Archives Mensuelles: août 2016

Maria Pourchet, Rome en un jour

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Pourchet - Rome en un jourAu mot Peur le cerveau droit de Marguerite a sans doute associé le mot Fuite. À Fuite, la facétieuse demi-portion a vraisemblablement combiné Feu, puisque Marguerite, à présent juchée sur l’évier, tient un briquet allumé sous le détecteur d’incendie. Tout cela est très instable, très inquiétant, si encore elle avait retiré ses escarpins. Envisage-t-elle que l’intervention stridente de l’alarme incendie puisse conduire Paul à prendre la fuite et peut-être, au passage, une veste et ses chaussures ? Oui c’est ça. Par chance, le cerveau gauche de Marguerite n’a pas été long à reprendre ses droits et nous la fait redescendre dare-dare au sol en la taxant de cinglée, on ne peut pas s’assoupir trente seconde que ça fait des fantaisies. Qu’est-ce qui m’arrive ? s’interroge sincèrement Marguerite, éradiquant à l’Ajax les traces de semelles laissées aux abords de l’évier, risquant à tout instant de projeter la solution javellisée sur sa robe, ce qui n’arrangerait rien. Au moins cette tentative aliénée lui aura-t-elle permis d’enregistrer que le détecteur de fumée est HS et de classer l’anomalie dans les affaires à traiter. Enfin pas ce soir.

Folio, pages 41-42

Marguerite a organisé une fête surprise pour Paul. Tandis qu’elle tente en vain de le convaincre de sortir, à l’autre bout de la ville, les invités se rencontrent, prennent possession des lieux, font passer le temps. Les chapitres s’alternent, nous transbahutant d’un espace à un autre. Le couple se trouve pris dans une folle spirale de colère, de reproches et de mal-être qui leur échappe totalement. Leurs amis meublent la conversation, spéculent sur les causes de leur retard, célèbrent tout de même, pitoyablement.

Rome en un jour oppresse par l’effroyable banalité du quotidien et des relations qu’il met au jour. Rancœur, tendresse, jalousie, mépris, pitié… tant de sentiments qui trouvent leur place en toute situation, en toute confrontation. Mais plus que tout, l’ennui est prégnant. L’ennui d’une conversation, d’un couple, d’une vie. Maria Pourchet ponctue son écriture de remarques qui échappent à la pure narration : l’on ne sait si le narrateur est plus proche de l’auteure ou des personnages, mais l’ironie qui se dégage de ses interventions renforce le drame commun qui se déroule sous nos yeux de lecteur.

Découvrez aussi Mari et Femme de Régis de Sà Moreira  et Les Séparées de Kéthévane Davrichewy.

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Tamora Pierce, Alanna

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Pierce - Alanna IUne cloche qui tintait dans une tour surplombant l’aile des pages réveilla Alanna à l’aube. Elle plongea son visage dans l’eau froide en bougonnant. Encore épuisée de sa chevauchée de cinq jours, elle aurait bien voulu pour une fois faire la grasse matinée.

Gary, bien réveillé et d’une jovialité qui lui parut insolente, vint la chercher alors qu’elle finissait à peine de s’habiller. Alanna, qui avait horreur de prendre un petit déjeuner et se serait contentée d’une pomme, se retrouva devant une assiette débordante servie par Gary.

– Mange, lui conseilla-t-il, tu vas avoir besoin de toutes tes forces.

La cloche tinta de nouveau. Les pages se hâtèrent pour assister à leurs premières leçons de la journée. Alanna courait pour rester à la hauteur de son mentor.

– Première leçon : lecture et écriture, lui expliqua-t-il.

– Mais je sais déjà lire et écrire ! protesta Alanna.

– Ah bon ? Bien. Tu n’as pas idée du nombre d’enfants de nobles qui l’ignorent. Ne t’inquiète pas, jeune Trébond, ajouta-t-il avec un sourire qui lui illumina son visage, je suis sûr que les professeurs te trouveront une occupation.

Hachette Jeunesse, tome I, pages 53-54

Destinée au couvent, Alanna rêve de devenir chevalier. Quant à Thom, son frère jumeau, il souhaite devenir un grand magicien. Prenant leur destin en main, ils décident d’échanger leur place. C’est donc sous l’apparence d’un garçon et le nom d’Alan qu’Alanna fait ses débuts en tant que page. L’entraînement est difficile, mais plus grande encore est la volonté de la jeune fille. Petit à petit, elle prend ses marques et fait ses preuves. Le chemin sera long et parfois difficile. Heureusement, elle est accompagnée du fidèle Coram, entourée par ses amis et soutenue par Jonathan – le futur roi – et George – le roi des voleurs. Grâce à sa droiture et son habileté au combat, elle parvient peu à peu à s’imposer et se rendre indispensable dans cet univers masculin.

Composée de quatre tomes, cette saga est très agréable à lire. L’auteure a réussi à trouver un équilibre entre action et introspection. On se laisse embarquer dans de grandes chevauchées à travers le royaume, tout en guettant la manière dont Alanna réussira à s’approprier ses sentiments et son corps d’adolescente puis de femme, avec tout ce que cela implique de changements. On assiste également à l’affrontement entre de grands pouvoirs : le Don est une magie puissante, très proche des forces de la nature, qu’il est nécessaire d’entraîner et de maîtriser, au risque de se laisser consumer.

Les personnages sont attachants et ne versent pas trop dans le manichéisme. C’est un plaisir de voir grandir la fougueuse Lionne de Tortall !

Découvrez aussi La Fille aux licornes de Lenia Major et La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero.

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Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube

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Baricco - Trois fois dès l'aubeLa femme songea seulement qu’on comprend alors tous les films d’amour, on les comprend vraiment. Mais ça aussi, c’était difficile à expliquer. En plus de paraître un peu idiot. Sans le vouloir elle se remémora plein de moments qu’elle avait vécus à côté de l’homme qu’elle aimait, ou loin de lui, ce qui finalement revenait au même, et depuis bien longtemps. En général elle essayait de ne pas y penser. Mais là, ils lui revinrent en mémoire et elle se rappela en particulier une des dernières fois où ils s’étaient quittés, et ce qu’elle avait compris à cet instant – elle était assise à la table d’un café, et il venait de s’en aller. Ce qu’elle avait compris, avec une certitude absolue, était que vivre sans lui serait, à jamais, sa tâche fondamentale, et que dès lors les choses se couvriraient systématiquement d’une ombre, pour elle, une ombre supplémentaire, même dans le noir, et peut-être surtout dans le noir.

Folio, pages 42-43

Trois fois, dès l’aube, une histoire se répète et se transforme. Le temps est une dimension variable qui s’étire et s’inverse, tourne en rond et boucle ses pas. Pas de chronologie ici, l’homme rencontre l’adolescente avant que l’enfant ne rencontre la femme, mais après que deux adultes ne se soient trouvés dans le même espace. Peu importe. Les personnages sont là, dans le dénuement de leur histoire, chargés d’un passé qui n’est pas toujours advenu.

Dès les premières pages, l’auteur nous donne le mode d’emploi de notre lecture, de son écriture. Reste plus qu’à se laisser emmener dans des fragments d’existence, dans des entre-deux lieux qui deviennent des entre-deux temps, au risque de se retrouver sans dessus dessous.

Alessandro Baricco nous parle de vie et d’amour, à mots tantôt couverts tantôt découverts. Le plaisir qu’il en retire nous parvient, telle une caresse : le magicien s’amuse et, ainsi, nous effleure de sa prose. Il fait sienne la réalité, choisit ses propres contraintes qui mettent à nu les sentiments. Sous ses mots, la vie n’est jamais simple, mais pure, toujours. Et lorsque l’on ferme le livre, un accord mineur d’optimisme résonne dans l’air. Il n’y a plus qu’à commencer.

Du même auteur, lisez Cette histoire-là et Châteaux de la colère.

Découvrez aussi Margherita Dolcevita de Stefano Benni et L’Île du Point Némo de Jean-Marie Blas de la Roblès.

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Tom Perrotta, Professeur d’abstinence

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Perrotta - Professeur d'abstinenceLes Stars n’avaient pas encore lancé leur cri de guerre ; assises en cercle sur l’herbe, l’air solennel, elles buvaient les paroles de Tim Mason et John Roper tout en se donnant la main. Les entraîneurs s’étaient intégrés au groupe et le spectacle n’en était que plus attendrissant – deux adultes, main dans la main, aussi à l’aise pour se dandiner que pour… pour… – jusqu’à ce qu’un détail fasse tilt dans le cerveau de Ruth, et son attendrissement retomba comme un soufflé.

– Excusez-moi, lança-t-elle en pressant le pas. Une petite minute !

Quelques fillettes se retournèrent, parmi lesquelles Maggie. Ruth distingua dans son regard une mise en garde silencieuse – elle suppliait sa mère de rester en dehors de tout ça – mais rien, ni menace ni supplique, ne pouvait la faire fléchir.

Tim Mason ne l’entendit pas approcher. Iles yeux fixés au sol, il priait à voix basse.

– … et pour les bénédictions qu’Il nous a accordées. Nos parents, nos amis, tout le matériel sportif…

– Hé ? le coupa Ruth. Vous n’avez pas le droit.

Éditions de l’Olivier, pages 85-86

Ruth est professeure d’éducation sexuelle au lycée de Stonewood Heights. Lors d’un cours, en réponse à une question sur la fellation, elle lance « Certains y prennent plaisir ». Ces quelques mots la livrent à la vindicte populaire. Le directeur décide ainsi de faire appel à une « Consultante Virginité ». Armée de son sex-appeal et de son plus beau sourire, celle-ci prône l’abstinence jusqu’au mariage comme le meilleur moyen de réussir sa vie et d’être heureux. Atterrée par son discours, Ruth tente tant bien que mal de contrebalancer les informations erronées et alarmistes qui sont données aux élèves. C’était sans compter sur la très rigoriste Église du Tabernacle et ses adeptes toujours prêts à combattre pour Dieu et la très sainte moralité. Parmi eux, Tim, coach de l’équipe féminine de football où joue la fille de Ruth. Ancien drogué alcoolique adepte du sexe et du rock n’ roll (combo gagnant), celui-ci lutte contre ses démons (entendez la bière et les souvenirs de son ex en petite tenue) et se maintient dans le droit chemin grâce à la pensée de Jésus (et l’ingérence du père Dennis).

L’idée du livre est franchement intéressante : la lutte du sexe et de la religion, du Bien et du Mal (où l’on ne sait trop qui est qui). Tom Perrotta dresse un tableau alarmant et réaliste de la poussée du radicalisme religieux – catholique ici – et de son influence sur les représentations sociales et le quotidien de tous, avec au premier plan la question des enfants et de leurs croyances. À une époque où il est difficile d’être plus prompt que son voisin pour casser du sucre sur le dos des musulmans, il me paraît important de souligner l’implication de certaines Églises catholiques dans le grand retour en arrière des libertés individuelles et sexuelles, notamment aux États-Unis.

Malheureusement les personnages manquent de relief et le propos de profondeur. L’on aurait voulu plus de réflexion et de recul, moins de banalités, plus d’ambivalence, moins de clichés et de pudibonderie. Le tout étant desservi par un style assez faiblard, j’ai été déçue. Mais interpelée et effrayée également, cette lecture n’a donc pas été vaine…

Découvrez aussi La Note secrète de Marta Morazzoni et Le Jour où Nina Simone a cessé de chanté de Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi.

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Alice Ferney, Le Ventre de la fée

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Ferney - Le Ventre de la féeL’enfant naît un après-midi hivernal. Sa venue commence dans la nuit, alors que l’homme dort sans souci auprès de la fée. Ils ont tant attendu depuis quelques jours qu’il semble s’être fait à l’idée que l’enfant ne viendrait plus. Elle ne réveille pas l’homme immédiatement, elle rêve allongée dans sa chaleur, elle se recroqueville autour de l’oreiller. Il est tôt encore dans la nuit et il n’y a autour d’eux que l’ombre et le silence. Elle entend son propre cœur qui bat, un cœur de fée qui bat lentement, sourd au fin fond du corps, par-delà la chair et le sang. Elle songe au petit cœur qui frappe en elle des coups empressés. Elle s’imagine l’enfant, un visage, un corps, un regard, et elle sait que tout est faux, qu’on ne peut deviner et percer son mystère. Elle lui sourit au-dedans d’elle-même, se calfeutre au fond des draps, autour du ventre, seule à se perdre à se trouver dans l’envoûtement et l’apaisement de l’enfant.

Babel, pages 18-19

La Fée est une femme, très belle. Du jour où elle devient mère, sa vie devient une spirale d’amour dont son fils, Gabriel, est le centre. Seulement, lorsqu’elle disparaît, elle ouvre une brèche dans la vie de l’enfant chéri, toute de violence faite. L’ange se transforme en ogre, dans une implacable horreur.

La cruauté de ce conte prend au ventre. La plume d’Alice Ferney est douce et neutre, se contentant de nous présenter, dans une objectivité poétique, des tableaux faits de violence et de beauté. Elle nous emporte dans une valse lente mais infernale qui nous emmène inexorablement dans la folie d’un être pour qui aimer et tuer se fondent l’un dans l’autre.

Découvrez aussi Requiem des innocents de Louis Calaferte et Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt.

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Jean-Marie Blas de Roblès, L’Île du Point Némo

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Blas de Roblès - L'Île du point Némo– Avez-vous lu le New Herald de ce week end ? dit Holmes en sortant un calepin de la poche de son veston. 

– Vous savez bien que je ne lis jamais les journaux…

– Tout le monde peut changer, même vous. Mais, passons. Vous n’avez donc pas eu connaissance de ce fait divers étonnant. Je vous le lis : « Lundi, dernier, un promeneur de l’île de Skye, en Écosse, a eu la surprise de découvrir sur la place un pied humain coupé à mi-tibia ; momifié par le sel, ce membre était encore chaussé d’une basket montante. Deux jours plus tard, trente kilomètre à l’est, au fond du loch de Glen Schiel, la mer a rejeté un deuxième pied humain tout à fait semblable. Hier, enfin, au sud de Kyle of Lochalsh – c’est-à-dire au sommet d’un triangle équilatéral formé par les deux points précédents –, le chien de Mrs Glenfidich a rapporté à sa maîtresse un troisième pied coupé d’une façon analogue et portant lui aussi le même type de chaussure. Outre le fait que ces découvertes macabres sont peu fréquentes dans un compté où il n’existe ni requin ni crocodiles, on n’a signalé à la police aucune disparition depuis deux ans. » Holmes fit une courte pause et leva un doigt, requérant l’attention de Canterel sur la suite : « Pour épaissir ce que les habitants du cru appellent déjà le “mystère des trois arpions”, il convient de noter qu’il met en scène trois pieds droits de pointure différente, mais chaussés du même modèle de basket. »

– De quelle marque ? demanda Canterel.

– Anankè…

– J’espère que vous n’avez pas fait tout ce chemin uniquement pour me raconter ça ?

Zulma, pages 18-19

Un fabuleux diamant a été volé à Lady MacRae. Afin de le retrouver, cette dernière fait appel à Martial Canterel – un richissime opiomane qui se trouve être le père de sa fille endormie depuis de nombreuses années. Celui-ci se met en route avec son inventive secrétaire Miss Sherington, son comparse Holmes et le majordome de celui-ci, Grimod. Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Pékin, Sidney… le chemin est long et tumultueux, ponctué par des affrontements armés, une débauche sexuelle de premier ordre et des considérations scientifiques et médicales. Mais, pour notre plus grand plaisir, les énigmes sont farfelues, les moyens de locomotion merveilleux et les rencontres occasionnées peu communes.

À cette grande aventure se mêlent des extraits de vie d’une fabrique de cigares du Périgord où, à l’instar de la tradition caribéenne, la pratique de la lecture à haute voix a toujours cours, fabrique récemment transformée en usine d’assemblage de liseuses électroniques. L’occasion de faire des incursions dans le quotidien de certains des employés…

L’Île du Point Némo est un puits d’imagination où la fiction défie toute les lois de la réalité. Avec un humour abrasif et une plume ludique, Jean-Marie Blas de Roblès nous embarque dans une folle épopée. L’on ne sait lequel des personnages est le plus rocambolesque ni laquelle des situations la plus surprenante. Il suffit de suivre nos détectives, au risque de s’essouffler avec eux. Mais c’est le seul moyen de s’émerveiller face à un monde qui regorge de créatures aussi monstrueuses que fabuleuses.

De plus, c’est avec talent que l’auteur parvient à mêler à son intrigue une réelle réflexion sur le rôle de la littérature : entre ses mains, celle-ci devient autant sujet qu’objet, elle est le moyen qui permet de disserter à son propos. Il est précieux de se laisser emporter aussi plaisamment dans un combat pour la nature par la culture.

Découvrez aussi Les Frères Sisters de Patrick DeWitt et La Chasse aux trésors d’Andrea Camilleri.

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Rick Riordan, Percy Jackson

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Riordan - Percy Jackson 1Dans un sens, c’est bien de savoir que les dieux grecs existent, parce qu’on peut s’en prendre à quelqu’un quand tout va mal. Par exemple, lorsqu’on s’éloigne d’un car qui vient d’être attaqué par de vieilles monstresses et grillé par la foudre, et qu’il pleut par-dessus le marché, on pourrait croire, comme la plupart des gens, que c’est la faute à pas de chance ; quand on est un sang-mêlé, on comprend qu’une force divine quelconque s’emploie résolument à vous gâcher la journée.

Nous marchions donc tous les trois, Annabeth, Grover et moi, dans la forêt qui borde la côte du New Jersey ; les lumières de New York, derrière nous, sur l’autre rive de l’Hudson, teintaient le ciel nocturne d’un halo jaune et l’odeur du fleuve nous prenait à la gorge.

Grover tremblait et bêlait, la terreur réduisant ses grands yeux de chèvre en fentes étroites.

– Les Trois Bienveillantes. Les trois à la fois, a-t-il murmuré.

J’étais moi-même en état de choc. L’explosion des vitres du car tintait encore à mes oreilles. Mais Annabeth nous relançait sans répit, en disant :

– Allez, avancez ! Plus on s’éloigne, mieux ça vaut !

– Tout notre argent était là-bas, lui ai-je rappelé. Nos provisions et nos vêtements. Tout.

– Eh bien peut-être que si tu n’avais pas décidé de te joindre au combat…

– Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je les laisse vous tuer ?

– Tu n’avais pas besoin de me protéger, Percy. Je m’en serais très bien sortie tout seule.

– En rondelles, a glissé Grover, mais très bien.

– Tais-toi, biquet.

Grover a poussé un bêlement mélancolique.

– Des boîtes en fer-blanc… un superbe stock de boîtes en fer-blanc…

Le sol était spongieux sous nos pieds et nous avancions entre des arbres tordus et disgracieux qui dégageaient une odeur de linge rance.

Au bout de quelques minutes, Annabeth s’est approchée de moi.

– Écoute, euh… (Sa voix a chancelé.) J’apprécie que tu sois revenu pour nous, d’accord ? C’était vraiment courageux.

– Nous formons une équipe, que je sache.

Elle a attendu un moment avant de reprendre.

– C’est juste que si tu mourais… en dehors du fait que ce serait vraiment moche pour toi, cela signifierait la fin de la quête. Ceci est peut-être ma seule chance de voir le monde réel.

Albin Michel, pages 195-196

Percy Jackson a douze ans, souffre de troubles de l’attention et d’hyperactivité, se fait renvoyer tous les ans et a un don pour attirer la malchance. Normal, c’est un sang-mêlé, un héros, mi-dieu mi-humain. Voilà la nouvelle qui lui tombe dessus après une course poursuite dans la nuit puis un affrontement avec rien de moins que le minotaure. Dans le même temps, il découvre que les dieux olympiens ne sont pas un mythe, que son ami Grover est un satyre, prof de latin un centaure et qu’il est accusé d’avoir volé l’éclair de Zeus… Il dispose de deux semaines pour retrouver celui-ci et le retourner à son propriétaire. S’il échoue, le risque est de voir se déclencher une Troisième Guerre mondiale. Commence alors une quête semée d’embûches et de monstres. La stratège Annabeth et l’optimiste Grover l’accompagnent à travers les États-Unis, jusqu’aux Enfers… Au fil des tomes, les histoires se poursuivent, les enjeux devenant toujours plus importants : c’est le destin de toute la civilisation occidentale et de l’Olympe et qui est entre leurs mains.

Rick Riordan actualise les mythes grecs tout au fil de l’histoire. Didactiquement parlant, rien à redire : on (re)découvre les différents dieux et héros avec à-propos, parfois à leur état originel, parfois avec un modernisme au service du scénario. Pas de manichéisme, les dieux sont fidèles à leurs caractères on ne peut plus fiers et ombrageux. « Un peu » d’occidentalisme tout de même, le siège de l’Olympe se déplace avec le pouvoir de la grande civilisation – entendez la civilisation occidentale –, ce qui explique pourquoi il se trouve aujourd’hui à New York. Malgré cela et un style pauvre (qui s’essaie à l’ironie mais manque de finesse), et en sus du côté pédagogique de la chose, c’est agréable et divertissant à lire.

Découvrez aussi La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero et Oksa Pollock d’Anne Plichota et Cendrine Wolf.

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