Delphine de Vigan, No et Moi

Par défaut

Vigan - No et moiNous sommes attablés devant une pizza de chez Picard dont j’ai mis de côté l’emballage, les rideaux sont tirés, la petite lampe du salon nimbe nos visages d’une lumière orangée. Nous sommes dans un appartement parisien, au cinquième étage, fenêtres fermées, à l’abri. Je commence à parler et très vite je perds le fil que j’ai de les convaincre, le désir de voir No parmi nous, assise sur nos chaises, sur notre canapé, buvant dans nos bols et mangeant dans nos assiettes, je ne sais pas pourquoi je pense à Boucle d’Or et aux trois ours, alors que No a les cheveux noir et raides, je pense à cette histoire du livre que ma mère me lisait quand j’étais petite, Boucle d’Or a tout cassé, le bol, la chaise et le lit, et l’image revient sans cesse, j’ai peur de perdre mes mots alors je parle à toute vitesse, sans rien suivre, je parle longtemps, je raconte je crois comment j’ai rencontré No, le peu que je sais d’elle, je parle de son visage, de ses mains, de sa valise bringuebalante, de son sourire si rare. Ils m’écoutent jusqu’au bout. Ensuite il y a un silence. Un long silence.

Le Livre de Poche, pages 108-109

Lou Bertignac, adolescente surdouée, fait face à la vie avec des armes peu ordinaires. Dans un monde où la douleur peut anéantir et le malheur s’installer sans prévenir, elle se tient en dehors, observe, joue avec les mots, expérimente, élabore des théories, défie le destin. Un jour, elle rencontre No et se trouve confrontée à un regard vide, à une solitude. Petit à petit, aider No, sauver cet espoir, sera tout ce qui importe.

Les mots de Delphine de Vigan semblent dépeindre un monde dur, douloureux. Et pourtant… Pourtant, chaque phrase, chaque intention apporte sa dose d’optimisme et de possible. Avoir treize ans n’est plus une fatalité, être seul non plus. Entre l’exposé sociologique et l’expérience de vie, plusieurs mains parviennent à construire un pont. Frêle, certes, mais qui permet d’avancer.

Cette auteure que j’ai découverte récemment me bouleverse à chaque ouvrage. Avec des phrases belles et incisives, elle frappe en plein là où ça fait mal, mais du même coup met du baume au cœur. Cette capacité à donner toute leur légitimité à des maux parfois ordinaires, sans jamais tomber dans le pathos, soulage.

Découvrez aussi La Tête en friche de Marie-Sabine Roger et Marguerita Dolcevita de Stefano Benni.

Ecoutez les premières pages !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s