Charlotte Perkins Gilman, La Séquestrée

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sequestreeLa vie devient beaucoup plus excitante qu’elle ne l’était d’habitude. Je suis dans l’expectative, vous comprenez. J’ai quelque chose dont je peux me réjouir à l’avance, quelque chose à surveiller. Déjà, j’ai meilleur appétit et je suis moins nerveuse.

John est tellement content de me voir aller mieux. Il a eu un petit rire l’autre jour pour me dire que j’avais vraiment l’air épanouie malgré le papier peint !

Je m’en suis tirée en riant. Je n’avais aucune intention de lui révéler que c’était grâce au papier – il se serait moqué de moi. Peut-être même aurait–il eu l’idée de m’éloigner d’ici.

Pas question de m’en aller avant d’avoir percé le secret. J’ai encore une semaine et je pense que cela me suffira.

Éditions Phébus, pages 36-37

Dès les premières pages, les mots nous tendent. Et pour cause. Ils témoignent, implacables, de la folie et de l’enfermement. L’aliénation. Celle d’une jeune mère qui tombe en dépression. Celle d’une femme que l’on prive de sa liberté d’expression. Soumise à l’influence des médecins – et de son mari en particulier –, elle est astreinte à une vie bien rangée, sans dangers. Et c’est pour la soigner qu’il la presse de se reposer et de bien manger. Surtout, de ne pas écrire. Alors elle passe des heures dans sa chambre. Des jours entiers à observer les murs, le papier peint. Son jaune sale devient un affront permanent, et son tracé une réelle obsession.

Cette nouvelle touche le point sensible d’une domination masculine aux multiples visages : dépendance financière et sociale, et paternalisme notamment. Dans la fin d’un XIXe siècle américain où la femme ne possède pas de liberté propre, Charlotte Perkins se bat contre de nombreux démons. Impossible de ne pas penser aux hystériques de Freud et Charcot. L’on peut aussi faire le lien avec Alice James (bien moins connue que son frère Henri, étonnamment) ou Édith Wharton. Femmes de lettres, c’est constamment qu’on a nié leur légitimité, voire même leur droit à l’écriture. Alors lisons leurs mots et tournons leurs pages…

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  1. Sauf qu’encore une fois, c’est une auteure (je mets le « e », t’as vu !) issue de la bourgeoisie intellectuelle, qui a pu divorcer de son premier mari et dont on n’a pas nié le droit à l’écriture ni même à la pensée scientifique, puisqu’elle fut écrivaine et sociologue.

    Et de conclure, à nouveau, que les vrais absents des deux derniers siècles en littérature, ce sont bien davantage les prolos que les femmes 😉

    Parce que ça me manquait !

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