Stéphane Benhamou, La Rentrée n’aura pas lieu

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benhamou-la-rentree-naura-pas-lieuDans la nuit du 31 août au 1er septembre, Michel fut réveillé par un conseiller du ministre qui lui demanda de plancher de toute urgence sur des messages incitatifs. Michel devait trouver les mots qui remettraient les Aoûtiens sur les routes. « Et fissa », précisa le jeune énarque, qui avait dû apprendre les bonnes manières dans les romans coloniaux de Louis-Henri Boussenard.

Michel fit remarquer que pour lire ses messages, il fallait déjà être sur l’autoroute, mais l’homme dont il n’avait pas retenu le nom avait raccroché. Moins d’une heure plus tard, c’était un certain Émile, de l’Intérieur, qui l’appelait. Le cabinet du ministre lui avait donné ses coordonnées. Contrordre, il ne fallait pas laisser croire qu’il y avait un problème. Quarante ans qu’on recommandait aux Français d’étaler leurs retours, et là on leur ordonnerait subitement de se précipiter en masse sur les routes. Ce serait à ne plus rien y comprendre. Et à laisser croire qu’il y avait peut-être un problème.

Don Quichotte éditions, page 33

Cette année, la rentrée n’a pas eu lieu. Tous les Aoûtiens sont restés sur leur lieu de villégiature. Ce n’était ni prémédité ni organisé, cela s’est produit comme un hasard, une protestation sans concertation ni revendication. L’incompréhension et l’égarement laissent peu à peu la place à l’exaspération et la colère. Le gouvernement est désemparé : ordres et contrordres se succèdent, tous les moyens sont bons – et inefficaces. Ceux qui sont retournés au travail commencent par protester, puis n’hésite pas à employer la force. Michel – dont le métier est de rédiger les messages qui apparaissent sur les panneaux autoroutiers – se trouvent pris au milieu de ce marasme politique et social.

L’idée de départ était à mon avis très bonne. Un moyen original et pertinent d’aborder la question du travail et du mode de vie capitaliste. Malheureusement, seul le concept m’a réellement séduite. Sa mise en œuvre ne m’a pas interpelée, ne m’a pas donné à réfléchir. À tout le moins il m’est arrivé de sourire. Et pourtant, il y avait de quoi faire ! Je ne déconseille pas cette lecture mais, à tout le moins, regrette qu’elle se contente souvent de gratter la surface et d’y passer une couche de vernis. Comme ses personnages, l’écriture de Stéphane Benhamou manque d’un souffle salvateur.

Découvrez aussi Le Gang de la clef à molette d’Edward Abbey et Vive la sociale ! de Gérard Mordillat.

Écoutez les premières pages !

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