Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine

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Del Amo - Une éducation libertineLe ciel était d’anthracite. Les nuages, continents opaques, roulaient au-delà, étalaient leurs ombres sur le désordre des toits. De la saillie de milliers de cheminées arthritiques jaillissait une fumée, s’exhalait une haleine par autant de bouches, aussi blanche qu’une semence, des milliers de semences éjaculées dans le ciel torve et stérile. Puis l’émanation de ces entrailles minérales déversait avec cupidité sa chaleur sur les corps, sous la croûte des toits, quelque part dans les méandres de la ville. Cette émanation s’élevait superbement, fleurissait, s’accouplait à d’autres. Ensemble, elles dominaient Paris, opposaient au soleil une nouvelle barrière, tamisaient les jours, retenaient les nuits. Des mouettes au plumage pétrifié de carbone survolaient la ville dans cet enfer et leurs cris, quintes de toux, se mêlaient aux croassements des freux jonchant les rues de leurs reflets de métal, de leurs pattes incisives.

Folio, page 221

Une éducation libertine, c’est :

  • L’histoire du jeune Gaspard qui quitte Quimper et sa porcherie d’enfance pour Paris et ses raffinements, sa débauche.
  • L’histoire d’une ascension sociale, ou tout comme.
  • La Seine qui revient à toutes les pages. Pour un roman qui se passe à Paris, fallait trouver l’idée.
  • Une métaphore filée (mais assez mal, du coup ça fait des nœuds) du Sexe sous toutes ses formes. On pourra d’ailleurs savourer Paris sous les traits d’une vulve géante et nauséabonde. Le pied.
  • Un roman initiatique qui s’embourbe.
  • La référence inutile à L’Éducation sentimentale. Laissons à Flaubert ce qui est à Flaubert.

Suite à cette lecture, je sais que :

  • Des cheminées peuvent être arthritiques et une bouche iconoclaste (entre autres). Pourquoi pas, remarque.
  • Paris puait, puait, puait.
  • La Seine était sale, sale, sale.
  • Les gens étaient dégoûtants, dégoûtants, dégoûtants.
  • « Le contact du pectoral sous [une] paume [peut inonder un] corps de concupiscence » (pour plus de détails sur cette magnifique scène de sexe, allez tout de suite à la page 213, sans passer par la case Départ).
  • Parler d’homosexualité, c’est bien. D’ailleurs, on n’est pas homophobes. Mais faudrait quand même pas oublier que la sodomie, c’est l’humiliation, l’asservissement, la soumission. Le Mâââââl.

Suite à cette lecture, je pense que :

  • Quand on compare de la fumée à une haleine, qui serait aussi blanche qu’une semence (que mille semences même ! plus y en a, plus c’est blanc ?) qui serait éjaculée dans un ciel stérile, et bien ça revient à confondre la bouche et le sexe. Dans ce cas précis, je conseille : des cours d’écriture, une révision de l’anatomie, un abonnement chez le psy (c’est monsieur Freud qui s’en donnerait à cœur joie !)
  • Certains auteurs imaginent qu’ils sont encore payés à la ligne.
  • Certains auteurs imaginent que s’ils adjoignent n’importe quel adjectif à n’importe quel nom, ça aura bien du sens pour quelqu’un et puis que, finalement, même si ça n’en a pas, c’est poétique.
  • Certains auteurs imaginent que la finesse, c’est superflu.

Et sinon :

  • Jean-Baptiste Del Amo est vachement en avance sur son temps : en 2008, écrire un roman qui tourne autour de l’homosexualité, c’était pas encore la mode.
  • Les comités des prix Goncourt du Premier Roman, Laurent Bonelli, Fénéon et François Mauriac de l’Académie française devaient se dire que c’était avant-gardiste et super politique comme ouvrage.

Je me souviens d’un cours de français où le sujet de dissertation était, en gros et à propos de Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal : Julien est-il un parvenu qui ne parvient à rien ? Ça avait donné lieu à un débat avec moult arguments et contre-arguments.

Ici, nous pouvons affirmer clairement que Gustave est un parvenu qui ne parvient à rien, et que c’est inintéressant au possible. Soyons fous et allons jusqu’à dire que Jean-Baptiste Del Amo est un auteur qui ne parvient pas à grand-chose.

 Découvrez plutôt La Nuit des princes charmants de Michel Tremblay et Danse noire de Nancy Huston.
Ecoutez les premières pages, ça vaut le détour !
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