Archives de Catégorie: Littérature francophone

Vincent Villeminot, Les Pluies

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Villeminot - Les PluiesJ’ai enregistré ton frère et ta sœur sous mon patronyme, pour que nous ne risquions pas d’être séparés. Ils sont désormais Noah et Ombre Kamiesh, mon demi-frère et ma demi-sœur par le père. C’en serait comique si ce n’était à pleurer – la seule dont j’aie jamais imaginé qu’elle devienne ma famille, c’est toi. Tu sais parfaitement que je ne m’entendais pas toujours bien avec Noah, avant tout cela. Quant à Ombre, je ne suis pas très doué avec les bébés. Il va falloir que j’apprenne.

Fleurus, page166

Lorsque le roman commence, cela fait déjà huit mois qu’il pleut. La vie s’est régulée sous le ciel gris et les gens ont trouvé un semblant d’équilibre. Même l’amour reste possible, et c’est bien ce qui unit, silencieusement, Kosh et Lou. Sauf qu’à force, les digues rompent, la rivière sort de son lit, l’eau monte et la terre est engloutie. Les deux fratries se retrouvent alors à fuir ensemble : Kosh, Malcolm, Lou, Noah et Ombre. Et si Kosh et Lou sont liés par des sentiments très forts, les relations sont globalement tendues. Chacun devra faire preuve de patience et d’esprit d’adaptation pour pouvoir survivre…

Dans Les Pluies, Vincent Villeminot croque un monde post-apocalyptique. Et l’on sait que, pour ce faire, la recette du déluge est assez fiable. Faut dire que le premier à avoir eu cette idée est une référence. Mais pas question ici d’embarquer avec des animaux sur un bateau. Plutôt un parcours du combattant et de la solidarité, qui se fait souvent bien rare, il faut l’avouer. Parce que si tout le monde il est pas complètement méchant, faut quand même se souvenir que le pire ennemi de l’homme, c’est lui-même. Alors comme dans tout bon roman de ce genre qui se respecte, c’est l’occasion de parler pouvoir, vol, viol et autres joyeusetés humaines.

Les idées sont bonnes et le scénario bien ficelé, il a notamment l’avantage de ne pas être prévisible. Certes l’auteur n’évite pas tous les écueils – si ses personnages ont globalement du relief, Kosh a tendance à être trop conciliant, loyal, responsable et courageux, en doutant de lui pile comme il faut pour pas être insupportablement parfait (ou parfaitement insupportable) – mais nous offre globalement un roman très agréable à lire.

Découvrez aussi La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero et Les Maîtres du vent de Judith Bouilloc.

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Alexandre Seurat, La Maladroite

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Seurat - La MaladroiteLA GRAND-MÈRE

Je n’avais pas tout anticipé, c’est vrai. Moi, je pensais qu’elle avait retrouvé l’essentiel, devenir mère, avoir sa fille. Mais il fallait du temps, l’enfant ne vous adopte pas du jour au lendemain, surtout après un mois d’absence, et puis Diana pleurait la nuit, se réveillait, et elle n’y arrivait pas, elle était fatiguée, elle s’énervait. Alors je lui ai proposé de prendre le relais, mais elle ne voulait pas d’abord, elle voulait tout faire toute seule. Diana s’assoupissait, se réveillait, pleurait, et ma fille se sentait submergée, et pleurait elle aussi, se repliait sur elle-même. Alors je me suis retrouvée avec ma fille pleurant sur ma petite-fille pleurant, et m’occupant des deux. Ma fille me répétait, Elle ne m’aime pas, et c’est vrai que Diana devait sentir sa mère fragile, les enfants de cet âge sentent surtout, et c’est vrai qu’avec moi la petite pleurait moins, alors la nuit, je m’en occupas, je prenais Diana, et je lui chantais de petites berceuses du temps où j’avais eu mes filles, c’était très agréable, et quand je la berçais, Diana allait de mieux en mieux. Ma fille n’aimait pas ça, ma fille supportait mal la place que je prenais. Alors que moi je lui donnais tout mon soutien, ma fille prenait ombrage du soutien que je lui donnais.

Babel, pages 27-28

Diana a quelques jours et l’on dit d’elle qu’elle est morte. Elle a quelques mois et pleure beaucoup, s’agite, ne joue pas, s’éveille peu. Elle grandit et son corps se couvre de bleus, de brûlures et de traces en tous genres. Diana a huit ans et elle disparaît. D’une école à l’autre, son existence se dissout dans la solitude et l’impuissance.

Alors celles et ceux qui l’ont côtoyée prennent la parole et racontent : leurs propres tourments, leur inquiétude, leur incompréhension, leur désarroi. Tous racontent des fragments d’une vie observée du coin de l’œil. Les seuls protagonistes à se taire sont les personnages principaux : Diana et ses parents. Dans ce silence transparaît une violence inouïe dont être spectateur c’est déjà presque être complice.

La langue est sobre et souligne l’horreur de l’histoire. Les constats, les doutes et les questions se font échos et interrogent les responsabilités individuelles et collectives. La Maladroite est le roman d’une enfance volée et brisée, d’une humanité bafouée. Il noue le ventre.

Découvrez aussi L’Effacement de Pascale Dewambrechies et Le Grand Cahier d’Agota Kristof.

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Virginie Despentes, Apocalypse bébé

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Despentes - Apocalypse bébé– Ça t’arrive, quand t’es sur une enquête comme ça, d’avoir peur ? Je veux dire, peur de ce que tu pourras découvrir ?

– Oui. Ça m’est déjà arrivé.

– Et là, ça ne t’angoisse pas ? Tu ne t’imagines pas que peut-être Valentine est entre les mains d’un sadique atroce qui la torture ? Ou qui l’a déjà tuée ? Et nous, on est là, on prend notre temps…

– Là, non. Je pense qu’elle est chez sa mère. Je pense qu’on va tournicoter trois ou quatre jours à Paris, histoire de dire que c’est fait, et ensuite on file chez la mère. Non ? Si ta mère t’avait abandonnée, t’aurais pas envie d’aller voir à quoi elle ressemble ?

– Je ne sais pas, la mienne ne m’a pas abandonnée. Au contraire, elle m’appelle tout le temps.

– Bon, ben, demain, quand tu vas voir ses parents, tu seras gentille de faire attention aux réactions du père quand tu lui parles de la vraie mère. Et aux réactions de la belle-mère aussi. La belle-mère, premièrement, tu la tiens pour suspect, d’accord ?

– Et pourquoi ?

– Principe de base. Les belles-mères sont suspectes. Tu connais pas tes contes de fées ?

Le Livre de Poche, pages 78-79

Lucie est détective privée et semble s’être spécialisée dans la surveillance des adolescents. Un quotidien assez peu palpitant en somme. Jusqu’au jour où Valentine, une ado en marge, échappe à son regard dans le métro et ne réapparaît plus. Commence alors une enquête dont le sérieux la déconcerte. Ne sachant trop par où commencer, elle fait appel à la Hyène, un concentré de hargne, d’ironie et de violence – avec un soupçon de gentillesse – dans un corps de femme. De Paris à Barcelone, les recherches prennent la forme d’une satire sociale.

Comptons sur Virginie Despentes pour nous offrir un roman où la critique s’épanouit grâce à une ironie mordante et un trash des plus agréables. Ses personnages sont hauts en couleur – même les plus mous d’entre eux –, les réparties cinglantes, l’écriture décomplexée et l’histoire pas trop mal ficelée. Se dégage un arrière-goût de « trop » qui fait sourire et donne envie d’y revenir, malgré une intrigue qui ne m’a pas transportée. Juste pour le plaisir de l’irrévérence.

Découvrez aussi Le Gang de la clef à molette d’Edward Abbey et Je viens d’Emmanuelle Bayamack-Tam.

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Jean-Philippe Blondel, Double jeu

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Blondel - Double jeuJe déprime.

Sérieusement.

Je regarde autour de moi, ma mère, mon père, les bourges de Clemenceau, les ex-tueurs de Saint-Ex – Dylan et ses nouveaux potes –, je trouve tout minable, petit, resserré je ne vois pas comment je vais m’en sortir, pourtant il faut que je m’en sorte.

Je pose mon front sur une des vitres du couloir du bâtiment G. Les autres sont en récré. Il est 4 heures de l’après-midi. Le ciel est couvert. Le bâtiment est vide. Je n’ai pas le droit d’être ici, normalement. Un bruit de clés. La Fernandez sort de la salle. Manquait plus qu’elle.

– Vous faites quoi, là, Silber ?

– Je m’apprête à passer par la fenêtre.

– Vous allez vous rater.

– Une grande habitude chez moi.

– Vous allez arrêter votre Jérémie, oui ?

– Mon quoi ?

– Jérémie. Saint Jérémie. Il se plaignait tout le temps. D’où le terme « jérémiade ». Vous connaissez le terme « jérémiade » ?

– Je ne suis pas illettré.

– Oui, enfin, il y a des progrès à faire en grammaire.

Je ne réponds rien. Je n’ai pas envie de me battre. Même avec des mots. Même contre la Fernandez.

Elle reste là. Elle plisse les yeux.

– Vous êtes sûr d’aller bien, Silber ?

– Honnêtement ?

– Honnêtement.

– Pas trop.

Actes Sud Junior, pages 41-42

Quentin est nouveau au lycée et tiraillé entre le désir de tout envoyer valser et de se battre. Autour de lui, des adultes qui veulent à tout prix le cadrer et des ados qui ne le comprennent pas mieux. Viré de son ancien bahut pour des problèmes d’absentéisme, d’insolence et de « mauvaises fréquentations », il se retrouve en terre inconnue, entouré de bourges. L’obligation de tout recommencer sans l’envie que cela nécessiterait. Jusqu’à sa rencontre explosive avec la Fernandez, sa prof de français qui l’enrôle dans un cours de théâtre pour jouer La Ménagerie de verre de Tennessee Williams. Tout à coup, le jeu et la vraie vie entrent en collusion et font des étincelles. Ça bouge enfin.

C’est toujours avec tendresse et respect que Jean-Philippe Blondel écrit l’adolescence, sa violence sourde, ses colères, ses angoisses et ses lumières. Il place ses personnages sur le fil et les fait avancer petit à petit, les laissant tanguer et retrouver leur équilibre. À coup de rencontres et de mots, il leur forge un caractère et possiblement un avenir plus radieux, ou du moins serein. Une lecture riche en émotions où l’optimisme parvient toujours à poindre le bout de son nez.

Double jeu a aussi été pour moi le fol espoir de pouvoir remuer les élèves, déplacer leur zone de confort et les accompagner, sans trop savoir où tout cela nous mènera. Une douce esquisse de réalité.

Du même auteur, lisez Brise-glace, Blog et La Coloc.

Découvrez aussi Le Chat aux yeux d’or de Silvana De Mari et Gil de Célia Houdart.

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Élise Thiébaut, Ceci est mon sang

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Thiébaut - Ceci est mon sangLe tampon lui-même, quand j’étais adolescente, me paraissait un objet maléfique et il me fallut de longs mois pour parvenir à en introduire un dans mon vagin, non sans avoir essayé un nombre incroyable de positions dignes du Kamasutra (mais avec, hélas, une issue moins agréable). Et même si je voulais jouer l’affranchie en m’enfilant des tampons comme on s’enfile un coton-tige dans l’oreille (encore que généralement on ne l’y laisse pas toute la journée), mon vagin de vierge faisait de la résistance. À ses débuts, tout ce qu’il voulait, c’était saigner en paix. Si on lui avait demandé son avis, il aurait passé ses journées à jouer Let it bleed sur une bonne vieille serviette en coton épais régressive qui me rappelait ma vie de nourrisson enveloppé dans ses langes, avec un roman policier, une tablette de chocolat et une bouillotte sur le ventre. Mais quant à le dépuceler avec un morceau de coton compacté, mieux valait ne pas y penser.

Je ne sais pas, honnêtement, comment j’ai fini par l’amadouer. Mick Jagger, Lou Reed et David Bowie ont dû plaider ma cause. Toujours est-il que, durant mes quarante ans de vie menstruelle, j’ai alterné entre les serviettes et les tampons, sans jamais trouver ça très confortable, et sans jamais me demander pourquoi le choix était si limité, entre sentir un machin frotter contre mes muqueuses ou avoir l’impression de porter une couche. J’ai accumulé des cystites, les mycoses, les éruptions, les inflammations aux alentours des règles, qui s’accentuaient et se déclenchaient au contact de certaines protections périodiques. Pourtant, si je pense à Marie-Antoinette, je bénéficiais d’un confort inédit, d’autant que je n’ai pas eu comme elle à m’entendre dire : « Non seulement vous avez des règles abondantes et douloureuses, mais en plus vous êtes condamnée à avoir la tête tranchée. »

La Découverte, pages 98-99

Élise Thiébaut, journaliste et féministe, a saigné tous les mois pendant quarante ans, à une grossesse et une pré-ménopause près. Phénomène on ne peut plus courant et étrange, qui valait bien qu’on en fasse au moins un livre. C’est avec une bonne dose d’humour qu’elle nous parle donc des « ragnagnas », les siennes et celles des autres, pour en ôter le vernis de silence et de méconnaissance. Histoire des menstruations et des croyances et peurs qui leur sont associées, petit tour d’horizon des protections périodiques, approche biologique (voire mécanique), mise en perspective à l’échelle des différentes sociétés et religions : de quoi se documenter et amorcer une réflexion nécessaire sur ce phénomène qui touche – plus ou moins régulièrement – au moins la moitié de la population mondiale.

Quelle meilleure arme que le rire et des informations claires pour lever un tabou sanglant ? Il n’y en a pas et l’auteure paraît être experte en la matière. Elle multiplie les parallélismes décalés mais incisifs entre les histoires : celle avec un grand H, la sienne et celles qu’on raconte. Cette « Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font » donne à réfléchir en mettant en lumière ce qui se passe dans nos culottes et les répercussions – réelles ou fantasmées – que ces coulées de sang peuvent avoir sur la vraie vie. Celle où parfois on aurait envie de balancer un tampon imbibé à la tête de ceux qui invectivent : « T’as tes règles ou quoi ? » Celle où l’on saigne tous les mois sans en mourir, mais pas toujours sans souffrir.

Découvrez aussi La Fabuleuse Histoire du clitoris de Jean-Claude Piquard et Beauté fatale de Mona Chollet.

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Amin Maalouf, Un fauteuil sur la Seine

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Maalouf - Un fauteuil sur la SeineCe sont, toutefois les premières phrases du discours qui restèrent dans la mémoire du public rassemblé sous la Coupole ce jour-là, le jeudi 3 décembre 1840. On s’attendait à ce que le nouvel académicien répondit, d’une manière ou d’une autre, au tollé insultant qui avait accueilli son élection face à Victor Hugo ; mais Flourens ne s’était pas contenté de justifier sa présence à l’Académie française. En quelques paragraphes brefs, il avait su rendre compte d’un véritable phénomène de civilisation. S’élevant au-dessus des querelles entre « classiques » et « romantiques », entre républicains, bonapartistes, orléanistes ou légitimistes, et au-dessus des inévitables conflits de personnes, il avait rappelé à ses confrères qu’un monde nouveau était en train de naître, dans lequel la science, son esprit, ses méthodes et ses applications allaient jouer un rôle déterminant. Et pas uniquement dans les domaines du savoir ou de l’enseignement ; en France, comme en Angleterre, comme dans d’autres pays, la généralisation des machines allait produire de nouvelles relations entre les hommes, de nouvelles doctrines politiques et philosophiques, transformant à la fois l’existence matérielle et la vie intellectuelle de la population entière.

Le Livre de Poche, page 166

Lorsqu’il est élu, chaque nouvel académicien prononce un discours qui rend hommage à son prédécesseur. Voilà une coutume qui a vu le jour dès la création de l’Académie française. Amin Maalouf est allé plus loin, puisqu’il est remonté jusqu’en 1634 pour retracer les vies et les aventures des dix-huit hommes (Académie française oblige, ça aurait été dommage qu’il y ait des femmes dans le lot) qui se sont succédés et ont occupé le 29fauteuil – celui sur lequel il siège dorénavant. Ce faisant, on remonte quatre siècles d’histoire de France, tantôt dans une approche politique, intellectuelle, artistique, littéraire ou scientifique. Toujours du point de vue d’une élite française reconnue (Académie française oblige, bis).

Amin Maalouf nous livre un kaléidoscope historique qui ne vise pas l’exhaustivité. L’entreprise est considérable et assez réussie. Cependant ses phrases, qui cherchent dans le même temps l’ampoule et la sobriété, ont eu tendance à m’exaspérer (Académie française oblige, ter). L’on a parfois l’impression que l’auteur hésite entre le roman, l’anecdote et la rigueur historique : l’équilibre, dur à trouver, manque. Faire d’un fauteuil un lieu de mémoire permet de retracer une histoire incarnée où les noms connus éclairent ceux qui se sont perdus dans l’oubli et d’offrir un panorama historique accessible. C’est intéressant mais un peu trop propre et démago pour ne pas être, au moins un peu, ennuyant.

Découvrez aussi Les Vies de papier de Rabih Alameddine et Je, François Villon de Jean Teulé.

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Anne Percin, Bonheur fantôme

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Percin - Bonheur fantômePendant que je me marrais, R. est allé chercher dans un tiroir deux petits couteaux dont il a frotté les lames l’une contre l’autre pour les affûter. Je continuais à regarder la bête. Ses gros yeux ronds étaient opaques, sa bouche entrouverte laissait voir ses dents jaunes. Quelle pitié que ce soit si joli, un lapin ! Avec un poisson ou une poule, on n’aurait pas eu tant de scrupules. J’avais posé les carottes de Paulette à côté. Le tout évoquait un tableau de Rosa Bonheur qui est à Bordeaux, on y voit deux lapins fauves contemplant avec enthousiasme un tas de carotte et un gros navet jaune. Sauf que dans son tableau, les lapins sont vivants. Nous, on faisait dans la nature morte.

Babel, page 87

Pierre a quitté Paris, sa thèse sur Simone Weil, ses amis et le mannequinat pour s’installer à la campagne, faire les brocantes et écrire la biographie de Rosa Bonheur, une peintre féministe du XIXe siècle qui peint des vaches – entre autres. Il a surtout quitté R., cet homme qu’il craignait tant de perdre. Alors, à La Flèche, il vit du minimum : minimum d’argent, minimum d’émotions et minimum de sentiments. Sauf qu’à défaut d’argent, des émotions et des sentiments, Pierre en a à revendre, qui bouillonnent en sourdine sous son crâne et dans son ventre, qui remplissent le vide de rien et le rien d’amour. Dans ce paysage calme peuplé de personnages épars, il apprend peu à peu : à dépecer les lapins et à dompter ses fantômes.

Une quête identitaire en pays sarthois, pourquoi pas. Écrite par Anne Percin, avec plaisir. Au final, un roman haut en couleurs, où pudeur et provocation entrent en harmonie. L’on découvre peu à peu l’histoire de Pierre en même temps qu’il apprivoise son existence. Humour, douleur et douceur parsèment son chemin où le deuil a laissé sa marque, à côté de l’insécurité, du bonheur et des erreurs. Bonheur fantôme porte bien son nom : sous couvert de peu d’événements, c’est le tourbillon d’une vie qui cherche à se vivre.

Découvrez aussi La Femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Je ne retrouve personne d’Arnaud Cathrine.

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