Magda Szabo, La Porte

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Szabo - La Porte– Assis, vaurien ! cria Emerence avec une colère destinée à un être humain. Ce ne sont pas des manières, espèce de canaille ! (Viola la regardait, les yeux écarquillés, Emerence le fixait du regard comme l’eût fait un dompteur.) Si tu veux que ta maîtresse te laisse sortir, il faut promettre de ne plus te soûler, parce qu’elle a raison, ta maîtresse, seulement elle ne pense pas que personne ne fête mon anniversaire, tu es le seul à savoir quel jour c’est, parce que je ne l’ai dit qu’à toi, même pas au fils de mon frère Joszi, ni à Choucou, ni à Adélka, ni à Polett, et le lieutenant-colonel, il l’a déjà oublié. Mais alors au réveil, il ne faut pas se comporter comme un voyou, il faut demander la permission. Debout, Viola !

Le Livre de Poche, page 65

La Porte est l’histoire – d’amour, d’amitié, de respect, d’incompréhension, de haine – de deux femmes : la narratrice et Emerence, celle qui s’occupe de tout et de tout le monde, avec une efficacité qui refuse de rendre des comptes à qui que ce soit. À première vue, tout les oppose, et pourtant une véritable codépendance s’installe. L’une est une jeune intellectuelle, l’autre une vieille dame qui sait à peine lire. En peu de mots, la confiance s’installe, qui prend peu à peu la forme d’un amour inconditionnel mais envahissant. D’autant plus qu’Emerence ne laisse personne effleurer son intimité : sa liberté, ses silences et sa solitude sont les piliers de son existence, et la porte de chez elle est fermée à quiconque, gardant précieusement le secret de sa vie.

La Porte est la confession d’un abandon, d’une destruction involontaire. La complexité du personnage d’Emerence est parfaitement bien rendue par l’auteure, et le désemparement de la narratrice est palpable. Ses raisonnements nous sont familiers, tout aussi injustifiables qu’ils soient aux yeux de la vieille femme. Sa rigueur se heurte à la logique commune. Prendre soin d’elle, c’est le faire contre son gré, à son corps défendant. Un corps qui s’épuise et se fait le gardien affaibli d’un esprit incapable de compromis.

La Porte est une galerie de personnages que l’on n’apprendra à connaître, mais si peu. Le roman d’une solidarité et d’une attention à l’autre qui ne parviennent pourtant pas à résoudre bien des difficultés et sont capables d’envahir plutôt que d’accompagner, de détruire plutôt que d’aider.

Et pourtant, La Porte m’a paru être un roman froid. Je n’ai pas réussi à en percer la carapace, à me laisser bercer ou heurter par ses mots. Je n’en déconseille pas la lecture, seulement celle-ci m’a laissé le sentiment doux-amer d’une porte fermée entre lui et moi.

Découvrez aussi Les Vies de papier de Rabih Alameddine et Miniaturiste de Jessie Burton.

Écoutez les premières pages !

 

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