Céline Minard, Le Grand Jeu

Par défaut

minard-le-grand-jeuC’est alors que j’ai abattu les vingt pins dont j’avais besoin, et que mon protocole de coupe est devenu si coulant à mesure que j’abattais, que j’inspirais, que j’expirais, qu’il fallut le cri de sorcière d’une effraie pour me sortir de l’action. Avec un bon frisson. La nuit n’était pas tout à fait tombée, ce cri me parut insolite. Sans le vouloir, j’ai repensé à la main de rapace que j’avais vu sortir d’un tas de laine sombre, et j’ai eu un second frisson. J’ai rassemblé mes troncs et j’ai commencé de les tirer vers le jardin. Les deux derniers, je les ai laissé retomber avec un vrai soulagement. Je suis allée ranger la hache dans le module de jardinage avant de remonter, mais lorsque j’ai vu la couverture qui avait servi à protéger mes semis, je me suis rendu compte que j’étais debout depuis plus de trente-quatre heures et je me suis ravisée. Je me suis rendue sous les pins à la baignoire, je l’ai nettoyée des dernières brindilles sèches qui y étaient tombées. J’ai ramassé des brassées d’épines sèches, je les ai jetées au fond et je me suis couchée, la hache sur le ventre, la couverture jusqu’au cou. J’ai encore eu le temps d’espérer, dans ma fatigue, que mon corps n’oublie pas de respirer.

Rivages, pages 57-58

La narratrice a décidé de se retirer du monde afin de se questionner sur le sens de la vie. [Mouais, pourquoi pas, que ce soit le sens de la vie ou autre chose, ce n’est ni la première ni la dernière.] Pour ce faire, elle fait construire un refuge à la pointe de la technologie, accroché à une paroi d’un massif montagneux. [Je suppose que la dichotomie high-tech/vie sauvage est le fondement d’une réflexion philosophico-vitale.] On suit ses journées au grand air, la construction d’une routine rythmée par le rien qui se fond dans le tout, l’organisation d’une vie parfaitement autonome, et la rencontre avec un quelque chose, un quelqu’un qui vient perturber cette appropriation totale et auto-proclamée d’un espace naturel extrême. Le tout sur toile de philosophie de bas étage.

Le sujet est au moins aussi vaste que l’environnement dans lequel Céline Minard situe son récit. Malheureusement, elle l’aborde sans finesse ni enjeu. La solitude choisie de son personnage s’est heurtée à mon ennui profond de lectrice. L’écriture de l’auteure est sur le fil : le fond seul permet de décider de sa qualité, elle sert autant qu’elle dessert. Et finalement, l’avalanche de termes techniques et les formules ronflantes rendent la prétention de cet ermite encore plus criante et en font un ouvrage exaspérant et sans intérêt.

Découvrez La Faim du tigre de René Barjavel et Continuer de Laurent Mauvinier (chronique à venir).

Écoutez les premières pages !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s