Pinar Selek, Parce qu’ils sont arméniens

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Selek - Parce qu'ils sont arméniensDans ma famille, l’allégeance à la gauche interdisait la moindre allusion aux appartenances ethniques. Le refus de la stigmatisation raciale et l’internationalisation peuvent rendre insensible à la hiérarchisation ethnique dans le pays où l’on vit. On ne parlait jamais des contrées d’où nos grands-parents étaient venus, ni des mélanges opérés. Être stambouliote, c’était de toute façon porter en soi un peu des Balkans, un peu de Caucase et un peu d’Anatolie. Aussi, en tant que famille stambouliote de gauche, nous avions adopté l’identité turque dominante.

Et si, à travers les mille variantes des slogans, on te rappelle chaque jour que tu es le maître des lieux, une cuirasse d’assurance enveloppe ton âme. L’armure du maître de maison. Je ne peux mentir, j’ai porté cette armure.

Liana Levi, page 36

Un siècle depuis le génocide arménien. 100 ans de violences plus ou moins dissimulées, de déni, de silence. Un drame tabou qui marque les générations successives, en creux de l’histoire officielle. Pinar Selek retrace des étapes de son chemin de vie, des souvenirs qui se fondent dans une histoire nationale. Car comment se construire lorsque chaque jour des slogans prônant la supériorité nationale sont déclamés, lorsque chaque jour les noms arméniens sont tus, abattus ? L’incompréhension prend alors plusieurs visages : celle d’une enfant qui observe – juge – la soumission, l’humiliation ; celle d’une Turque qui apprend le silence, la violence ; celle d’une militante qui se heurte aux travers de l’engagement collectif ; celle d’une adulte qui apprend la souffrance et l’impuissance ; celle…

Le génocide arménien, on en a entendu parler, ou non. Il ne fait pas partie d’une connaissance qui serait « patrimoine mondial ». On connaît peut-être son nom, quand il a eu lieu (« merci » centenaire !), ses acteurs… Quoique. Les connait-on ? Quel autre nom que génocide saurions-nous adjoindre à l’adjectif arménien ? À part « abricot », je ne vois pas, et ça ne pèse pas bien lourd quand il s’agit de parler d’un peuple.

Parce qu’ils sont arméniens ne donne pas les billes pour répondre à ces questions, mais là n’est pas son intention. Témoignage personnel en regard d’une histoire collective, il marque par son autocritique et sa sensibilité.

Découvrez aussi La Nuit tombée d’Antoine Choplin et Le Miel d’Harar de Camilla Gibb.

Ecoutez les premières pages !

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