Jean-Claude Mourlevat, Le Combat d’hiver

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Mourlevat - Le Combat d'hiverIl fallut se rendre à l’évidence : la résolution de Milos était irrévocable. La consoleuse et Helen lui préparèrent en silence un sac rempli de provisions et de vêtements chauds. Il était trois heures du matin quand ils quittèrent la petite maison.

À la fontaine, où leurs routes se séparaient, ils restèrent un instant face à face, désemparés, ne sachant comment se dire adieu. Puis, sans qu’on sache qui des deux avait fait le premier mouvement, ils s’avancèrent l’un vers l’autre, s’enlacèrent et s’étreignirent de toutes leurs forces. Ils s’embrassèrent les joues, la bouche, le front, les mains. Le froid les soudait l’un à l’autre.

– Je ne peux pas te quitter, pleura Helen… Je ne peux pas…

– Tu veux venir avec moi ? demanda Milos. 

– Oui, je veux venir !

– Tune me reprocheras pas de t’avoir entraînée ?

– Jamais…

– Je ne sais pas où ça finira, cette affaire, tu t’en doutes…

– Je m’en fiche. Je viens.

– On ne se quitte plus alors ?

– On ne se quitte plus.

– Promis ?

– Promis.

Gallimard Jeunesse, pages 120-121

Quatre adolescents s’évadent de leur internat. Helen, Milena, Milos et Bartolomeo. Quatre adolescents enfermés parmi d’autres, enfants de révoltés, devant être rééduqués, dressés, redressés, pour correspondre aux attentes d’une société devenue dure, violente et dominatrice. C’est à un monde noir et inconnu qu’ils vont devoir faire face, eux qui connaissent seulement la rudesse et la prévisibilité absolue du quotidien de l’internat. Seules lueurs d’espoir et de douceur des dernières années, leurs visites chez leurs consoleuses, quelques heures quelques fois dans l’année. Dorénavant, ils se trouvent plongés dans un combat qui devient peu à peu le leur, sans qu’ils ne parviennent toujours à saisir les tenants et les aboutissants de leurs rôles et des enjeux. Un combat que leurs parents ont perdu quinze ans plus tôt. Un combat où la culture, l’amour et l’amitié sont des armes fragiles mais puissantes. Les seules armes qu’ils ont à leur disposition, avec leur courage et leur volonté. Un combat désespéré pour retrouver un semblant de liberté et de dignité.

Jean-Claude Mourlevat bâtit un monde à cheval entre le réalisme et le fantastique. Des créatures hors du commun incarnent le pire déséquilibre de cette société qu’il décrit : entre une violence froide et sanguinaire – celle des hommes-chiens – et une soumission obstinée teintée de fierté – celle des hommes-chevaux –, les « humains » évoluent tête baissée, brimés par la dureté de leur vie. Visage d’une dictature, cet univers bloque résolument l’accès à la lumière. Les procédés manquent parfois de finesse, mais ont le mérite de mettre en évidence le pouvoir de la culture – musique, littérature… – sur les cœurs.

J’ai parfois levé les yeux au ciel – c’est fou comme il est apparemment difficile pour les auteurs de se défaire de clichés sexistes, semblant de rien – mais ai globalement passé un bon et intéressant moment de lecture.

Du même auteur, lisez Terrienne.

Découvrez aussi Je suis sa fille de Benoît Minvile et La Passe-miroir de Christelle Dabos.

Écoutez les premières pages !

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