Eric Pessan, Plus haut que les oiseaux

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Pessan - Plus haut que les oiseauxLa ville entière, je la serre dans mes bras. C’est mon secret. Longtemps, je l’ai jalousement gardé, puis, un jour, je l’ai partagé avec mes meilleurs amis. Je voulais les étonner, je voulais leur montrer la cité comme ils ne l’avaient jamais vue. Quand ils sont montés pour la première fois, ils en tremblaient. Ils embarquaient avec moi. Enfant, je n’ai pas construit de cabane. On ne construit pas de cabane lorsque l’on habite en immeuble, il n’y a pas de forêt, pas de champs, juste des arbres poussant entre deux tuteurs dans les trous du bitume, avec le tuyau de l’arrosage automatique. Tout là-haut, c’est devenu ma cabane, une cabane dangereuse, clandestine et heureuse.

Dans ce roman bref et percutant, Éric Pessan nous raconte à la fois la vie dans la cité et la succession de hasards, d’actes plus ou moins réfléchis et de pures inconsciences qui façonnent notre chemin et nous induisent dans une certaine direction, parfois tragique.

Le narrateur habite le troisième étage de la plus haute tour du quartier. De sa fenêtre, il ne voit que le parking et l’immeuble d’en face. S’il lève la tête, il aperçoit le ciel. Alors, pour s’en rapprocher, il monte sur le toit. Ce lieu interdit élargit son horizon : il ne voit plus le ventre mais le dos des oiseaux, le monde est à ses pieds et ses amis jurent que par très beau temps on peut voir la mer. En tout cas, là-haut – plus haut que les oiseaux – on est libre. Mais en ce lundi 21 avril, ils sont trois sur le toit : ils parlent, ils rient, ils profitent, et ça tourne mal. Aucune méchanceté, aucune mauvaise intention, aucune préméditation. Seulement de l’inconscience.

L’auteur parvient parfaitement à nous faire ressentir la culpabilité et la peur des personnages : si la bêtise devenait irrémédiable, s’ils étaient mis en cause… A plusieurs reprises ils souhaitent parler, mais la panique et la honte leur lient la langue. Personne ne comprendrait. Tout le monde jugerait. Le silence est roi, il s’empare des êtres et les enferment dans leurs douleurs et leurs regrets.

Plus haut que les oiseaux touche par la profondeur, la candeur et la sincérité des sentiments. L’erreur est humaine, il est parfois primordial de s’en souvenir. Mais comment faire pour les réparer ? Le regard des autres peut être terrible, mais notre regard sur nous-mêmes est encore pire, intransigeant. Et c’est ceci qu’Éric Pessan parvient à nous transmettre avec brio.

Écoutez les premières pages !

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