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Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude

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Garcia MArquez - Cent ans de solitudeÀ l’entrée du chemin du marigot, on avait planté une pancarte portant le nom de Macondo et, dans la rue principale, une autre proclamant : Dieu existe. Pas une maison où l’on eût écrit ce qu’il fallait pour fixer dans la mémoire chaque chose, chaque sentiment. Mais pareil système exigeait tant de vigilance et de force de caractère que bon nombre de gens succombèrent au charme d’une réalité imaginaire sécrétée par eux-mêmes, qui s’avérait moins pratique à l’usage mais plus réconfortante. Ce fut Pilar Ternera qui contribua le plus à répandre cette mystification, quand elle eut l’idée ingénieuse de lire le passé dans les cartes comme, jadis, elle y lisait l’avenir. Par ce biais, ces gens qui ne dormaient pas commencèrent à vivre en un monde issu des intercurrences et du hasard des cartes, où le souvenir du père s’identifiait bon gré mal gré à celui de tel homme brun arrivé début avril, et l’image de la mère à celle de telle femme brune qui portait un anneau d’or à la main gauche, et où telle date de naissance ne pouvait que remonter au dernier mardi qu’on entendit chanter l’alouette dans le laurier. Ces pratiques consolantes eurent raison de José Arcadio Buendia qui décida alors de construire cette machine de la mémoire dont il avait déjà eu envie autrefois pour se souvenir de toutes les merveilleuses inventions des gitans. Le principe de cette machine consistait à pouvoir réviser tous les matins, du début jusqu’à la fin, la totalité des connaissances acquises dans la vie.

Points, pages 67-68

Cent ans de solitude ou l’extraordinaire aventure quotidienne de la famille Buendia. Six générations qui se croisent et se confondent, s’éteignent parfois, se rêvent aussi. Six générations perdues dans les affres de la guerre, de la modernisation, de l’amour et de la rancœur. Il arrive que les personnages égarent leur mémoire ou qu’ils nous sèment sur les chemins sinueux de la reconnaissance. Au fil des jours, ils répètent leur histoire et celles de leurs ancêtres. Parfois, ils dévient.

Gabriel Garcia Marquez est reconnu comme l’un des Grands de la littérature universelle et Cent ans de solitude bénéficie d’une aura quasi-magique. Une œuvre intouchable ? Et pourtant, les pages se tournaient sans me transporter. Une plume de qualité, c’est indéniable. Un propos fort, certainement. Beaucoup d’intérêt, et pourtant pas emballée. Jusqu’à… jusqu’à cette magnifique dernière page.

Cent ans de solitude, c’est un tout. Pas une histoire palpitante, mais une œuvre pleine : c’est ainsi qu’elle trouve son sens. Alors, lisez les 360 premières pages pour arriver à la trois cent soixante et unième… c’est une implosion du cœur.

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