Mona Chollet, Beauté fatale

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Chollet - Beauté fataleLe dualisme occidental a fait du corps un objet de répulsion, étranger au vrai soi, une prison, un ennemi dont il faut se méfier, le siège de pulsions et de besoins susceptibles de mettre en échec la volonté de son « propriétaire ». Il s’agit donc de le transcender, de faire taire ses instincts, d’avoir le dessus sur lui – de « montrer qui est le patron », dit Bordo. Et, en effet, Portia de Rossi, au cours d’une phase où elle n’arrive pas à descendre en-dessous des 59 kilos, déplore que son corps « ait toujours le dernier mot » ; elle pense qu’il « la hait », formule révélatrice de cette dissociation que l’anorexie pousse à son comble.

Zones, pages 110-111

Mona Chollet attaque la question de l’aliénation féminine par le corps, à bras le corps pourrait-on dire (facile et manque de fluidité, mais passons). Série télé, presse féminine, mannequinat, cinéma, santé… autant de domaines qui, si l’on prend la peine de s’y intéresser, témoignent dans le même temps d’une injonction à la consommation et d’une dictature de la minceur. Lorsque la femme se doit d’être féminine et que la féminité se concentre dans la séduction, le corps devient le champ d’une bataille sans faim (beaucoup plus subtile).

Riche d’exemples qui n’ont rien d’anecdotiques, ce texte permet d’aborder la question de la représentation des femmes et de leurs droits de manière très accessible et originale. Les références sont nombreuses et parlent d’elles-mêmes, mais l’auteure ne se contente pas de les présenter pour former son propos : elle les décortique et les met en perspective, apportant une raisonnance (tellement fin qu’on dirait une faute d’orthographe) tout à fait appréciable. Sa réflexion met en branle la logique bien souvent intégrées par les femmes qui fait de leur corps un instrument principal de leur subordination à la domination masculine, hétéro-normative et capitaliste.

Découvrez aussi Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter de Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi et La Note secrète de Marta Morazzoni.

Écoutez les premières pages !

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