Archives de Catégorie: Contes et mythologies

Timothée de Fombelle, Le Livre de Perle

Par défaut

fombelle-le-livre-de-perleChaque année, la veille de Noël, la Maison Perle s’ouvrait aux enfants. Ils arrivaient au galop en hordes barbares dans la rue, revenant de l’école avec leurs cartables. Ils s’arrêtaient essoufflés à la porte, restaient un peu sur le trottoir, prenaient le temps de recoller leurs cheveux en se regardant dans la vitrine, puis ils entraient un par un, sans se bousculer, visages d’angelots enrhumés dans leurs écharpes. Les filles trop grandes donnaient la main aux petites pour faire oublier leur âge. Les enfants sages tâchaient de l’être encore plus, avec des « Bonjour, madame » et des « Bon Noël, monsieur ». Même les voyous, la casquette roulée dans la main, étaient hypnotisés par l’ordre, la lumière dorée, les cuivres, l’impression de marcher dans un nuage de sucre glace. Ils tiraient leur pantalon pour cacher leurs genoux salis par les parties de billes.

Ils recevaient chacun une guimauve emballée dans un papier blanc imprimé de rouge pour l’occasion.

Le 24 décembre, les enfants avaient le droit de passer devant les clients qui se pressaient dans la boutique. Une fois servis, ils tardaient à repartir tant ils se sentaient bien. Chaque pas était au ralenti. Aucun d’eux, pourtant, n’aurait osé repasser deux fois au comptoir et risquer la condamnation aux « sept années ». C’était la menace que répétait M. Perle. Sept années sans guimauve de Noël si on resquillait. Quand on a six ou huit ans, ces sept années valent la perpétuité.

Gallimard Jeunesse, pages 67-68

Dans Le Livre de Perle, les histoires s’enchevêtrent et se nourrissent. Tout d’abord, il y a celle du prince Ilian, qui vient d’un monde lointain où la magie existe encore. D’ailleurs, Ilian est amoureux d’Olia, une fée qui souhaite devenir mortelle pour afin de vivre cet amour. Mais, victime de la jalousie de son frère tyrannique, il est condamné à l’exil et se retrouve au cœur d’un monde qui ne croit plus au sien : le nôtre. Il y a donc également l’histoire de Joshua, ce garçon qui vient d’on ne sait trop où et qui est quasi-amnésique. Il est adopté par un couple de confiseur, les Perle, qui seront déportés lors de la Seconde Guerre mondiale tandis que lui sera au front. Ensuite, il y a celle du narrateur, un jeune garçon dont le chemin croise celui du vieux Joshua Perle. Ce dernier n’a eu de cesse, toute sa vie, de chercher les traces de magie afin d’inverser le sort dont il a été la cible. Car quand un prince aime une fée, dans un monde ou dans l’autre, c’est éternel.

Avec son indéniable talent, Timothée de Fombelle nous livre à nouveau un ouvrage, entre réel et féerie, dont la poésie et la profondeur ne peuvent que remuer. Avec des phrases dont la limpidité font l’évidence, il nous parle d’amour, de guerre, de filiation et de mémoire. Sous sa plume, même la violence sait se parer des atours de la douceur, et bouleverse ainsi un lecteur transporté. Il raconte la quête universelle d’un absolu personnel, d’un but à la vie, d’un fragment de beauté et d’éternité. Les personnages se sondent eux-mêmes en cherchant les autres. Quant à ce qu’ils trouvent, c’est souvent flou. Mais certainement ils nous offrent un grand roman d’aventures qui porte aux nues les pouvoirs de l’imaginaire et de l’imagination.

Du même auteur, lisez Neverland et Tobie LolnessTobie Lolness.

Découvrez aussi La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero et En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut.

Écoutez les premières pages !

Publicités

Laura Fischetto et Letizia Galli, La Mythologie

Par défaut

Fischetto - La Mythologie 1Sans savoir que, grâce à la ruse de Gaïa, Rhéa s’apprête à le tromper, Cronos attend.

Quand son épouse arrive, elle serre quelque chose dans ses bras, et Cronos pense que Rhéa lui apporte Zeus, son dernier-né, pour qu’il puisse le manger.

Mais Rhéa ne lui a apporté qu’une pierre, emmaillotée comme un bébé, et Cronos, satisfait, l’avale.

Éditions du Centurion, page 45

En deux tomes, la mythologie grecque est brièvement et clairement présentée aux enfants. Dieux, héros et événements sont présentés en quelques lignes, de manière chronologique et/ou logique. Le tout est illustré dans un style original : l’on n’aime ou non l’esthétique, mais le choix est en adéquation avec le sujet. La langue est parfaitement accessible, mais ne manque pas de caractère, empreinte d’une tradition narrative relative au conte et au mythe.

L’enfant que j’étais a lu et relu ces deux livres, se laissant transporter dans un monde fantastique peuplé de personnages caractériels et d’événements merveilleux. L’adulte que je suis a tourné à nouveau ces pages avec plaisir. Tout en simplicité, le tableau est vite dressé, et comme première approche de cette mythologie aux nombreuses ramifications et péripéties, c’est vraiment réussi.

Découvrez aussi Percy Jackson de Rick Riordan et La Mythologie égyptienne de Nadine Guilhou et Janice Peyré.

Écoutez les premières pages !

Nadine Guilhou et Janice Peyré, La Mythologie égyptienne

Par défaut

guilhou-peyre-la-mythologie-egyptienneGrand et beau, lumineux et vif, Horus avait grandi dans l’isolement, protégé par sa mère ; mais il était temps que son père soit présent à son côté pour parfaire son éducation et le préparer à son destin de roi. Osiris, qui régnait sur les ténèbres, revint de l’occident pour séjourner de nouveau sur terre auprès de son fils. Le jeune garçon avait grandi avec l’idée de venger son père et sa mère, et plus les années passaient, plus il était déterminé : il serait le vengeur de son père, le soutien de sa mère. Son impatience croissait, il était temps de lui enseigner les arts de l’intelligence et du combat afin qu’il pût un jour vaincre Seth.

Marabout, page 99

Rê, Isis, Osiris, Seth, Anubis… de tels noms sont familiers. Rê, le soleil. Osiris, la mort. Seth, le méchant. Isis, euh… Finalement, ce n’est pas tant familier que ça. Surtout si l’on considère l’ensemble de la communauté divine et semi-divine, qui est loin de se limiter à ses personnages les plus connus.

Comme dans toute mythologie qui se respecte, on trouve nombre d’histoires d’amour, de mort, de famille, d’envie, d’influence et de vengeance. Comme dans toute mythologie qui se respecte, la logique est sans dessus dessous, d’autant plus que le système de pensée égyptien est, sur bien des points, éloigné de notre vision occidentale des choses. Ainsi, le temps n’est pas linéaire mais cyclique. De même, humanité, divinité et animalité sont profondément liées. À coups de contes et d’épisodes mythologiques, on fait peu à peu la connaissance de ces dieux et on se familiarise avec leur histoire, qui n’est jamais figée.

Le préambule de l’ouvrage est indispensable pour bien appréhender les spécificités liées à la mythologie égyptienne. Il est cependant un peu long : il aborde nombre d’éléments qui, tant que la lecture n’est pas poursuivie, ne font pas sens. En revanche, la suite de l’ouvrage est plutôt bien faite. Si comme moi, vous êtes totalement novices, certains passages pourront vous paraître ardus, mais l’ensemble reste instructif et, à défaut d’être palpitant, n’est pas désagréable à lire.

 Découvrez aussi Taxi de Khaled Al Khamissi et La Faim du tigre de René Barjavel.

Écoutez les premières pages !