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Parinoush Saniee, Le Voile de Téhéran

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Saniee - Le Voile de Téhéran– Tu veux dire que tu n’avais pas l’intention de me marier ?

– Si, bien sûr. J’ai prié mille fois pour qu’un homme convenable se présente, qu’il te prenne par la main et t’emmène loin de cette maison qui était devenue une prison pour toi. Crois-tu que j’ignorais combien tu étais triste et malheureuse ? Tu maigrissais et tu jaunissais à vue d’œil. Mon cœur saignait chaque fois que je te regardais. J’ai prié, j’ai fait des promesses à Dieu pour qu’il te trouve un bon mai et te permette de t’évader. J’étais dévorée de chagrin pour toi.

Points, page 159

Massoumeh a seize ans et rêve de faire de grandes études. Elle en a le droit, et pourtant sa famille ne comprend pas. Alors le jour où ses frères découvrent qu’elle vit une histoire d’amour des plus innocentes, elle voit son avenir se fermer devant elle. Fini l’école, place au mariage : le plus vite sera la mieux, avec n’importe quel homme. Le coup est presque fatal pour la jeune fille. Et pourtant, sa vie continue. Ou commence, peut-être. Au fil des décennies, l’on peut voir Massoumeh grandir et changer, en écho aux évolutions, politiques et sociales notamment, de l’Iran. Un panorama à la fois intime et historique.

Roman d’amour, d’émancipation et de conscientisation, la question de la liberté est prégnante dans Le Voile de Téhéran. Et l’auteure a le mérite de n’en avoir pas fait une accumulation de clichés. J’ai trouvé sa manière d’aborder la famille et les liens qui la tissent particulièrement intéressante et nuancée. L’assez large temps, quasiment celui d’une vie, dans lequel ce roman s’inscrit permet d’avoir un aperçu des différentes luttes qui ont bouleversé l’Iran et lui ont permis, tour à tour, d’avancer ou de reculer. Le tout avec le jugement de mes yeux bleus de française blanche de classe moyenne. Aucune idée de s’il est fiable en la circonstance… Objectif, certainement pas. J’aurais tant voulu pouvoir secouer Massoumeh, lui allonger les jambes pour qu’elle fasse des pas encore plus grands. Je suppose qu’alors il n’y aurait eu plus aucune justesse dans ces 600 pages et quelques. Ça aurait été dommage. Alors va pour l’authenticité de Parinoush Saniee, quitte à nourrir ma frustration ! Ça me fera les pieds et me permettra sûrement aussi d’avancer…

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