Laurent Mauvignier, Continuer

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mauvignier-continuerÇa, oui, le cœur se retournait, Samuel était resté éperdu de honte et mortifié. Sa mère se faisait des illusions si elle pensait qu’elle pourrait changer quelque chose en lui, de lui, si elle croyait qu’il lui suffirait de prendre quelques semaines de grand air, accompagné de chevaux et de montagnes, de silence et de lacs, pour que soudain tout dans sa vie se déplie et devienne simple et clair, pacifié, lumineux, pour qu’il cesse enfin de se sentir écrasé à l’intérieur de lui-même, comme si on allait arrêter un jour d’appuyer sur son cœur, sur son âme, sur sa vie, comme si l’étau pouvait un jour se desserrer.

Les Éditions de Minuit, page 86

Sibylle est désemparée par son fils et sa vie. Elle à qui l’avenir promettait d’être brillant est devenue cette femme grise et usée, sans plus de projets ni de rêves pour l’aiguiller. Quand elle voit Samuel multiplier les remarques racistes, s’enfoncer dans une léthargie agressive et se laisser embarquer dans des plans foireux et dangereux, elle décide de tout plaquer avant qu’ils ne deviennent irrémédiablement étrangers l’un à l’autre. Partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, voilà son projet fou qui, peut-être, lui permettra de sauver son fils et sa propre histoire.

Mauvignier nous entraîne dans des espaces où l’immensité met les personnages face à eux-mêmes. Une introspection à laquelle se confronte la rencontre de deux individualités pas tout à fait étrangères, mais plus vraiment familières. Le propos de l’auteur évite les écueils du simplisme : il sonde les êtres, révèle des impuissances, des pensées parfois inavouables. Les relations entre la mère et le fils sont en clair-obscur, il n’y a pas de miracle évident à l’horizon, mais, peut-être, l’espoir de pouvoir changer des choses, de se retrouver. L’auteur écrit avec finesse sur la difficulté qu’il y a à aimer son enfant sans aimer la personne qu’il devient, sur l’épuisement que la vie peut provoquer et la solitude du parent, ici celle de la mère qui se heurte à la condescendance de son ex-mari. Les personnages ont un caractère qui se déploie dans le silence, quelques sourires, une connivence continuellement mise à mal. L’un comme l’autre peuvent être tentés de percer leurs intimités respectives, au risque de se trouver face à de nouveaux démons.

Continuer remue et soulève doutes et questions en frappant au cœur.

Découvrez aussi Le Ventre de la fée d’Alice Ferney et Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt.

Écoutez les premières pages !

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