Italo Calvino, Si une nuit d’hiver un voyageur

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Calvino - Si une nuit d'hiver un voyageurIl serait indiscret, Lecteur, de te demander ton âge, ton état civil, ta profession, tes revenus. Ce sont tes affaires, c’est toi que ça regarde. Ce qui compte, c’est l’état d’âme avec lequel maintenant, dans l’intimité de ta maison, tu essaies de rétablir le calme parfait pour t’immerger dans le livre, tu allonges les jambes, les replies, les allonges de nouveau. Mais quelque chose a changé depuis hier. Ta lecture n’est plus solitaire : tu penses à la Lectrice qui à ce même moment est en train elle aussi d’ouvrir le livre, et voilà que se superpose au roman à lire, un roman à vivre, la suite de ton histoire avec elle, ou mieux : le début d’une histoire possible. Regarde comme tu as changé depuis hier, toi qui soutenais que tu préférais un livre, cette chose solide, qui est là, bien définie, et dont on peut jouir sans risque, à une expérience vécue, toujours fugace, discontinue, contradictoire. Est-ce que cela veut dire que le livre est devenu un instrument, un canal de communication, un lieu de rencontre ? La lecture n’en aura pas moins de prise sur toi : et même, quelque chose se trouve ajouté à ses pouvoirs.

Folio, page 49

Un Lecteur parcourt les rayonnages, choisit un livre, l’achète, puis s’installe, tourne autour, le feuillette et le parcourt avec de le commencer. À peine l’a-t-il débuté qu’il se trouve interrompu. Pas de chance, il y a un défaut d’impression. Retour à la case départ, la librairie. Il apparaît que le défaut n’est pas seulement d’impression, qu’il y a eu un micmac entre deux titres, une inversion d’auteur, de traducteur et de texte. L’occasion de débuter un nouvel ouvrage et de rencontrer une Lectrice dans la même situation que lui. Ce n’est que le début d’une pérégrination entre romans, rencontres et illusions.

Cet imbriquement de textes est un concept plutôt attirant. L’histoire du Lecteur et de la Lectrice court sur l’ensemble de l’ouvrage, ponctuée d’incipits. Au départ, on imagine une romance assez basique, puis on se laisse transporter dans des confins d’imagination qui frôlent le délire. Une réflexion intéressante sur la démarche d’écriture et celle de lecture, et plus encore sur le rapport que les deux entretiennent.

Cependant, si la théorie est alléchante et certains passages réjouissants, en pratique, je me suis ennuyée. Par moments, la plume d’Italo Calvino m’a séduite, mais la plupart du temps, elle m’a saoulée de mots, de circonvolutions et de fioritures, de trop de trop. J’aurais aimé ressentir le désir presque insupportable du Lecteur, celui de continuer. J’étais, malheureusement, trop souvent soulagée que ça s’arrête là et que ça ne soit pas la « vraie » histoire pour apprécier réellement ma propre lecture.

Découvrez aussi Le Vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulvedà et L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon.

Écoutez les premières pages !

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