Archives de Catégorie: Littérature allemande

Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich

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Klemperer - La Langue du IIIe ReichLes guillemets simples et primaires ne signifient rien d’autre que la restitution littérale de ce qu’un autre a dit ou écrit. Mais les guillemets ironiques ne se bornent pas à citer d’une manière aussi neutre, ils mettent en doute la vérité de ce qui est cité et, par eux-mêmes, qualifient de mensonge les paroles rapportées. Comme, dans le discours, cela s’exprime par un surcroît de mépris dans la voix de l’orateur, on peut dire que les guillemets ironiques sont très étroitement liés au caractère rhétorique de la LTI.

Pocket, page 108

Dès 1933, le philologue allemand Victor Klemperer s’est employé à décortiqué la langue utilisée par les Nazis, langue qu’il nommera LTI, la Lingua Tertti Imperii. Car s’il s’agit toujours de l’allemand, son vocabulaire, sa syntaxe, ses expressions et son intention se modifient peu à peu pour former un véritable langage totalitaire, appareil d’une propagande globale qui, peu à peu, s’insinue dans les esprits et le quotidien, modifiant peu à peu et discrètement, toute une manière de considérer le monde et les hommes.

Ce texte est écrit à partir des journaux de Klemperer et s’appuie sur nombre de sources (discours officiels d’Hitler, Goebbels et autres dignitaires nazis, faire-part de naissance et de décès, journaux, livres, brochures, conversation…). À première vue, il est assez compréhensible, écrit de manière accessible. Mais il est intimement lié à l’histoire d’un pays que je ne connais que partiellement, et toujours d’un point de vue extérieur et français – orienté en définitive. J’ai donc parfois manqué de références, mais cela ne m’a pas empêchée d’appréhender globalement le propos de l’auteur. De même, la non-maîtrise de la langue allemande a parfois entravé ma compréhension : mes huit ans de cours paraissent bien loin et ne m’aident pas beaucoup pour saisir les nuances entre les termes. Nuances qui pourtant sont essentielles, car ce sont elles qui sont constitutives de l’évolution profonde et insidieuse de la langue du Troisième Reich.

En dépit des difficultés que j’ai pu rencontrer, cette lecture a été riche et, plus de quatre-vingts ans après, elle ne peut qu’appeler à la vigilance face à la manipulation des mots – par les médias, les grands groupes et les politiques notamment – car le monde contemporain n’est certainement pas à l’abri.

Découvrez aussi La Laïcité falsifiée de Jean Baubérot et Enfin insécurisée. Vivre libre malgré le totalitarisme sécuritaire d’Eve Ensler.

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Cornelia Funke, Coeur d’encre

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Funke - Coeur d'encreAlors, tout disparut. Les murs rouges de l’église, les visages des hommes et même Capricorne dans son fauteuil. Il n’y avait plus que la voix de Mo et les images que les mots faisaient naître. Si Meggie avait pu haïr Capricorne plus encore, elle l’aurait fait. Car si, durant toutes ces années, Mo ne lui avait pas lu une seule histoire, c’était sa faute. Elle songea à tout ce qu’il aurait pu faire surgir dans sa chambre avec sa voix qui donnait à chaque mot un autre goût, à chaque phrase une mélode ! Même Cockerell en avait oublié son couteau et les langues qu’il devait couper. Il écoutait, le regard absent. Nez Aplati regardait en l’air, la mine béate, comme si un bateau de pirates passait, toutes voiles gonflées, par un des vitraux de l’église. Tous se taisaient. Hormis la voix de Mo qui donnait vie aux lettres et aux mots, on n’entendait pas un bruit.

Folio Junior, pages 221-222

Depuis que sa mère a mystérieusement disparu, Meggie vit seule avec son père, Mo, entourée de livres. Mais une nuit, un étrange personnage fait irruption dans leur jardin, porteur de mauvaises nouvelles. Doigt de poussière annonce que Capricorne est sur la trace de Langue magique… Cachée derrière la porte, Meggie ne comprend pas ce que cela veut dire, ni pourquoi ils doivent partir à l’aube. Pourtant, elle va se trouver entraîner dans un long et dangereux périple où l’horreur sera à son comble, porteuse de violence et de peur. Parfois, seule la beauté des mots peut apporter un certain réconfort…

Depuis plusieurs années, Cœur d’encre me faisait de l’œil sur les étagères des librairies. Malheureusement, cette lecture a été très loin de remplir mes attentes. De l’aventure, du fantastique et des livres : je pensais que tous les ingrédients étaient réunis pour m’offrir un moment savoureux. Des personnages qui s’échappent des pages : l’idée est bonne. Seulement, ça manque de profondeur et de suspense. Les personnages tentent en vain d’être charismatiques et l’écriture d’être poétique. Finalement, ça lambine un peu, toujours lisse. L’action m’a laissée quelque peu impassible. Il se passe beaucoup de choses, mais les rebondissements manquent d’entrain, ça reste un peu au ras du sol.

Il ne s’agit pas d’un mauvais livre, mais qu’est-ce que c’est frustrant ! On aurait voulu que ça fasse un peu moins excellente rédaction de collège et un peu plus roman palpitant. On aurait voulu que ça swingue, que ça soit intense ! Peut-être que la suite… Oui, mais je ne suis pas sûre de la lire.

Découvrez aussi L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon et La Relieuse du gué d’Anne Delaflotte Mehdevi.

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Monika Feth, Le Cueilleur de fraises

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Feth - Le Cueilleur de fraisesNous étions sur le point de faire peser un sacré poids sur ses épaules. Mais les mères étaient là pour ça, non ? Voilà ce à quoi je réfléchissais tout en composant son numéro.

Dès que j’entendis sa voix, j’eus de nouveau quatre ou cinq ans. Il venait de m’arriver une chose monstrueuse et j’avais besoin d’être consolée.

Ma bouche avait un mal fou à articuler.

Caro. Est. Morte.

La phrase sonnait comme si quelqu’un d’autre l’avait prononcée. Quelqu’un que je ne ferais que citer. Elle n’avait rien à voir avec moi. Ni avec Merle, ni avec Caro.

Pourtant, nous étions bien allées dans cet affreux bâtiment. J’avais vu que Caro était morte. Il me restait à l’accepter.

Black Moon, page 129

Jette a dix-huit ans, elle est belle et sa mère est une auteure de romans policiers à succès. Assoiffée d’indépendance, elle habite avec deux amies : Merle et Caro. La première, fauchée, est une politique engagée, fervente défenseuse des animaux (oui, oui, mon ton est quelque peu sardonique. J’aime toujours quand on nous décrit ces êtres révoltés par le monde. On s’attend à beaucoup de choses, et là, paf ! les animaux. Forcément. C’est politiquement correct. Tout le monde aime les animaux (moi aussi, si, si), mais bon… j’aime bien voir dans un roman pour ado, une ado – justement – qui pousse ses questionnements un peu plus loin. Fin de la digression et de la parenthèse). La seconde fuit une famille maltraitante, se scarifie, change de copain tous les quatre matins et… se fait assassiner. Jette et Merle sont alors bien décidées à retrouver celui qui a fait ça. On suit ensuite les méandres de l’enquête. C’est pas du haut niveau mais c’est sympa.

Au fil des pages, les personnages se donnent la parole. C’est un peu artificiel mais ça fonctionne. L’écriture n’est pas désagréable et ça avance tout seul. Je l’ai lu le temps d’un aller-retour au boulot et d’un Rennes-Paris, le sourire aux lèvres (et pas que moqueur !). Enfin bref, il y a plein d’autres ouvrages que je vous conseillerais avant celui-ci, mais quand même, si vous l’avez dans les mains (ou sous les yeux), allez-y ! C’est toujours plaisant de chercher l’amour pour toujours, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Ou un peu avant.

Découvrez aussi Twilight de Stephenie Meyer et Plus haut que les oiseaux d’Eric Pessan.