Nancy Huston, Instruments des ténèbres

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Huston - Instruments des ténèbresIl est presque toujours faux, par exemple, qu’on ne puisse vivre sans quelqu’un. On était si sûrs, Juan et moi, de ne pouvoir vivre l’un sans l’autre – je me souviens comme mon âme mourait de faim si je devais passer plus d’un jour ou deux sans entendre au moins sa voix au téléphone – et regardez-moi ça : près de dix ans que je n’ai plus de ses nouvelles, et on continue tous deux à poursuivre notre brillante carrière.

(Cela m’est intolérable. Comment les gens font-ils pour le tolérer ?)

Quand on s’était rencontrés à la conférence d’Oslo, lauréats l’un et l’autre de prix littéraires, il s’était produit cette chose inouïe, sans précédent : la fusion du corps et de l’esprit. Ces divisions n’avaient plus d’importance, plus de sens. Ainsi tu m’aimes pour mon corps ? Mais c’est fantastique ! Ainsi tu m’aimes pour mon esprit ? Mais c’est extraordinaire ! Ainsi, tu es prêt à faire l’amour avec moi parce que tu as lu mon livre ? Tu trouves que ma beauté dénote assez d’intelligence pour justifier ton intérêt spirituel ? Tout cela miraculeusement mélangé. Qu’on soit ensemble était juste : c’était aussi simple que cela.

Babel, pages 200-201

Nadia ou Nada, c’est du pareil au même. Une lettre, c’est rien, surtout quand c’est ce « I », ce « je ». L’effacement de soi devant… devant quoi, au juste ? Devant rien de particulier, devant le monde. Deux histoires se font échos : l’une au XXe siècle, l’autre au XVIIIe. Deux vies faites de néant, de hasards, de quelques joies et de grandes peines. Deux vies de solitude finalement. Mais pas malheureuses pour autant.

Fragments d’un carnet qui fait office de journal intime entrecoupés de chapitres romancés. Sous la plume de Nancy Huston naît cette femme forte mais pleine de haine et d’autres choses, et sous sa plume à elle naît Barbe, pauvresse du passé qui doit faire avec son état d’orpheline, la crainte des autres et une grossesse inopportune et inconvenante.

Encore une fois, cette auteure nous parle avec force de toutes ces formes d’amour et de mort. Elle parle d’avortement : ouvertement, crûment et sensiblement. Ses mots nous parviennent, sombres. Tendres aussi, peut-être. Mais anodins, jamais.

Écoutez les premières pages !

De la même auteure, lisez Trois fois septembre, Dolce Agonia et Danse noire.

Découvrez aussi La Femme rompue de Simone de Beauvoir et Les Oreilles de Buster de Maria Ernestam.

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