Andrée Chedid, L’Autre

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Chedid - L'AutreIls dansent, ensemble maintenant. Une ronde à trois.

D’abord, un lent cérémonial, jusqu’à ce que le mouvement les saisisse, les habite, les emporte peu à peu.

L’air se ranime. La sueur est bonne. Le souffle se presse dans la bouche, emplit les oreilles. La terre s’allège, la terre naît, la terre aime

– La terre nous aime, Aga !…

Poupée sans tête, nuit à n’en plus finir, chairs vieillies, horizons durs, rocaille des visages, mots qui démolissent… En cet instant tout ce qui entaille, tout ce qui mutile, se dissipe, s’efface. Il n’y a plus de grisaille, plus de blessure. En cet instant, tout vit !

– Il est vivant, Aga !… Vivant !

L’écharpe violette, les pans de la veste brune, la robe rouge, les hardes de la poupée, les nattes défaites d’Aga, tourbillonnent, flottent à l’horizontale, s’écartent, se joignent, se déploient en éventail, s’assemblent. Ce cercle de feu mobilise la nuit, fait éclater l’ombre.

Sur le terre-plein, la danse domine.

Des vagues de joie s’éternisent sur le rebord du temps.

J’ai lu, pages 84-85

Dans la clarté d’un jour paisible, Simm traverse le village pour rentrer chez lui. Lorsque tout à coup une silhouette blonde apparaît dans l’encadrement bleu d’une fenêtre de l’hôtel Splendid, son âme se trouve comme happée, prise en étaux face à cet écho. La langue qu’ils parlent n’est pas la même, et pourtant elle est un pont entre deux rives, entre deux êtres séparés par leurs origines, leurs vies – quelques mètres seulement. Ils se comprennent. Lorsque tout à coup, la terre tremble, remue, aspire la vie à sa surface, l’enterre. Sim est persuadé que l’homme est là, sous les décombres. Reste à en persuader le monde pour obtenir l’aide nécessaire…

L’Autre est le poème de l’altérité, de la marche irraisonnée du monde. Andrée Chedid manipule l’absurde beauté de la vie, la modèle avec ses mots et nous emporte. En suspension au-dessus des décombres, on croit et on danse avec Simm, on creuse, on parvient à un rayon de soleil et d’humain. La prose fait tout, elle étreint le cœur et nous perd. Mais l’espoir persiste, insolent.

Découvrez aussi La Nuit tombée d’Antoine Choplin et Retour à Malaveil de Claude Courchay.

Écoutez les premières pages !

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  1. Pingback: Célia Houdart, Carrare | Aux livres de mes ruches

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