Archives Mensuelles: avril 2015

Régine Deforges, La Bicyclette bleue

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Deforges - La Bicyclette bleueAu même instant, on entendit, dominant le ronflement des moteurs, les cris des enfants, les piétinements de milliers de gens, les vrombissements tant redoutés.

– Vite, descendez, cria Antoine en quittant le voiture, couchez-vous dans le fossé.

Aidée par Léa, Camille sortit de la voiture, les mains crispées sur son ventre en un geste de protection dérisoire. Elle courut et roula dans l’herbe poussiéreuse du fossé auprès de Josette qui tremblait de tous ses membres et d’un couple de vieillards blottis dans les bras l’un de l’autre.

À basse altitude, les avions les survolèrent, si proches qu’on distinguait nettement les pilotes, puis remontèrent vers le ciel sans nuage. L’étreinte de la peur s’éloignait et quelques têtes commençaient à se relever quand, dans une subite volte-face, les aviateurs allemands mitraillèrent la longue et immobile colonne des fuyards aplatis contre terre.

La poussière projetée par les balles qui crépitaient su la route éclaboussa Léa. Deux fois, trois fois les avions repassèrent. Quand le vacarme meurtrier cessa, il y eut comme un long silence, puis les premiers gémissements, les premiers cris, les premiers hurlements se firent entendre, tandis qu’une fumée noire et nauséabonde, faite de chair humaine, de caoutchouc et d’essence mêlés, enveloppait le désastre. La première, Josette se releva, hébétée, couverte de sang. Elle hurla et tournoya sur elle-même. Camille se souleva lentement, indemne. Près d’elle, les deux vieux ne bougeaient pas. La jeune femme secoua l’épaule de l’homme. Le mouvement les fit roulez, révélant qu’une même balle les avait tués sa femme et lui. Sers deux points fermés, Camille étouffa un cri. Dominant son dégoût, elle se pencha sur les corps, dont elle ferma les yeux. Antoine n’avait rien. Dès que Léa fut debout, tout tourbillonna autour d’elle. Sans Camille, elle serait tombée.

Ramsay, pages 187-188

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Léa Delmas est une jeune fille insouciante. Fille de la terre, la demoiselle de Montillac collectionne les prétendants. Mais le 1er septembre 1939 apporte nombre de déconvenues : Laurent, qu’elle aime en secret, se fiance à la douce(reuse) Camille et la guerre quitte le seul centre des conversations pour devenir réalité et quotidien. Les beaux yeux violets de Léa s’ouvrent alors sur un monde de violence et de choix où la frivolité trouve difficilement sa place. Avec son caractère impétueux et sa provocante beauté, Léa se fait peu à peu à une nouvelle vie et, sans trop l’avoir cherché, se trouve plongée dans la Résistance. Enfin, ça c’est pour commencer, parce qu’avec les années, elle ira en Allemagne avec la Croix-Rouge, en Argentine à la poursuite de nazis, en Indochine où elle sera amenée à rencontrer Hô Chi Minh, à Cuba aux côté du Che, de Camillo Cienfuegos et de Fidel Castro, et, forcément en Algérie, compromise avec le FLN. Le tout accompagnée du mystérieux et honorable François Tavernier qui lui permet de noyer sa peur et sa peine dans un amour réparateur – entendez le sexe.

Une profusion d’adjectifs, de morts, de clichés, de douleurs, de beauté, d’honneur, de combats, de références historiques en huit tomes. Forcément, dit comme ça, ça fait pas rêver. Surtout lorsqu’on y ajoute un léger air de plagiat d’Autant en emporte le vent. Mais… mais La Bicyclette bleue, pour moi, c’est un petit joyau d’adolescence. Lue et relue, cette saga me fait toujours le même effet : une plongée dans un univers effréné, un cours d’histoire de France et du monde en mode accéléré et improbable, des yeux au ciel, un sourire sur les lèvres, et un voyage dans le temps au creux du ventre. En bref, un concentré de plaisir. Surtout que je lui dois sûrement en partie ma morale douteuse (il paraît). Merci Régine, ça fait du bien…

Objectivement, certes, il ne s’agit pas d’une grande œuvre littéraire, ni d’un ouvrage révolutionnaire. Je ne sais pas si c’est un livre à conseiller. Mais c’est là que c’est puissant : mon objectivité me fait absolument défaut – comme c’est souvent le cas avec les doudous. Alors maman, n’essaie pas d’y lire quoi que ce soit, mais il faut croire que c’est un peu mon objet transitionnel à moi !

Découvrez aussi La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero et L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon.

Ecoutez les premières pages !

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