Maria Pourchet, Rome en un jour

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Pourchet - Rome en un jourAu mot Peur le cerveau droit de Marguerite a sans doute associé le mot Fuite. À Fuite, la facétieuse demi-portion a vraisemblablement combiné Feu, puisque Marguerite, à présent juchée sur l’évier, tient un briquet allumé sous le détecteur d’incendie. Tout cela est très instable, très inquiétant, si encore elle avait retiré ses escarpins. Envisage-t-elle que l’intervention stridente de l’alarme incendie puisse conduire Paul à prendre la fuite et peut-être, au passage, une veste et ses chaussures ? Oui c’est ça. Par chance, le cerveau gauche de Marguerite n’a pas été long à reprendre ses droits et nous la fait redescendre dare-dare au sol en la taxant de cinglée, on ne peut pas s’assoupir trente seconde que ça fait des fantaisies. Qu’est-ce qui m’arrive ? s’interroge sincèrement Marguerite, éradiquant à l’Ajax les traces de semelles laissées aux abords de l’évier, risquant à tout instant de projeter la solution javellisée sur sa robe, ce qui n’arrangerait rien. Au moins cette tentative aliénée lui aura-t-elle permis d’enregistrer que le détecteur de fumée est HS et de classer l’anomalie dans les affaires à traiter. Enfin pas ce soir.

Folio, pages 41-42

Marguerite a organisé une fête surprise pour Paul. Tandis qu’elle tente en vain de le convaincre de sortir, à l’autre bout de la ville, les invités se rencontrent, prennent possession des lieux, font passer le temps. Les chapitres s’alternent, nous transbahutant d’un espace à un autre. Le couple se trouve pris dans une folle spirale de colère, de reproches et de mal-être qui leur échappe totalement. Leurs amis meublent la conversation, spéculent sur les causes de leur retard, célèbrent tout de même, pitoyablement.

Rome en un jour oppresse par l’effroyable banalité du quotidien et des relations qu’il met au jour. Rancœur, tendresse, jalousie, mépris, pitié… tant de sentiments qui trouvent leur place en toute situation, en toute confrontation. Mais plus que tout, l’ennui est prégnant. L’ennui d’une conversation, d’un couple, d’une vie. Maria Pourchet ponctue son écriture de remarques qui échappent à la pure narration : l’on ne sait si le narrateur est plus proche de l’auteure ou des personnages, mais l’ironie qui se dégage de ses interventions renforce le drame commun qui se déroule sous nos yeux de lecteur.

Découvrez aussi Mari et Femme de Régis de Sà Moreira  et Les Séparées de Kéthévane Davrichewy.

Écoutez les premières pages !

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