Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi, Le Jour Où Nina Simone a cessé de chanter

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Al Joundi, Kacimi - Le Jour où Nina Simone a cessé de chanterUne après-midi du mois de juillet, j’étais sur le plateau de tournage. J’avais un monologue où j’interrogeais le miroir, soudain j’ai ressenti une grande douleur comme si mon corps était pris dans une centrifugeuse. Je n’oublie jamais mon texte, mais ce jour-là j’avais des trous j’avais mal au ventre, j’avais envie de pisser, je suis montée aux toilettes, j’ai baissé ma culotte blanche et j’ai vu qu’elle était couverte de sang. Mon père m’avait parlé de l’évolution du corps des jeunes filles, de la contraception, et des règles, je connaissais tout cela, mais j’ai eu peur. J’ai pleuré, ma mère a quitté son travail en catastrophe, elle avait donné l’alerte. Des bombes tombaient sur la corniche. Je pleurais sur le siège avant. Le soleil déclinait sur la mer. Devant l’immeuble, mon père souriant m’attendait avec un bouquet de fleurs et des Tampax.

Actes Sud, p. 59

Texte à quatre mains, une voix qui s’élève : celle d’une femme qui hurle à la liberté.

Dans un Liban en proie à la guerre civile, la narratrice se construit. Avec ou en dépit, c’est selon. Qu’elle soit physique, sociale, sexuelle, religieuse ou politique, son père lui apprend à n’en rien abandonner. Aucune concession, au risque de s’y perdre. Pour survivre ? Des histoires. Pardon… pour vivre. De Beyrouth à Paris, c’est un chemin semé de violence, de plaisir et de folie.

Liberté, liberté, liberté… difficile d’écrire sur Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter sans en faire une répétition systématique. Peut-être parce que ce texte poignant ne se raconte pas tant qu’il se lit, qu’il s’éprouve. Il se vit aussi : sur la scène, une comédienne qui se joue elle-même. Et sur la page, une femme qui parfois se joue d’elle-même.

Sentiment que quelques lignes ne me permettront pas d’expliquer le sentiment qui m’a envahie à la lecture de ce livre. Sentiment également que je ne saurais quoi faire de lignes supplémentaires. Alors je m’arrête.

Découvrez aussi La Femme rompue de Simone de Beauvoir et Le Miel d’Harar de Camilla Gibb.

Écoutez les premières pages !

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