa violence et sa beauté.

De la même auteure, lisez Lignes de faille, Trois fois septembre, Instruments des ténèbres et Dolce Agonia.

Découvrez aussi La Nuit des princes charmants de Michel Tremblay et Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt.

Merci à Price Minister pour l’envoi de cet ouvrage dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire !

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    • Il faut également avouer qu’en ouvrant l’ouvrage, je pars à la recherche de l’envoutement… ce qui le facilite ! Mais oui, la plume de Nancy Huston, ses procédés littéraires et les sujets qu’elle aborde avec violence et brio me toucchent toujours énormément !

  3. Je suis bien contente de lire ta chronique, je m’interrogeais sur ce Dernier Nancy Huston. J’aime beaucoup ce qu’elle fait, mais on est parfois à la limite de l' »indigeste » (paradoxal hein..) dans certains de ses romans…

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