José Carlos Somoza, Clara et la pénombre

Par défaut

Somoza - Clara et la pénombreTout avait pris un tour si spectaculaire que c’était à peine si Clara voulait aller déjeuner quand arriva l’heure de la pause. Elle ne souhaitait pas interrompre ces esquisses pour se plonger dans la froideur du quotidien. Mais elle s’y trouva obligée, parce qu’elle savait qu’il était nécessaire de s’arrêter un instant dans son escalade frénétique. Auparavant, elle passa dans la salle de bains, se lava, se débarrassa de toutes les traces d’Uhl sur sa bouche et dans son cou et s’observa dans le miroir. Il n’y avait pas de marques, à l’exception d’une légère rougeur aux poignets. La peau apprêtée était beaucoup plus résistante que la normale, et Uhl aurait dû la peindre avec plus de violence pour lui laisser des traces durables. Elle sourit, et son visage acquit cette expression malveillante qui plaisait tant à Bassan. « Je t’ai coincé : tu utilises la force si je réponds de la même façon. Tu veux me dessiner agressive », se dit-elle. Les yeux lui brûlaient, mais elle savait que c’était parce qu’elle les avait tenus ouverts pendant les postures. Elle les baigna avec une solution saline.

Babel, page 335

Les personnages de José Carlos Somoza évoluent dans un monde pas si lointain où l’art est devenu hyperdramatique. Mais qu’est-ce ? Des toiles en forme d’êtres, des êtres desquels l’humanité s’envole. Immobilité, rigueur, silence des sentiments, reflux des sensations, violence du contrôle. Bien entendu, l’art hyperdramatique, c’est aussi un immense lobby, où les luttes de pouvoir répondent à un gigantesque brassage d’argent.

La situation est posée. Maintenant, imaginez Clara : elle rêve de devenir un chef-d’œuvre. À cela, ajoutez le cadavre d’une adolescente : meurtre ou profanation ? Les histoires s’entremêlent, les personnages se multiplient et, malheureusement, le suspense reste à plat. Si l’idée de départ m’avait conquise, dès la lecture des premières pages, mon enthousiasme s’est fatigué. Tous les ingrédients auraient pu être là pour donner un polar réussi, mais décidément le rythme était trop bancal et le scénario mal amené. Les personnages ne sont ni attachants ni intrigants, j’ai regardé l’enquête piétiner et avancer sans que cela ne me fasse ni chaud ni froid, et j’ai trouvé l’idée si bien trouvée exploitée avec peine. Et comme l’ouvrage fait 650 pages, cela devient vite fade et indigeste…

Découvrez aussi Danse noire de Nancy Huston et Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt.

Ecoutez les premières pages ! 

Publicités

"

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s