Agnès Desarthe, Une partie de chasse

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Desarthe - Une partie de chasseTristan obéit et se met à courir, téléphone à la main, vérifiant l’écran de temps à autre. Il revient sur ses pas. Court dans une autre direction. Revient. Repart. Court plus loin, haletant.

Dans la gibecière, le lapin se demande ce que le jeune homme fabrique. Il reconnaît l’affolement, le zigzag, la course désespérée. Se serait-il changé en lapin ? Qu’est-ce qui lui prend ? Est-il poursuivi, pourchassé ? Des fusils sont-ils braqués sur lui ? Le lapin voudrait dire au jeune homme que la fuite est vaine, qu’il vaut mieux attendre, tapi dans la mousse, sans bouger, presque sans respirer.

Éditions de l’Olivier, page 34

Nouveau dans le village et en mal d’intégration, Tristan part à la chasse. À reculons. Sa femme Emma pense que là est la solution. Au petit matin donc, le jeune homme s’en va avec trois hommes : entre les gros bras et les blagues grivoises, il sent bien qu’il n’est pas à sa place. D’ailleurs, quand malencontreusement il tire sur un lapin, il le cache immédiatement dans sa gibecière, se donnant pour mission secrète de le garder en vie. Débute alors un dialogue silencieux entre l’homme et l’animal, ce dernier se faisant la voix de tous les questionnements plus ou moins absurdes – existentiels – qui sommeillent en nous.

Avec ses mots empreints à la fois de violence et de poésie, Agnès Desarthe dresse le portrait d’un Tristan naïf perdu dans une société dans laquelle il ne se reconnaît pas. Le lapin parle, les hommes sont pris dans un déluge digne de la Bible et les flash-back servent un roman initiatique de toute beauté. Car il s’agit bien ici de passer de l’enfance à l’âge adulte, et ceci ne peut se faire sans douleur : tout se transforme, les rêves en cauchemars, l’apathie en courage et la résignation en espoir. Peut-être.

De la même auteure, lisez Ce qui est arrivé aux Kempinski, Le Remplaçant, Poète maudit, Naissances et Je ne t’aime pas, Paulus.

Découvrez aussi Cette histoire-là d’Alessandro Baricco et La Nuit des princes charmants de Michel Tremblay.

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  1. Pingback: Agnès Desarthe, Je ne t’aime pas, Paulus | Aux livres de mes ruches

  2. Ah-ha ! J’ai lu au moins un livre parmi tout ceux présentés sur ton blog !
    Plus sérieusement l’histoire m’a touchée, et le fait que le récit soit… découpé disons, non chronologique est très intéressant et sert bien cette réflexion sur la vie présente tout au long de l’œuvre, selon moi.
    (ça m’a peut-être aussi intéressée parce que je suis un lapin modifié ? *gros clin d’œil*)

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