Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube

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Baricco - Trois fois dès l'aubeLa femme songea seulement qu’on comprend alors tous les films d’amour, on les comprend vraiment. Mais ça aussi, c’était difficile à expliquer. En plus de paraître un peu idiot. Sans le vouloir elle se remémora plein de moments qu’elle avait vécus à côté de l’homme qu’elle aimait, ou loin de lui, ce qui finalement revenait au même, et depuis bien longtemps. En général elle essayait de ne pas y penser. Mais là, ils lui revinrent en mémoire et elle se rappela en particulier une des dernières fois où ils s’étaient quittés, et ce qu’elle avait compris à cet instant – elle était assise à la table d’un café, et il venait de s’en aller. Ce qu’elle avait compris, avec une certitude absolue, était que vivre sans lui serait, à jamais, sa tâche fondamentale, et que dès lors les choses se couvriraient systématiquement d’une ombre, pour elle, une ombre supplémentaire, même dans le noir, et peut-être surtout dans le noir.

Folio, pages 42-43

Trois fois, dès l’aube, une histoire se répète et se transforme. Le temps est une dimension variable qui s’étire et s’inverse, tourne en rond et boucle ses pas. Pas de chronologie ici, l’homme rencontre l’adolescente avant que l’enfant ne rencontre la femme, mais après que deux adultes ne se soient trouvés dans le même espace. Peu importe. Les personnages sont là, dans le dénuement de leur histoire, chargés d’un passé qui n’est pas toujours advenu.

Dès les premières pages, l’auteur nous donne le mode d’emploi de notre lecture, de son écriture. Reste plus qu’à se laisser emmener dans des fragments d’existence, dans des entre-deux lieux qui deviennent des entre-deux temps, au risque de se retrouver sans dessus dessous.

Alessandro Baricco nous parle de vie et d’amour, à mots tantôt couverts tantôt découverts. Le plaisir qu’il en retire nous parvient, telle une caresse : le magicien s’amuse et, ainsi, nous effleure de sa prose. Il fait sienne la réalité, choisit ses propres contraintes qui mettent à nu les sentiments. Sous ses mots, la vie n’est jamais simple, mais pure, toujours. Et lorsque l’on ferme le livre, un accord mineur d’optimisme résonne dans l’air. Il n’y a plus qu’à commencer.

Du même auteur, lisez Cette histoire-là et Châteaux de la colère.

Découvrez aussi Margherita Dolcevita de Stefano Benni et L’Île du Point Némo de Jean-Marie Blas de la Roblès.

Écoutez les premières pages !

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