Goliarda Sapienza, Rendez-vous à Positano

Sapienza - Rendez-vous à PositanoComme si elle avait senti mon malais, elle se lève et vient vers moi, les bras ouverts. Quand nous nous embrassons, tout devient clair. Erica a vraiment changé ; pas seulement : c’est la première fois qu’elle m’embrasse et de façon si chaleureuse et enveloppante qu’elle a de quoi faire basculer cette sensation de mal de mer en un nœud d’angoisse, comme de perte imminente. Sottises, me dis-je tout de suite, en m’abandonnant à cette embrassade, je m’attendais à l’Erica habituelle, affectueuse certes mais formelle, et toute cette chaleur, cette plénitude qui émane de ses membres et des lumières nouvelles sur sa peau, dans ses yeux, m’a prise à contre-pied ; je suis jalouse, il est clair que la métamorphose est due à la présence d’un homme de haute taille qui entre-temps s’est levé et maintenant sourit patiemment, attendant que l’effusion entre les deux femmes s’arrête.

Le Tripode, page 157

Rendez-vous à Positano est un fragment de vingt ans de la vie de Goliarda Sapienza. Récit d’une rencontre, d’une amitié totale, d’un amour qui ne se formule pas si clairement mais qu’elle écrit sans réserve et qui forme une facette de son œuvre autofictive dense (pas tant pas le nombre de ses ouvrages que par leur force). La lire me laisse à chaque fois un peu plus impressionnée : par son charisme et l’atmosphère que ses mots parviennent à rendre palpable.

Positano, Erica et Goliarda sont les trois personnages de ce texte : la sensation que chacun·e permet aux autres d’exister pleinement. Il y a un quelque chose dans l’œil de Goliarda Sapienza qui est bien éloigné des manières traditionnelles de regarder et d’interagir, entre le détachement apparent et l’implication totale, sans demi-mesure possible. Pas de grandes péripéties ici, mais un absolu dans l’émotion. Les escaliers du village prennent vie, et l’on se laisse émerveiller par les histoires et la personnalité de cette Erica mise en mots, quand bien même sa réalité pourrait nous laisser de marbre.

Les livres de cette grande autrice présagent d’une existence trépidante et profondément engagée, alors qu’il s’en dégage un calme assourdissant et une perception du temps malléable. Goliarda Sapienza paraît briser les carcans sociétaux et relationnels d’un souffle, même lorsqu’il n’en est rien. Elle est déconcertante. Elle m’intimide presque mais, surtout, me fait du bien.

Découvrez aussi La Femme rompue de Simone de Beauvoir et L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante.

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Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège L’État. Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux

Gelderloos - Comment la non-violence protège l'EtatDit simplement, la non-violence assure le monopole de la violence à l’État. Les États – les bureaucraties centrales qui protègent le capitalisme, perpétuent le patriarcat, la suprématie blanche, et organisent l’expansion impérialiste – survivent en s’arrogeant le rôle d’unique mandataire légitime de l’usage de la force sur le territoire. Toute lutte contre l’oppression passe par un conflit avec l’État. Les pacifistes font le jeu de l’État en étouffant toute opposition dans l’œuf. l’État, de son côté, décourage la lutte radicale au sein de l’opposition et encourage la passivité.

Éditions Libre, page 91

Comment le non-violence protège l’État en quelques étapes : elle est inefficace, raciste, étatiste, patriarcale, tactiquement et stratégiquement inférieure, et un leurre. Allez, zblam, dans ta face. Parce que bon, les contre-arguments, pas que je les ai réellement cherchés, sont difficiles à trouver. Du coup, en quelques 200 pages, tu prends tes cliques et tes claques de petite manifestante blanche de gauche, super satisfaite quand elle tient tête à un CRS (avant de bien gentiment rentrer chez elle bouquiner et boire du thé).

Observer attentivement et analyser le contexte actuel, en France notamment, ne peut que forcer la réflexion sur la violence : qu’est-elle réellement, qui la met en place, à quel niveau se joue-t-elle ? Lorsque les violences policières fleurissent et sont continuellement légitimées et niées par le gouvernement, lorsqu’une partie conséquente de la population se voit nier des droits les plus élémentaires, lorsque les termes « prise d’otages » sont rabattus à tort et à travers pour ôter toute substance politique à des actions finalement assez gentilles, lorsque les droits sociaux sont en danger continuel, lorsque la planète est dans un état alarmant, lorsque… lorsque finalement, c’est vraiment la merde ce qui se passe et que le·s gouvernement·s n’écoute·nt pas et ne regarde·nt pas – dans le meilleur des cas –, elle est où la violence – et la non-violence ?

Culte de la non-violence, culte de la bienséance et de la bien-pensance : le pacifisme est un absolu non négociable, difficile à critiquer dans les soirées mondaines ou en salle des profs. Et pourtant. Comme tout culte, il a sa grande part d’hypocrisie. La non-violence comme principe immuable et non-questionnable est un privilège : celui de fermer les yeux, d’être tranquille, de laisser faire. Celui de se dire « au centre », de ne pas s’intéresser, d’accepter, de collaborer silencieusement. De condamner en s’alliant aux plus forts.

Gelderloos n’appelle pas ici à la violence mais à la réflexion. Il commence avec une petite dose de vocabulaire, histoire de clarifier la pensée, pour ensuite préconiser la diversité des tactiques, en dégommant quelques mythes au passage. Par A+B, ça fait du bien à l’intellect et à l’engagement politique (qui justement, pour ma part, se confond grandement avec l’intellect : pour le meilleur ou pour le pire ?).

Et le prochain qui me cite Gandhi, je le dégomme.

Découvrez aussi La Laïcité falsifiée de Jean Baubérot et Enfin insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire d’Eve Ensler.

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Emmanuelle Bayamack-Tam, Arcadie

Bayamack-Tam - ArcadieOui, j’ai pris des épaules et perdu des nichons : le doute n’est plus permis quant à ma virilisation galopante, syndrome de Rokitanski ou pas. Je suis une erreur de la nature, un complexe de symptômes qui vont rendre ma vie très difficile sans pour autant trouver d’explication et encore moins de cure adéquate. Plus le temps passe, plus je m’éloigne du positionnement que je visais en matière de féminité : ayant toujours eu conscience de la faiblesse de mes atouts, j’ambitionnais juste d’être une bonne copine, une fille aux joues fraîches et au charme franc, bien loin des artifices frelatés de la plupart des meufs. Hélas, je n’aurai même pas droit à ce créneau modeste : en fait de niche, il me reste celle des transgenres, des shemales, ou du troisième sexe. Je n’ai rien contre, mais ce n’était pas mon idée, et j’en reviens toujours à la question qui a failli nous envoyer dans le fossé, Arcady et moi : qui suis-je ?

P.O.L., pages 169-170

Farah vit avec ses parents et sa grand-mère lesbienne dans une communauté en forme de refuge. Celle-ci accueille des personnes triées sur le carreau. Inadapté·e·s de toutes sortes s’extraient d’une société façonnée par la mondialisation, les réseaux sociaux et des normes – sexuelles notamment – rigoureuses, où chaque écart au modèle dominant paraît être une faiblesse, et s’installent dans cette zone blanche éclairée par la personne d’Arcady, un homme aux allures de gourou. Bref, Farah grandit et s’épanouit dans la nature et l’amour libre. Deux cailloux se glissent cependant dans les rouages de son paradis. Le premier est tout personnel et paraît surmontable quoique perturbant : la découverte d’une cupule en guise de vagin, et des traits qui se masculinisent très clairement et naturellement. Le second est l’arrivée d’un migrant qui perturbe l’équilibre du microcosme : acceptera-t-on de l’accueillir ?

Sur des sujets on ne peut plus sérieux et ambivalents, Emmanuelle Bayamack-Tam déploie un talent indéniable dans l’écriture. En donnant vie à des personnages aux systèmes de valeurs originaux et élaborés, elle ouvre un champ des possibles littéraires inépuisable. Elle interpelle, raconte, amuse, ébranle et émotionne avec un naturel confondant. Sa plume est dénuée de jugement, elle dessine un monde souvent cruel où la beauté parvient tout de même à élire résidence, un monde tout en couleurs et en nuances, où le noir et le blanc n’ont pas droit d’asile. Elle brode avec les mots et joue avec les codes sociaux, pour mon plus grand plaisir.

De la même autrice, lisez Je viens.

Découvrez aussi Margherita Dolcevita de Stefano Benni et Les Morues de Titiou Lecoq.

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Amy Reed, Nous les Filles de Nulle Part

reed - nous les filles de nulle partChères amies,

Comme il semble que ce ne soit pas toujours bien compris, disons les choses très clairement.

Profiter de quelqu’un qui a bu, c’est malsain et cruel.

C’EST DU VIOL.

Faire boire une fille pour coucher avec elle, ce n’est pas « la détendre un peu ». Ce n’est pas une technique de séduction.

C’est du VIOL.

Coucher avec quelqu’un qui n’est pas en mesure de consentir ne fait pas d’un mec un veinard, ça fait de lui un VIOLEUR.

Compris ?

Sans qu’on sache pourquoi, tout le monde s’est résigné à ce que ce soit ainsi. À penser que les mecs sont comme ça. Que c’est juste une situation que les filles doivent gérer. Mais nous ne voulons plus l’accepter. Nous ne laisserons plus les hommes décider de ce qu’ils font de notre corps.

Si cela vous est arrivé, ce n’est pas votre faute. Nous sommes là pour vous. Nous sommes là pour nous toutes.

Ensemble, nous sommes bien plus fortes que ces insanités que nous avons supportées beaucoup trop longtemps. Ensemble, nous pouvons changer les choses.

Rejoignez-nous !

La prochaine réunion aura lieu le jeudi 29 septembre, à 16 heures, dans l’entrepôt de l’ancienne cimenterie d’Elm Road.

Nous, les Filles de Nulle Part

Albin Michel, pages 186-187

Erin et Rosina ont l’habitude d’être deux à la table des filles bizarres. Faut dire que la première est atteinte du syndrome d’Asperger et que la seconde est pauvre, latina, lesbienne et toujours en colère. De quoi en faire des esseulées de première catégorie. Mais un jour, arrive Grace. Elle est boulote, discrète, gentille, et manque de confiance en elle. Quand elle parle, c’est rarement plus haut qu’un chuchotement. Sa famille arrive tout droit du Kentucky : suite à une chute sur la tête, sa mère, directrice des activités des femmes et oratrice invitée à la méga-église du Premier baptiste grand rédempteur, est devenue beaucoup trop progressiste au goût des bonnes âmes de la paroisse. Ainsi donc, s’est-elle fait expulser. Ses parents comptent bien que l’Oregon saura accueillir une parole ouverte.

Bref, Grace se voit obligée de quitter les filles qu’elle connaît depuis qu’elle est petite et son rôle de subalterne de l’amitié pour gagner une nouvelle ville, un nouveau lycée et une nouvelle chambre dans une nouvelle maison. Dans cette dernière, elle trouve un appel à l’aide gravé par son ancienne occupante. C’est ainsi qu’après avoir très naturellement atterri à la table des looseuses, elle questionne : qu’est-il arrive à Lucy ? Or il lui est arrivé la même chose qu’à bien d’autres filles : elle a été violée en toute impunité. Au fil des discussions, elles réalisent qu’il leur est impossible de laisser faire les « vrais mecs de Prescott » et décident d’agir.

Les Filles de Nulle Part se rencontrent, discutent, tâtonnent, s’organisent et se serrent les coude. Ensemble, elles réfléchissent à des moyens d’action. Pour commencer, une parole qui se délie dans la sécurité de réunions privées et des questions qui osent se poser, sur la sexualité et le plaisir notamment. Mais aussi la volonté de faire reconnaître les viols pour ce qu’ils sont, de créer une solidarité et une prise de conscience collective, pour tenter d’enrayer le phénomène.

Les propositions des filles pour agir sont multiples. Bien loin du mode d’emploi qui résolverait tout de deux ou trois coups de baguette magique, le roman d’Amy Reed regorge d’idées, de frustration, de colère et d’espoir, malgré les murs dans lesquels toutes ne cessent de se cogner. Le premier d’entre eux est celui créé par les gardiens du vernis de la communauté : le coach, la proviseure et le chef de la police notamment. L’absence d’adultes qui pourraient être des ressources est frappante.

Les Filles de Nulle Part est une lecture qui fait du bien, qui remue et fait réfléchir. L’autrice a su éviter les écueils et écrit avec une bienveillance réconfortante. La question du consentement, qui ne passe pas nécessairement par un simple « oui » ou l’absence d’un « non »,  est questionnée avec celle du désir et de l’amour. Des livres comme ça, je voudrais en lire encore et encore, et les faire découvrir. Ils ne peuvent que faire du bien : aux filles et à la société.

Découvrez aussi Enfin insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire d’Eve Ensler et Les Morues de Titiou Lecoq.

Françoise Dargent, Le Choix de Rudi

Dargent - Le Choix de RudiCe soir-là, ils jouaient Le Chant des cigognes avec Zaïtuna Nazretdinova. J’avais jamais rien vu d’aussi beau que les lustres en cristal en suspension dans la salle, les vitraux du hall d’entrée, les dorures sur les murs, le velours du rideau. J’avais l’impression d’être sur une autre planète. Quand le spectacle a commencé, j’étais le roi du monde. Par contre, quand les lumières se sont allumées à la fin du spectacle, mon cœur s’est arrêté. Je m’en souviens comme si c’était hier, alors que j’étais un minus de rien du tout. Sans rire, je me suis dit que j’allais mourir si ça ne recommençait pas sur-le-champ, et j’ai commencé à pleurer. J’ai crié à maman et aux sœurs : « Je veux être danseur. » Elles ont bien rigolé, mais lorsque j’ai commencé à sauter en rentrant à la maison, elles ont déchanté. Trois jours après, elles n’en pouvaient plus. C’est comme ça que maman m’a chaudement recommandé au cours de danses folkloriques de l’école des pionniers. Ils m’ont pris sans hésiter. Faut dire qu’ils avaient pas trop de garçons dans la troupe. Ils ont sauté sur l’occasion.

Le Livre de Poche Jeunesse, pages 64-65

Rudi c’est Rudolf Noureev, et son choix, la danse. Un choix sans appel, un choix total. Et pourtant, ce n’est en rien une évidence là d’où il vient. Car si la danse est reconnue et respectée, voire même encouragée, en URSS, il est trop pauvre, trop impétueux, et presque déjà trop âgé. Alors Rudi danse, travaille et saute plus et plus longtemps que les autres. Son caractère ne convient guère au cadre soviétique où il en effraie et exaspère plus d’un. Mais la conviction qu’il a de pouvoir être le meilleur lui donne la résolution nécessaire et finit par le conduire plus loin et plus haut.

Rudolf Noureev. Un nom que je connais depuis l’enfance et dont l’idée a bercé bien des rêveries silencieuses. La faute de ma sœur sûrement, avec sa tendance à me mettre des étoiles dans les yeux. La faute à la danse surtout, qui sans prendre toute la place, m’habite depuis toujours. Sa rigueur, son rythme, ses douleurs, sa liberté, son souffle, son langage, ses émotions. Quelque chose d’à la fois très intime et sans pudeur. Je ne saurais dire si la biographie de Françoise Dargent est fiable. En tous les cas elle est crédible et transporte. On découvre un Rudi insupportable, attachant et imprévisible, dont l’ambition est la clé de la libération. Même à travers le papier, son charisme de danseur est palpable et invite à l’émerveillement.

Découvrez aussi La Petite Communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon et Gil de Célia Houdart.

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Victor Pouchet, Pourquoi les oiseaux meurent

Pouchet - Pourquoi les oiseaux meurentJusqu’à présent, assez peu d’oiseaux étaient visibles sur le fleuve et aux alentours. Quelques mouettes parfois, des poules d’eau près des rives. En même temps, je ne savais pas quelles étaient les habitudes des diverses espèces, leurs saisons de prédilection ni leurs zones de nidification. Je faisais face à mes propres limites : mes notions d’ornithologie étaient minces, et mon instinct pouvait aussi me tromper. J’étais un peu comme un lecteur capable de ne décrypter qu’une infime partie des caractères, et encore bien maladroitement, obligé d’inventer des explications, d’intuiter des réponses, sans trop savoir les limites entre le fantasque et le fantastique. J’espérais que les vapeurs de la Seine feraient de moi une Pythie clairvoyante, un prophète crédible pour interpréter les augures et distinguer les présages des cieux.

Finitude, page 52

Il a plu des oiseaux en Normandie et ça n’a pas l’air de bouleverser le monde. Seul un jeune Parisien décide d’en faire son affaire personnelle et de mener l’enquête pour résoudre le mystère. Et comme il n’y a pas de hasard, il se trouve que les oiseaux sont tombés dans le village où il a grandi. Chouette, l’occasion de faire le point sur ses choix, de remonter le fil de son enfance et d’éclairer son apparent immobilisme dans la vie. Pour ce faire, il embarque pour une croisière sur la Seine : un huis-clos en mouvement, finalement.

L’idée, ok, elle est bonne. L’écriture, ok, elle est travaillée. Le titre, ok, il est poétique. La couverture, ok, elle est belle, colorée et donne envie. Le principe ? Non, non, non. Vraiment, les Normands qui habitent maintenant à Paris et retournent en Normandie, il faut arrêter. On le sait qu’il fait moche, a fortiori en automne, qu’il n’y a rien à faire, que c’est déprimant, mais tout de même attachant. On le sait que parfois retrouver ce qu’on a fui ça remet les idées en place et les pieds sur terre. On le sait tellement que j’ai eu l’impression de le lire mille fois. Résultat, je n’arrive pas à me souvenir de pourquoi les oiseaux meurent, ni même de si on finit par le savoir. Je n’arrive pas à me souvenir de si ce livre est bien. Il ne me reste que des soupirs et quelques sourires, peut-être. Et c’est assez mauvais signe.

Découvrez aussi Je ne retrouve personne d’Arnaud Cathrine et Bonheur fantôme d’Anne Percin.

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Dir. Delphine Gardey et Marilène Vuille, Les Sciences du désir. La Sexualité féminine, de la psychanalyse aux neurosciences

Gardey, Vuille - Les Sciences du désirEn tant qu’anthropologue, je m’interroge sur la possibilité que la culture influence la manière dont les chercheur-e-s en biologie décrivent ce qu’elles/ils découvrent du monde naturel. Si tel était le cas, cela signifierait que, dans les cours de biologie au lycée, nous n’apprenons pas seulement à connaître le monde naturel, mais aussi des croyances et des pratiques culturelles qui nous sont présentée comme si elles faisaient partie de la nature. Au cours de mes recherches, j’ai réalisé que l’image de l’ovule et du spermatozoïde, telle que les récits populaires et scientifiques à propos de la biologie reproductive la dépeignent, repose sur des stéréotypes qui sont centraux dans nos définitions culturelles du masculin et du féminin. Ces stéréotypes impliquent non seulement que les processus biologiques féminins ont moins de valeur que leurs contreparties masculines, mais aussi que les femmes ont moins de valeur que les hommes. L’un de mes objectifs dans ce texte est de mettre en lumière les stéréotypes de genre cachés dans le langage scientifique de la biologie. Exposés dans une telle lumière, j’espère qu’ils perdront de leur pouvoir et de leur brutalité.

Le Bord de l’eau, page 149

Les Sciences du désir interroge la sexualité féminine d’un point de vue scientifique, avec une certaine résonnance sociale et politique. Du fait de sa structure sous forme d’articles, les approches sont multiples : historiennes, anthropologues, sociologues, philosophe, spécialistes de l’étude sociale des sciences et des études de genre se sont intéressé-e-s au désir sexuel, à la physiologie, et aux discours – savants notamment – sur la sexualité féminine. Nécessairement, apparaissent des schémas, des contradictions et des imaginaires sociaux parfois difficiles à contrecarrer. Nécessairement également, ça parle de plein d’autres choses difficiles à résumer.

J’ai trouvé dans cet ouvrage de nombreux grains à moudre pour alimenter ma réflexion. Sans compter tous ceux que j’ai laissés dans le coin de mon assiette parce qu’ils étaient trop pointus pour moi. Parce que forcément, discours scientifique oblige, j’ai parfois été perplexe de longues, très longues pages d’affilées, ne saisissant pas grand-chose de plus que le niveau intellectuel élevé des auteur-e-s. Autre écueil : sous couvert de science et d’une certaine exactitude scientifique, il est parfois difficile, surtout quand on a du mal cerner le propos, de distinguer ce qui est de l’ordre du fait ou des conclusions de l’auteur-e, et donc de se forger sa propre opinion. Et encore plus difficile : de la restituer. Dernier écueil : c’est pas très drôle.

Déformation professionnelle oblige, j’ai été frappée par l’article sur la grammaire employée pour parler de la reproduction (au lycée notamment) et par celui sur les adolescentes qui « font genre », dans tous les sens du terme. Les autres forment un flou duquel émerge quelques idées et notions qui, je croise les doigts, feront sûrement échos à des lectures futures… Histoire que ces trois cents pages et quelques ne se perdent pas dans les limbes de mon cerveau.

Bref, c’était très intéressant et j’ai pas tout compris, encore moins tout retenu. Allez-y les yeux grands ouverts !

Découvrez aussi La Fabuleuse Histoire du clitoris de Jean-Claude Piquard et Sexe et Mensonges. La Vie sexuelle au Maroc de Leila Slimani.

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