Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah

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L’après-midi où elle retira son passeport, avec le visa aux couleurs pâles apposé sur la deuxième page, elle organisa le rituel triomphant qui marquait le début d’une nouvelle vie à l’étranger : la division de ses effets personnels entre les amies. Ranyinudo, Priye et Tochi buvaient du Coca-Cola dans sa chambre, ses vêtements étaient empilés sur le lit, et elles se ruèrent d’abord sur sa robe orange, sa robe préférée, un cadeau de Tante Uju ; quand elle l’enfilait, avec sa forme trapèze, la fermeture à glissière qui allait du col à l’ourlet, elle se sentait à la fois séduisante et dangereuse. « Ça me facilite la vie », avait coutume de dire Obinze, avant de commencer à la faire glisser lentement. Elle aurait aimé garder la robe, mais Ranyinudo dit : « Ifem, tu sais que tu auras toutes les robes que tu voudras en Amérique et la prochaine fois que nous te verrons, tu seras une vraie Americanah. »

Folio, page 156

Ifemelu a gagné à la loterie des visas et est partie faire ses études en Amérique. Ah ! l’Amérique… son rêve surtout. Mais cela fait maintenant tant d’années qu’elle y vit, qu’elle a intériorisé son mode de vie. de Nigériane, elle est devenue Noire dans un monde de Blancs. Sa couleur de peau lui colle alors une nouvelle identité, de laquelle elle devra s’accommoder. Mais comment rester soi ou le devenir, lorsque tous les repères se trouvent chamboulés ? Alors Ifemelu écrit. Sur un blog, elle consigne ses pensées, ses révoltes et son ironie. Les mots de l’auteure se fondent dans les siens, et nous cinglent de tant de violence et d’absurdité. Nous voyageons dans le présent et le passé et découvrons des réalités appartenant à trois continents. Et, pour le plaisir, sa force et son sens, nous suivons un grand amour.

Chimamanda Ngozi Adichie permet à mon doigt de petite blanche française de toucher à certaines vérités, soupçonnées, relatives à l’émigration. Son ton n’est jamais sentencieux, mais il se pare des atours de l’authenticité, avec un humour fin. Ce n’est pas dans Americanah que sa plume se déploie de la plus belle manière, à mon sens, mais elle reste juste, délicate, impertinente et plaisante. Elle mêle avec soin l’objectivité d’une situation générale et la subjectivité d’histoires personnelles. Et même après 685 pages, j’aurais voulu pouvoir continuer à les tourner. L’auteure ne nous fait pas la leçon : elle raconte, et l’on voudrait qu’elle continue à nous conter des vies en envoyant valser nos certitudes avec le politiquement correct.

De la même auteure, lisez L’Hibiscus pourpre.

Découvrez aussi Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome et Photo de groupe au bord du fleuve d’Emmanuel Dongala.

Écoutez les premières pages !

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  1. Pingback: Chimamanda Ngozi Adichie, L’Hibiscus pourpre | Aux livres de mes ruches

  2. J’ai lu son dernier livre, un essai sur le féminisme, ainsi que Nous sommes tous des féministes et ils m’ont fait courir pour voir ce qu’elle a écrit d’autre. J’ai choisi celui ci et il est dans ma PAL, ton article me donne très envie de m’y mettre 😉

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