Jean-Michel Guenassia, La Valse des arbres et du ciel

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guenassia-la-valse-des-arbres-et-du-cielJe fus décontenancée par son travail. Il avait passé deux bonnes heures face à la rivière et à l’île de Vaux, paysage ravissant s’il en est, mais il n’avait pas été intéressé par ce cadre enchanteur, il s’était attaché à peindre ce qu’il ne pouvait voir de là où il se trouvait : des barques, une douzaine étagées sur les flots, une jaune, une bleue, une orange et une rouge avec une voile rose levée dans le côté gauche ; l’Oise, à peine visible, calme et bleutée, s’opposait à la masse verte, vibrante et frémissante de la nature touffue de la berge. Sur une des barques, presque au milieu du tableau, une silhouette assise qui me ressemblait beaucoup, avec une robe blanche identique à la mienne, même si on ne pouvait voir son visage dissimulé sous un chapeau de paille dorée.

– C’est moi, là ?

Il parut surpris de ma question, fixa sa toile longuement et secoua la tête.

– Je ne crois pas.

Éditions Albin Michel, pages 106-107

Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? S’il avait été ce peintre obsédé mais plein de vie, plein d’envies ? Jean-Michel Guenassia part de ce supposé et donne la voix à Marguerite Gachet, fille du médecin d’Auvers-sur-Oise ayant soigné Van Gogh. Cette jeune fille de 19 ans, qui entretient une relation conflictuelle avec son père et refuse de se marier avec le parti qu’on lui prédestine, rêve de partir en Amérique et de peindre. Étouffée par le carcan d’une société où l’existence des femmes est toute relative, elle découvre un nouvel horizon en Vincent. Bouleversée par sa peinture, elle l’accompagne, tâche claire au milieu des blés dorés. Elle rêve leur amour, et le vit en secret.

Entrecoupant son roman d’extraits de lettres et de coupures de journaux, l’auteur donne à son texte un cachet authentique. L’on découvre autrement la multitude des peintures de cet impressionniste prolixe tandis que son caractère tumultueux se pare d’atours nuancés, sans rien ôter à son génie mythique. Jean-Michel Guenassia ne prétend pas révéler la vérité. Il a indéniablement mené une enquête, mais nous livre ici un récit à la puissance romanesque assumée. Et c’est dans les eaux troubles de la véracité que nous naviguons, sous un ciel étoilé qui donne envie de retourner au musée…

Découvrez aussi Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt et La Nonne et le Brigand de Frédérique Deghelt.

Écoutez les premières pages !

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