Alessandro Baricco, Cette histoire-là

Par défaut

Baricco - Cette histoire-làMais moi, ajouta-t-il, j’ai un plan. Quel plan ? lui demandai-je, en souriant. C’est un bon plan, dit-il. Il tira un peu sa chaise vers moi. Ses yeux s’étaient illuminés. Moi, je construirai une route, dit-il. Où, je n’en sais rien, mais je la construirai. Une route comme jamais personne n’en a imaginé. Une route qui finit là où elle commence. Je la construirai au milieu de nulle part, pas une baraque, pas une palissade, rien. Ce ne sera pas une route pour les gens, ce sera une piste, faite pour courir. Elle ne mènera nulle part, parce qu’elle mènera à elle-même, et elle sera hors du monde, loin de toute imperfection. Elle sera toutes les routes de la terre en une seule, et elle sera là où rêvent d’arriver tous ceux qui un jour sont partis. Je la dessinerai moi-même et, vous savez quoi ? je la ferai suffisamment longue pour pouvoir y mettre toute ma vie bout à bout, courbe après courbe, tout ce que mes yeux ont vu et qu’ils n’ont pas oublié. Rien ne sera perdu, ni la courbe d’un coucher de soleil, ni le pli d’un sourire. Rien de tout cela n’aura été vécu en vain, parce que cela deviendra un pays spécial, un dessin pour toujours, une piste parfaite. Je veux vous le dire : quand j’aurai fini de la construire, je monterai dans une automobile, je démarrerai, et tout seul je commencerai à tourner, de plus en plus vite. Je continuerai sans m’arrêter jusqu’à ne plus sentir mes bras et j’aurai la certitude d’avoir parcouru un anneau parfait. Alors je m’arrêterai à l’endroit exact d’où je suis parti. Je descendrai de l’automobile et, sans me retourner, je partirai.

Folio, pages 173-174

Cette histoire-là, c’est celle d’Ultimo Parri, un petit garçon qui assiste à sa première course automobile. C’est également celle de ce tout jeune homme perdu dans l’atrocité des tranchées. Et celle de ce monteur de piano qui parcourt les routes des États-Unis en compagnie d’une exilée Russe, entre mythomane et poétesse. Fils d’un visionnaire un peu fou, il grandit entouré de moteurs et de pneus alors même que personne ne possède encore de voiture. Fils d’une femme qu’on dit de caractère, il se forge son destin : celui de construire une piste, une route infinie, qui se termine là où elle commence et recommence là où elle se termine. Une piste en forme de vie.

Mais au fond, peu importe ce que raconte Cette histoire-là. Ce qui importe, c’est le génie de cet auteur italien. Le génie de Baricco qui nous enferme dans l’esprit de ses personnages, fait naître en nous un délicieux malaise, déroule sous nos yeux des immenses étendues de possibilités, nous plonge dans une tourmente d’émotions. Quand il nous parle de la Première Guerre mondiale, l’inimaginable advient. Il n’y a plus de héros, seulement des singularités qui se dissolvent dans l’horreur. À grande vitesse.

Ce roman se découpe en sept parties. Sept univers distincts qui viennent à se confondre. Sept mondes qui nous emportent dans une course effrénée. Peut-être vers le destin. Et comme c’est difficile de parler du destin et que Cette histoire-là parle d’elle-même, je laisse faire Alessandro…

Du même auteur, lisez Trois fois dès l’aube et Châteaux de la colère.

Découvrez aussi La Nuit tombée d’Antoine Choplin et Le Reste est silence de Carla Guelfenbein.

Ecoutez les premières pages !

Publicités

"

  1. C’est déjà un plaisir et une émotion que de lire ces lignes si bien écrites à propos d’Alessandro Barrico, même si j’aime inégalement ses romans ! Il faudra me prêter Cette histoire-là !

  2. Pingback: Août 2013 | Aux livres de mes ruches

  3. Pingback: Marie-Sabine Roger, La Théorie du chien perché | Aux livres de mes ruches

  4. Pingback: Laura Esquivel, Vif comme le désir | Aux livres de mes ruches

  5. Pingback: Alessandro Baricco, Châteaux de la colère | Aux livres de mes ruches

  6. Pingback: Benoît Minville, Je suis sa fille | Aux livres de mes ruches

  7. Pingback: Benjamin Wood, Le Complexe d’Eden Bellwether | Aux livres de mes ruches

  8. Pingback: Agnès Desarthe, Une partie de chasse | Aux livres de mes ruches

  9. Pingback: Patrick DeWitt, Les Frères Sisters | Aux livres de mes ruches

  10. Pingback: Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube | Aux livres de mes ruches

  11. Pingback: Arto Paasilina, Le Meunier hurlant | Aux livres de mes ruches

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s