Eve Ensler, Enfin Insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire

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Ensler - Enfin insécuriséeUne part de moi craignait de ne jamais quitter l’Afghanistan. Et effectivement, alors que nous roulions de nouveau vers le Pakistan quelques jours plus tard, notre voiture s’est fait arrêter par un membre du redouté département de la promotion de la vertu et de la prévention du vice. Un mastodonte, avec une masse de cheveux longs et une barbe sale. J’avais ôté la burqa dans la voiture, et il m’a surprise portant un petit foulard sur la tête. Il m’a donné l’ordre de descendre. Il tenait une plaque de bois à laquelle était attaché le fouet en cuir long, plat et large utilisé pour les flagellations. Je me rappelais les chevilles couvertes de bleus de la femme que j’avais rencontrée à la première école RAWA, qui avait encore du mal à marcher. Il fulminait et criait dans une langue que je ne parlais pas mais comprenais parfaitement. Je me suis réfugiée dans un état de dissociation calme et étrangement familier. J’ai pensé aux femmes qui vivaient ainsi tous les jours et qui n’avaient ni recours ni échappatoire. J’ai ressenti l’impuissance folle, la rager contre sa laideur cruelle et indifférente. J’ai réalisé que je pourrais mourir là où être gravement rossée.

Denoël, page 92

L’on vit dans un monde dangereux : truisme s’il en est. Mais que fait le monde – ses classes dirigeantes – de tant d’insécurité ? Eve Ensler livre dans Enfin insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire un récit poignant qui mêle politique, féminisme, expérience personnelle, rencontres et anecdotes (qui n’ont rien d’anecdotiques). Dans la société post-11 Septembre, la recherche du sentiment de sécurité prime sur toutes les réalités ; la moindre vulnérabilité est traquée pour être annihilée, au risque d’emporter avec elle les dernières onces de liberté. Notre humanité est mise à mal pour être protégée. Mais de qui, de quoi, comment ? Et qui est réellement protégé ?

L’auteure parcourt le monde et sa route croise celles de jeunes Afghanes, de victime de viols en Bosnie, de rescapées de l’ouragan Katrina ou du tsunami au Sri-Lanka, de Mexicaines dont les filles disparaissent quotidiennement, d’américaines incarcérées à tort ou à raison… Chaque rencontre la confronte à une réalité toujours plus violente, des survivances. Elle éclaire et provoque, provoque surtout un ébranlement intime. Elle décrit ce que la vie peut avoir de pathétique sans jamais tomber dans le pathos facile. Chacune de ses réflexions s’appuie sur des faits, qu’elle vit, observe, décortique et analyse.

Elle nous tord les boyaux et c’est une violence qui soulage.

Découvrez aussi Beauté fatale de Mona Chollet et Parce qu’ils sont arméniens de Pinar Selek.

Écoutez les premières pages !

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