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Silvana De Mari, Le Chat aux yeux d’or

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De Mari - Le Chat aux yeux d'orLa cloche sonne une dernière fois : l’école est finie pour aujourd’hui. Les élèves sortent. Fiamma et Leila s’arrêtent sur les marches.

La mère de Fiamma travaille : son métier est assurément moins répugnant et mieux payé que celui de la mère de Leila. Quoi qu’il en soit, elle travaille beaucoup, si bien qu’elle est toujours en retard.

Les deux fillettes s’assoient sur les marches. Fiamma explique rapidement la division à deux chiffres. Leila est si heureuse qu’elle en a presque le souffle coupé. En tout cas, elle comprend le mécanisme. Puis sa camarade ouvre son énorme cartable neuf bleu marine : dedans, il y a non pas deux mais quatre (vraiment quatre) trousses complètes contenant des pinceaux, des crayons, des équerres, des stylos et des marqueurs. Tous ses oncles et tantes ont cru devoir lui offrir une trousse pour son entrée en sixième. Et chez elle, il y en a encore deux autres, monumentales, offertes par ses grands-parents. De toute façon, elle n’utilise que l’étui professionnel que lui a acheté son papa, qui est architecte.

Fiamma prend l’une des trousses, celle qu’elle a déjà prêtée à Leila, et la met dans sa main. Leila ne sait pas quoi dire.

– Je ne peux pas accepter, bredouille-t-elle.

En effet, ne serait-ce pas un peu comme consentir à ce que les gens lui fassent la charité ?

– Mais ce n’est pas un cadeau, proteste Fiamma.

Ah non ? Vraiment ?

– C’est un échange. Une trousse dont je ne sais pas quoi faire contre une visite des marais. Ça fait très longtemps que j’ai envie d’y aller, mais j’ai peur toute seule.

Un échange ? On peut vraiment faire ça ? Sans se sentir traitée comme une va-nu-pieds ?

Au fond, pourquoi pas ? Maintenant, Leila se sent même comme une sorte de guide apache.

Bayard Jeunesse, pages 85-86

Pour Leila, c’est le premier jour de collège. Elle est celle qui vit dans les marais, n’a pas de père mais une mère éleveuse de lombrics, un nom de princesse intergalactique et une silhouette trop grasse. Elle découvre la méchanceté anguleuse de sa prof d’italien et la mise à l’écart réflexe par ses camarades. C’est alors que son regard croise celui d’un chat noir aux yeux d’or, une bouffée d’espoir qui accompagnera son chemin, la guidera vers des recoins d’amitié et de générosité. Peu à peu, elle trouve sa place, aux côtés de Fiamma, Stefano, Umberto et Ursula. Elle découvre leur milieu, leur vie qui n’est pas toujours enviable. Elle se crée sa propre histoire, épaulée par le chat, ses amis, ses voisins, sa mère et Fabuleuse, une petite chienne venue s’échouer devant sa porte.

Silvana De Mari aborde dans Le Chat aux yeux d’or une telle multitude de thèmes que l’on pourrait craindre un fouillis sans queue ni tête : adolescence, pauvreté, famille, école, pédagogie, immigration, exclusion, excision et infibulation, lutte des classes… La liste est longue. Mais c’est avec une plume empreinte d’un humour tendre qu’elle bâtit une histoire dont Leila est le centre et l’équilibre. Un conte doux-amer qui dépeint un monde difficile mais où le bonheur a toujours sa place. Un réalisme qui parfois fait mal au cœur, adouci par une pointe de fantastique et d’improbabilité. Un roman d’espoir.

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