Archives de Catégorie: Littérature américaine

Shilpi Somaya Gowda, Un fils en or

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Ce qui se passa réellement cette nuit-là à Panchanagar fut à la fois moins terrible et pourtant plus obsédant que les cauchemars d’Anil. La mère de la jeune femme sortit de la maison pendant qu’Anil se lavait les mains. Il avait préparé des paroles d’excuses et s’apprêtait à essuyer son courroux. Mais elle marcha vers lui, joignit les paumes, inclina la tête et se pencha à terre pour toucher ses pieds. « Merci, docteur Sahib, d’avoir sauvé mon petit-fils. » Une vague de honte le submergea alors, non seulement à cause de son échec, mais aussi à cause de sa vie ici, dans cette région inculte du monde où la pratique de la médecine n’était rien d’autre qu’une illusion. Cette nuit-là, gravée dans son souvenir, Anil sut qu’il ne resterait pas à Panchanagar. Il se battrait pour exercer une médecine de pointe – le plus loin possible de chez lui.

Folio, pages 80-81

Tout d’abord il y a Anil, qui se prépare à devenir médecin et décide de quitter l’Inde pour l’Amérique, qui se révèle être bien loin du paradis qu’il espérait. Les gardes s’enchaînent et la brutalité du monde hospitalier conjuguée au racisme ordinaire l’éprouve. Pas d’ici et plus vraiment de là-bas, il se perd parfois, a du mal à ajuster son comportement et sa pensée. D’autant plus qu’il s’égare entre ce que sa famille attend de lui et ce qu’il désire réellement.

Il y a aussi Leena, son amie d’enfance. Fils d’un métayer pauvre, elle n’est pas un bon parti pour lui. On lui arrange donc un autre mariage, où elle se trouve la victime d’un époux violent.

Et puis il y a nous, lectrices et lecteurs, qui naviguons entre les États-Unis et l’Inde. Le récit se construit peu à peu et l’on saisit certains tenants et aboutissants de coutumes et systèmes de pensée qui nous sont étrangers. On sent que l’auteure s’adresse à un public occidental : sans tomber dans la didactique, elle prend le temps de nous expliquer, elle égrène les éléments nécessaires à notre compréhension. On accompagne Anil dans sa découverte de l’indépendance et de l’amour, dans sa formation constante, et l’on suit Leena dans ses souffrances et ses espoirs. Tous deux combattent à leur manière pour une vie meilleure. Pris dans les affres de leurs responsabilités et de leur culpabilité, leurs sentiments ne sont pas épargnés. Mais tout aussi difficile que le monde dépeint par Shilpi Somaya Gowda puisse être, il garde les couleurs lumineuses de l’espoir romanesque : une distance est maintenue avec les personnages et nous n’épousons pas leur peau, spectateurs nous sommes et spectateurs nous restons. Je n’ai pas été éprouvée : j’aurais souhaité pouvoir m’impliquer plus dans ma lecture, et en même temps c’est agréable parfois d’être indemne.

Découvrez aussi Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie et Les Trois Médecins de Martin Winckler.

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Jeffrey Eugenides, Le Roman du mariage

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Eugenides - Le Roman du mariageLa propension de Leonard à l’abattement avait toujours fait partie de son charme. C’était rassurant de l’entendre énumérer ses faiblesses, ses réticences vis-à-vis de la formule américaine du succès. Les possesseurs d’ego surdimensionnés qui marchaient à l’ambition étaient si nombreux à l’université – intelligents et travailleurs mais insensibles et sans aspérités, prêts à écraser le voisin pour réussir – que l’on se sentait obligé de se mettre au diapason en se montrant constamment motivé et au maximum de ses capacités, alors que, au fond de soi, on savait que cela ne correspondait pas à la réalité. En fait, les gens doutaient d’eux-mêmes et craignaient l’avenir. Ils étaient complexés, effrayés, et, en parlant à Leonard, qui était toutes ces choses puissance dix, ils se sentaient moins minables et moins seuls. Leonard leur apportait une sorte de thérapie. Il était tellement plus mal en point que tout le monde ! Il était le Dr Freud et le Dr Fatalis, père confesseur et humble pénitent, analyste et analysé. Ce n’était pas une posture. Il ne faisait pas semblant. Il parlait honnêtement et écoutait avec compassion. Dans leurs meilleurs moments, ces conversations téléphoniques relevaient à la fois de l’art et du sacerdoce.

Points, pages 162-163

Madeleine aime Leonard : brillant, mais fragile et imprévisible, il l’attire comme un aimant. Mais il y a aussi Mitchell : intelligent mais moins vibrant, plus fiable donc, le prétendant idéal. Trois personnalités qui se rencontrent, se heurtent, se font du bien et beaucoup de mal. Inévitable ? Peut-être. À Madeleine d’avancer, de se tromper, de se convaincre, de douter et de décider, peu ou prou, si le mariage et la vie à deux sont uniquement une affaire d’amour.

Petit sentiment, petite chronique : j’ai lu ce livre il y a une dizaine de mois et le souvenir qu’il m’en laisse n’est pas impérissable. Il y a du bon et de l’intéressant, mais globalement, cela m’a tiré un haussement d’épaule. Peut-être parce que – mais pourquoi ? – j’arrive rarement à me laisser happer par la littérature américaine, peut-être parce que cette lecture ne m’a pas fait me poser de questions supplémentaires, peut-être parce que la question de l’amour néfaste me parle mais pas comme ça. J’aurais voulu que ça me donne du grain à moudre tout en me prenant aux tripes. Je suis restée passive face à cette aspirante écrivaine et son histoire d’amour pourtant pas si banale. Pourtant, l’amour en dépit de tout ça me titille généralement les neurones… Si Le roman du mariage n’est pas révolutionnaire, il a tout de même le mérite de poser la question épineuse du couple en regard de troubles psychologiques.

Découvrez aussi La Femme rompue de Simone de Beauvoir et Les Jours de mon abandon d’Elena Ferrante.

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Carl R. Rogers, Liberté pour apprendre

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rogers-liberte-pour-apprendreLorsqu’un professeur s’attache plus à faciliter l’apprentissage qu’à fonctionner comme enseignant, il organise son temps et répartit ses efforts d’une manière qui diffère beaucoup de celle du professeur traditionnel. Au lieu de consacrer de longues périodes de temps à organiser son cours et à préparer ses leçons, il s’efforce de réunir les différents moyens qui permettront à ses étudiants de faire un apprentissage expérientiel approprié à leurs besoins. Il consacre également tous ses efforts à mettre ces moyens vraiment à la portée de ses étudiants, en repensant et en simplifiant les différentes étapes par lesquelles ceux-ci doivent passer pour utiliser ces moyens. Par exemple, c’est très bien de dire que tel livre se trouve à la bibliothèque, ce qui signifie que si l’étudiant consulte le catalogue, attend le temps nécessaire pour apprendre que le livre se trouve déjà prêté, revient la semaine suivante, il pourra finalement l’obtenir. Mais tous les étudiants n’ont pas la patience et un intérêt suffisants pour passer par toutes ces étapes. J’ai constaté que si je place dans le local scolaire un rayon avec des livres et des textes photocopiés que l’on peut emprunter, la quantité de lecture augmente énormément ainsi que l’utilisation de la bibliothèque pour répondre à des besoins personnels.

Dunod, pages 189-190

Liberté pour apprendre : le titre interpelle et déjà me remue. Liberté ? apprendre ? avec un lien – de causalité – entre les deux ? Attends-moi Rogers, je revêts ma tenue de prof, enfourche le destrier blanc de la pédagogie et tente de me glisser dans le sillage de ta pensée.

En termes de compréhension pure, le plus dur à saisir, c’est la préface. Pour la suite, les textes coulent de source : descriptions et analyses se répondent et s’enrichissent, donnant d’innombrables pistes de réflexion et de mise en action. Peut-être quelques longueurs à la lecture, mais la redondance permet également de prendre le temps, d’aborder le sujet sous différentes facettes, de continuer à s’interroger, de questionner sérieusement l’autonomie, l’envie, le comment apprendre ? Sur un sujet et sur soi surtout. Car construction de l’identité, manières d’agir et d’interagir en société et connaissances se trouvent intimement liées dans les fondements de la démarche de Rogers. Il l’applique directement à sa discipline, la psychologie, mais ouvre de belles perspectives dans tous les domaines. Perspectives qui remettent en cause les fondements d’une éducation traditionnelle et transmissive. Tant mieux !

L’auteur s’appuie sur sa propre expérience mais également sur celles d’autres enseignants, professeurs, facilitateurs, etc. Il ne nous noie pas sous une avalanche de théorie, mais met en étroite relation pratique et théorie : de fait, il nous permet de cheminer à ses côtés sans nous perdre dans un amas de concepts.

Il paraît que Carl Rogers dérange ? Alors j’ai envie de dire : « Oh oui, dérange-moi encore… »

Découvrez aussi Enfin insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire d’Eve Ensler et L’Hibiscus pourpre de Chimamanda Ngozi Adichie.

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Edward Abbey, Le Gang de la clef à molette

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abbey-le-gang-de-la-clef-a-moletteBientôt les pick-up apparurent. Ils descendaient la route en cahotant jusqu’au chantier, s’arrêtaient, déchargeaient leurs passagers, repartaient. Dans ses jumelles, Hayduke vit les ouvriers se disperser, gamelles ballantes, casques luisants dans la lumière du matin, puis se hisser dans la cabine de leurs véhicules respectifs. Les choses commencèrent à s’animer ; çà et là, quelques machines crachèrent des nuages de diesel. Certains engins démarrèrent ; d’autres ne démarraient pas, ou refusaient de démarrer, ou ne démarreraient plus jamais. Hayduke observait la scène avec satisfaction. Il savait une chose que les opérateurs ignoraient : ils étaient tous dans la merde.

Éditions Gallmeister, page 116

Ils sont quatre. Le docteur Sarvis, chirurgien à ses heures officielles, pyromane à ses heures perdues. Bonnie, sa superbe maîtresse, un caractère de feu dans un corps de bombe. Hayduke, un vétéran du Vietnam qui boit sa bière comme il respire et vibre pour les armes à feu. Smith, mormon et polygame, qui fait descendre les voies d’eau aux touristes. Pas grand-chose en commun au premier abord, et pourtant une folie de vivre, une haine de l’industrialisation galopante et un jusqu’au-boutisme tempétueux vont les unir indéfectiblement. Armés de clefs à molettes, entre autres bâtons de dynamite, ils vont faire sauter des ponts, dézinguer des bulldozers, rêver d’anéantir le barrage du coin. Une organisation au pied levée mais bien huilée par l’inconséquence de l’obstination, qui les mènera loin sur le chemin de la destruction avant de les entraîner dans une course poursuite avec les représentants de l’ordre social et de la morale établie. Une traque douloureuse et haletante dans le désert…

Le Gang de la clef à molette est un ouvrage dense. L’auteur nous fait tout de suite entrer dans le feu de l’action, mais j’ai mis du temps à me laisser prendre. Tous les ingrédients sont là pourtant : des personnages qui détonnent, une plume affutée, un humour orageux, un propos politique, une morale défaillante. Peut-être la faute à la tête ailleurs, à une alchimie qui n’a pas pris. Trop de détails techniques qui m’ont laissée dans une incompréhension mécanique pas désagréable mais un peu longue. Chapeau bas tout de même pour la tension que l’auteur fait naître au creux de nos ventres, la chaleur palpable, la douleur désertique. La poésie abrupte de l’immensité des paysages et de la bêtise humaine. Un ouvrage fort dans tous les cas.

Découvrez L’Île du point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès et Les Frères Sisters de Patrick DeWitt.

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Adi Alsaid, Un peu, jamais, à la folie

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alsaid-un-peu-jamais-a-la-folieChaque planche clouée à l’arbre, chaque branche sciée pour dégager l’espace faisait croître leur sentiment d’avoir accompli quelque chose, mais peut-être était-ce simplement palpable dans l’esprit de Dave. De temps à autre, le bras de Julia venait frôler le sien, sa peau nue malgré le froid nocturne – ils n’avaient pas tardé à transpiré et avaient relevé leurs manches, remisé les pulls en tas sur la plate-forme vide du pick-up, là où plus tôt dans la soirée étaient entassées des tonnes de matériel. Ce serait mentir que de dire que ce contact le laissait indifférent – la peau n’oubliait pas si vite – ou qu’il n’en tirait pas de plaisir, car le cœur est encore plus lent à changer ses habitudes, mais ça avait perdu de sa puissance. Ou plutôt, le frisson qui lui parcourait l’échine éveillait rapidement la pensée de Gretchen, et c’est avec elle en tête qu’il construisit la cabane.

Hachette Livre, page 121

Dave et Julia sont meilleurs amis, en marge de leurs camarades. Leur mot d’ordre ? Ne pas être des lycéens américains typiques, se démarquer. Et, par la force des choses, se suffire à eux-mêmes. C’est ainsi qu’ils rédigent une liste des « Jamais, ou Comment vivre des années lycée sensationnelles ». On y trouve de tout : de la non-participation à l’élection du roi/reine de la promo à l’interdiction d’effectuer un road-trip mythique qui change à jamais la vision de la vie, en passant par le refus d’organiser une fête, de draguer un prof et, bien sûr, de sortir avec son/sa meilleur/e ami/e. Un jour, les deux comparses changent radicalement d’idée et décident de tout réaliser… Certains items s’avèrent plus simples que d’autres, mais ils ne lésinent pas sur les moyens à mettre en œuvre et vont jusqu’au bout. Mais en s’ouvrant aux autres ils exposent leur écosystème parfaitement réglé et vont devoir apprendre à remettre en question leurs certitudes. C’est ainsi que la jolie Gretchen va semer un certain trouble…

Tous les ingrédients sont là pour un roman ado américain classique : les amis, les amours, un humour un peu (mais juste un peu) décalé, des personnalités peu (mais juste un peu aussi) conformes. Et force est de dire que ça fonctionne. Ce n’est pas transcendant, ce n’est pas révolutionnaire, ça ne pousse ni à la réflexion ni à l’introspection, mais ça fait sourire. On se laisse bercer par leur jolie histoire et leurs sentiments tempétueux. Finalement, tout n’est pas si prévisible et l’on passe un agréable moment.

Découvrez aussi Je suis sa fille de Benoît Minville et E = mc², mon amour de Patrick Cauvin.

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Eve Ensler, Enfin Insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire

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Ensler - Enfin insécuriséeUne part de moi craignait de ne jamais quitter l’Afghanistan. Et effectivement, alors que nous roulions de nouveau vers le Pakistan quelques jours plus tard, notre voiture s’est fait arrêter par un membre du redouté département de la promotion de la vertu et de la prévention du vice. Un mastodonte, avec une masse de cheveux longs et une barbe sale. J’avais ôté la burqa dans la voiture, et il m’a surprise portant un petit foulard sur la tête. Il m’a donné l’ordre de descendre. Il tenait une plaque de bois à laquelle était attaché le fouet en cuir long, plat et large utilisé pour les flagellations. Je me rappelais les chevilles couvertes de bleus de la femme que j’avais rencontrée à la première école RAWA, qui avait encore du mal à marcher. Il fulminait et criait dans une langue que je ne parlais pas mais comprenais parfaitement. Je me suis réfugiée dans un état de dissociation calme et étrangement familier. J’ai pensé aux femmes qui vivaient ainsi tous les jours et qui n’avaient ni recours ni échappatoire. J’ai ressenti l’impuissance folle, la rager contre sa laideur cruelle et indifférente. J’ai réalisé que je pourrais mourir là où être gravement rossée.

Denoël, page 92

L’on vit dans un monde dangereux : truisme s’il en est. Mais que fait le monde – ses classes dirigeantes – de tant d’insécurité ? Eve Ensler livre dans Enfin insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire un récit poignant qui mêle politique, féminisme, expérience personnelle, rencontres et anecdotes (qui n’ont rien d’anecdotiques). Dans la société post-11 Septembre, la recherche du sentiment de sécurité prime sur toutes les réalités ; la moindre vulnérabilité est traquée pour être annihilée, au risque d’emporter avec elle les dernières onces de liberté. Notre humanité est mise à mal pour être protégée. Mais de qui, de quoi, comment ? Et qui est réellement protégé ?

L’auteure parcourt le monde et sa route croise celles de jeunes Afghanes, de victime de viols en Bosnie, de rescapées de l’ouragan Katrina ou du tsunami au Sri-Lanka, de Mexicaines dont les filles disparaissent quotidiennement, d’américaines incarcérées à tort ou à raison… Chaque rencontre la confronte à une réalité toujours plus violente, des survivances. Elle éclaire et provoque, provoque surtout un ébranlement intime. Elle décrit ce que la vie peut avoir de pathétique sans jamais tomber dans le pathos facile. Chacune de ses réflexions s’appuie sur des faits, qu’elle vit, observe, décortique et analyse.

Elle nous tord les boyaux et c’est une violence qui soulage.

Découvrez aussi Beauté fatale de Mona Chollet et Parce qu’ils sont arméniens de Pinar Selek.

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Tamora Pierce, Alanna

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Pierce - Alanna IUne cloche qui tintait dans une tour surplombant l’aile des pages réveilla Alanna à l’aube. Elle plongea son visage dans l’eau froide en bougonnant. Encore épuisée de sa chevauchée de cinq jours, elle aurait bien voulu pour une fois faire la grasse matinée.

Gary, bien réveillé et d’une jovialité qui lui parut insolente, vint la chercher alors qu’elle finissait à peine de s’habiller. Alanna, qui avait horreur de prendre un petit déjeuner et se serait contentée d’une pomme, se retrouva devant une assiette débordante servie par Gary.

– Mange, lui conseilla-t-il, tu vas avoir besoin de toutes tes forces.

La cloche tinta de nouveau. Les pages se hâtèrent pour assister à leurs premières leçons de la journée. Alanna courait pour rester à la hauteur de son mentor.

– Première leçon : lecture et écriture, lui expliqua-t-il.

– Mais je sais déjà lire et écrire ! protesta Alanna.

– Ah bon ? Bien. Tu n’as pas idée du nombre d’enfants de nobles qui l’ignorent. Ne t’inquiète pas, jeune Trébond, ajouta-t-il avec un sourire qui lui illumina son visage, je suis sûr que les professeurs te trouveront une occupation.

Hachette Jeunesse, tome I, pages 53-54

Destinée au couvent, Alanna rêve de devenir chevalier. Quant à Thom, son frère jumeau, il souhaite devenir un grand magicien. Prenant leur destin en main, ils décident d’échanger leur place. C’est donc sous l’apparence d’un garçon et le nom d’Alan qu’Alanna fait ses débuts en tant que page. L’entraînement est difficile, mais plus grande encore est la volonté de la jeune fille. Petit à petit, elle prend ses marques et fait ses preuves. Le chemin sera long et parfois difficile. Heureusement, elle est accompagnée du fidèle Coram, entourée par ses amis et soutenue par Jonathan – le futur roi – et George – le roi des voleurs. Grâce à sa droiture et son habileté au combat, elle parvient peu à peu à s’imposer et se rendre indispensable dans cet univers masculin.

Composée de quatre tomes, cette saga est très agréable à lire. L’auteure a réussi à trouver un équilibre entre action et introspection. On se laisse embarquer dans de grandes chevauchées à travers le royaume, tout en guettant la manière dont Alanna réussira à s’approprier ses sentiments et son corps d’adolescente puis de femme, avec tout ce que cela implique de changements. On assiste également à l’affrontement entre de grands pouvoirs : le Don est une magie puissante, très proche des forces de la nature, qu’il est nécessaire d’entraîner et de maîtriser, au risque de se laisser consumer.

Les personnages sont attachants et ne versent pas trop dans le manichéisme. C’est un plaisir de voir grandir la fougueuse Lionne de Tortall !

Découvrez aussi La Fille aux licornes de Lenia Major et La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero.

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