Archives Mensuelles: novembre 2017

Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles

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Bourdeaut - En attendant BojanglesÀ l’école, rien ne s’était passé comme prévu, alors vraiment rien du tout, surtout pour moi. Lorsque je racontais ce qui se passait à la maison, la maîtresse ne me croyait pas et les autres élèves non plus, alors je mentais à l’envers. Il valait mieux faire comme ça pour l’intérêt général, et surtout pour le mien. À l’école, ma mère avait toujours le même prénom, Mademoiselle Superfétatoire n’existait plus, l’Ordure n’était pas sénateur, Mister Bojangles n’était qu’un bête disque qui tournait comme tous les disques, et comme tout le monde je mangeais à l’heure de tout le monde, c’était mieux ainsi. Je mentais à l’endroit chez moi et à l’envers à l’école, c’était compliqué pour moi, mais plus simple pour les autres.

Folio, page 47

En écoutant Mr Bojangles, ils dansent. Ils dansent, ils rient et ils s’aiment follement. Le jeune narrateur conte ses parents, leur vie au rythme du plaisir sans concession, quitte à défier les expressions. Ses yeux d’enfant redéfinissent parfaitement la normalité, ses parents lui offrant chaque jour la preuve d’une raison qui n’est pas celle du monde extérieure. Sur le fil ténu de l’extravagance, cette famille triangulaire dont la mère est le sommet principal réinvente la vie. Et pourtant, la frontière est parfois invisible entre la fantaisie et la folie, spécialement lorsque la première est d’une sincérité confondante. Alors, en continuant d’écouter Bojangles, le père et le fils entrouvrent les yeux sur un monde possiblement moins heureux mais où l’amour ne peut que rester fou.

La prose d’Olivier Bourdeaut a la folie douce. Il joue avec les mots, les émotions et les situations, pour notre plus grand bonheur de lecteur. C’est avec finesse qu’il nous écrit une violence de l’intime, celle du doute et de l’amour absolu qui amène au bout du chemin, celle d’une enfance exceptionnelle qui se heurte à la réalité d’un monde qui lui est totalement extérieur. Mais surtout, c’est avec poésie qu’il déclame un hymne à la vie dansée et à l’amour. Un numéro d’équilibriste réussi, un château en Espagne à portée de main.

Découvrez aussi La Théorie du chien perché de Marie-Sabine Roger et La Vie devant soi de Romain Gary.

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Timothée de Fombelle, Neverland

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Fombelle - NeverlandJe me rappelle, vers huit ou neuf ans, m’être convaincu que j’étais l’objet d’une conspiration générale. Il me semblait que j’étais une fiction cultivée par mes parents et par tous ceux qui m’entouraient. De toute part, on essayait de me faire croire que j’étais bien moi-même, mais j’avais repéré les indices qui prouvaient que je n’existais pas. Et quand ils s’adressaient à moi le plus normalement possible, quand ils mettaient un couvert à mon intention sur la table, ils faisaient tous semblant que j’étais bien là.

Je n’en avais parlé qu’à mon grand frère. J’étais allé le retrouver dans sa chambre au milieu de la nuit.

À la fin, j’avais dit :

– Voilà.

Il était resté silencieux dans le noir. J’avais ajouté :

– Comme ça, tu sais.

Il avait pris le temps d’y réfléchir, avec beaucoup de gravité, et s’était finalement associé à mon sort, certain d’être victime de la même machination.

L’Iconoclaste, pages 31-32

Timothée de Fombelle part sur les traces de son enfance, à la recherche de ce pays où l’imaginaire est essentiel et dont le souvenir est doux lorsqu’on a eu la chance de pouvoir l’explorer en sécurité, en sortir intact. Sur le cheval de sa mémoire, il parcourt les confins de cet âge d’or. Pas d’histoire ici, mais des bribes de vécu mâtinées de cet onirisme si caractéristique de la plume de ce bel auteur.

Alors c’est avec un plaisir serein que j’ai tourné les pages de sa vie et ai remonté le fil de la mienne. Sûrement que je serais allée voir ma sœur si j’avais douté de mon existence. J’y suis certainement allée quand je doutais de tout le reste. Le plaisir des mots et chants partagés avec mes grands-parents, les retours de la campagne le dimanche soir, ramasser des noix, jouer aux trois mousquetaires et être récompensée d’un bol de céréales pour dîner, me faire porter jusqu’à mon lit, essayer de ne pas me réveiller. Il y a un peu de ça dans son Neverland, et il y en a beaucoup dans le mien. Il y a tant d’autres choses et Fombelle nous prête sa quête, ses mots, ses images et ses souvenirs pour que l’on puisse laisser notre esprit vagabonder, et retrouver cette part intime toujours présente. Dans les mots et les rêves, la littérature, les rires et la vie faite poésie. Et dans le faire semblant d’être adulte, responsable.

Du même auteur, lisez Tobie Lolness.

Découvrez aussi Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach et La Mécanique du cœur de Mathias Malzieu.

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