Sarah Crossan, Inséparables

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Crossan - InséparablesMrs Buchannan enseigne le badminton à toute la classe

et au lieu de rester à regarder,

on les rejoint

maladroitement.

Quand même. Le volant a beau être léger,

on a beau avoir chacune une raquette,

on est loin de pouvoir battre un seul joueur

de l’autre côté,

même quand ce joueur est Jon,

qui ne fait aucun effort pour courir.

 

On aurait pu penser qu’il nous laisserait gagner

quelques points.

 

On aurait pu penser qu’il le ferait par compassion,

qu’il laisserait le volant, généreusement,

piquer du nez de son côté une ou deux fois.

 

Mais non, pas de quartier.

 

On devrait peut-être être découragées,

avoir l’impression d’être des nulles.

 

Mais savoir qu’on a perdu à la loyale,

 

savoir que Jon n’a aucune pitié,

 

c’est une victoire, en vérité.

Rageot, pages 147-148

Inséparables, Grace et Tippi le sont de corps et d’esprit. Elles s’aiment d’un amour qui se pare d’attentions, d’agacement, de compréhension, d’inquiétude, de rire et d’absolu. Elles font une, une et demie, deux, et pourtant recèlent de différences. Deux personnes qui ne sont que l’une avec l’autre, deux sœurs siamoises, qui entrent pour la première fois au lycée. Elles, dont l’altérité est quotidienne, vont devoir se confronter au regard des autres, dont elles sont inexorablement différentes. L’occasion de découvrir, entre autres, l’amitié et l’amour. Sauf que forcément, la vie, a fortiori quand on a un corps et quelque pour deux, c’est aussi des soucis de famille et d’argent. Et surtout des choix impossibles et des risques incontournables.

Sarah Crossan nous livre ici un ouvrage plein de poésie et d’émotion, traduit avec brio par Clémentine Beauvais. Ce roman en vers remue par sa justesse. Le rythme des mots porte le propos et véhicule les sentiments. On lit comme on respire, parfois par à-coups, d’autres fois dans de grandes inspirations. L’on sent le chevrotement de la pensée. À aucun moment l’auteure ne tombe dans le misérabilisme, ce qui nous permet de simplement profiter des élans des personnages, de les scruter et de sentir nos ventres se serrer. Aucune hâte ni évidence dans le scenario, mais un concentré de vies qui aspirent à la liberté. Une liberté qui se situe rarement là où on l’attend et qui, sûrement, n’en est que plus belle.

Découvrez aussi Qui es-tu Alaska ? de John Green et Hors de moi de Florence Hinckel.

Écoutez les premières pages !

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