Jean Teulé, Je, François Villon

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Teulé - Je, François VillonElle se retourne encore – je vois passer des flots de chair – me fait la position de la femme sur l’homme : « La sorcière chevauchant son balai ! » hurle-t-elle, engloutissant à plein pichet le nectar d’Argenteuil que Guy vient de lui tendre. Le vin déborde et ruisselle sur ses seins pendants et énormes – plus gros que ma taille – qu’elle balance de gauche à droite et dont elle me gifle les deux joues en braillant des refrains orduriers. Dans les éclaboussures enivrées de ses mamelles mythologiques, elle meugle aussi : « Hardi petit ! », s’anime d’une frénésie. Elle tape des reins et m’écrase par coups violents à m’en faire éclater les os. Les planches du réduit tressautent. Des filets de poussière s’en élèvent. Elle bat du cul tandis que dehors, ses enfants jouent du tambour et de la flûte. Ah, mais quelle femme ! Je nais aussi de ce carnage-là, barbouillé de lie dans le délire enflammé des torches. C’est une révélation. Je veux cette vie-là jusqu’à la corde. Ah, je me plais dans cette ordure. Ah, nom de Dieu !

Pocket, pages 79-80

Lui, François Villon, grand nom de la poésie française, fait personnage d’un roman fourni en stupre, en violence et en vers. Fils d’un pendu et d’une suppliciée, il est élevé par un chanoine qui aura su lui prodiguer amour mais pas morale chrétienne. Prince parmi les miséreux, apprenti parmi les assassins, poète ennuyé du bucolique Charles d’Orléans, il est avide d’une liberté qui ne s’embarrasse pas du bien : chaque crime commis semble être un pas vers l’absolu. En amour ou en amitié, l’éphémère voisine l’éternité, avec pour seule certitude, un jour, d’être condamné.

Jean Teulé nous plonge dans un Paris et une ambiance où l’horreur est faite quotidienne et banale. Il nous heurte dans nos sensibilités : est-ce le but ou le moyen, ce n’est pas toujours très clair. Il a beau dépeindre une époque où notre normalité n’avait pas cours, j’y vois un soupçon de voyeurisme, qui pourtant ne s’assumerait peut-être pas toujours. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer que si nombre de tortures ou d’immondices sont décrites dans leurs moindres détails, seule une scène de viol homosexuel est laissé en suspens, ellipse pudique insensée dans cet amas de brutalité.

Le roman est à l’évidence richement documenté et permet d’appréhender la vie de ce poète que je ne connaissais finalement que peu. Les poèmes trouvent une toute autre dimension dans le contexte et la chronologie de sa vie. Une lecture intéressante donc, mais qui m’a paru par moment fatigante par son style, dans l’esprit de l’ancien français et des structures grammaticales de l’époque, et son ignominie redondante.

Découvrez aussi Le Maître de Garamond d’Anne Cuneo et Requiem des innocents de Louis Calaferte.

Écoutez les premières pages !

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