Edward Abbey, Le Gang de la clef à molette

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abbey-le-gang-de-la-clef-a-moletteBientôt les pick-up apparurent. Ils descendaient la route en cahotant jusqu’au chantier, s’arrêtaient, déchargeaient leurs passagers, repartaient. Dans ses jumelles, Hayduke vit les ouvriers se disperser, gamelles ballantes, casques luisants dans la lumière du matin, puis se hisser dans la cabine de leurs véhicules respectifs. Les choses commencèrent à s’animer ; çà et là, quelques machines crachèrent des nuages de diesel. Certains engins démarrèrent ; d’autres ne démarraient pas, ou refusaient de démarrer, ou ne démarreraient plus jamais. Hayduke observait la scène avec satisfaction. Il savait une chose que les opérateurs ignoraient : ils étaient tous dans la merde.

Éditions Gallmeister, page 116

Ils sont quatre. Le docteur Sarvis, chirurgien à ses heures officielles, pyromane à ses heures perdues. Bonnie, sa superbe maîtresse, un caractère de feu dans un corps de bombe. Hayduke, un vétéran du Vietnam qui boit sa bière comme il respire et vibre pour les armes à feu. Smith, mormon et polygame, qui fait descendre les voies d’eau aux touristes. Pas grand-chose en commun au premier abord, et pourtant une folie de vivre, une haine de l’industrialisation galopante et un jusqu’au-boutisme tempétueux vont les unir indéfectiblement. Armés de clefs à molettes, entre autres bâtons de dynamite, ils vont faire sauter des ponts, dézinguer des bulldozers, rêver d’anéantir le barrage du coin. Une organisation au pied levée mais bien huilée par l’inconséquence de l’obstination, qui les mènera loin sur le chemin de la destruction avant de les entraîner dans une course poursuite avec les représentants de l’ordre social et de la morale établie. Une traque douloureuse et haletante dans le désert…

Le Gang de la clef à molette est un ouvrage dense. L’auteur nous fait tout de suite entrer dans le feu de l’action, mais j’ai mis du temps à me laisser prendre. Tous les ingrédients sont là pourtant : des personnages qui détonnent, une plume affutée, un humour orageux, un propos politique, une morale défaillante. Peut-être la faute à la tête ailleurs, à une alchimie qui n’a pas pris. Trop de détails techniques qui m’ont laissée dans une incompréhension mécanique pas désagréable mais un peu longue. Chapeau bas tout de même pour la tension que l’auteur fait naître au creux de nos ventres, la chaleur palpable, la douleur désertique. La poésie abrupte de l’immensité des paysages et de la bêtise humaine. Un ouvrage fort dans tous les cas.

Découvrez L’Île du point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès et Les Frères Sisters de Patrick DeWitt.

Écoutez les premières pages !

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  3. Tu as parfaitement résumé ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman, beaucoup de positif, un coup de poing… Mais bien trop de détails techniques qui ont, à mon sens, nuit à la fluidité du texte.

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