Lois Lowry, Le Passeur

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Lowry - Le PasseurJonas sourit jusqu’aux oreilles de plaisir et souffla pour voir son haleine embuée. Puis, comme on le lui avait dit, il baissa les yeux. Il vit ses mains, couvertes de nouveau d’un manteau de fourrure de neige, qui tenaient la corde. Il vit ses jambes et les écarta pour jeter un coup d’œil à la luge qui se trouvait sous lui.

Il la contempla, sidéré. Cette fois, ce n’était pas une impression fugace. Cette fois, la luge avait – et continuait d’avoir, tandis qu’il clignait des yeux et la regardait de nouveau – cette même qualité mystérieuse que la pomme avait eue si brièvement. Et que les cheveux de Fiona. La luge ne changea pas. Elle était juste – cette chose, quelle qu’elle fût.

Jonas ouvrit les yeux ; il était toujours sur le lit. Le Passeur le regardait avec curiosité.

– Oui, dit Jonas lentement. Je l’ai vu, sur la luge.

L’École des Loisirs, page 155

Une ode à la liberté individuelle, à l’humanité. Voilà ce qu’écrit Lois Lowry dans un style sobre et percutant.

Jonas vit dans un monde où toutes les inégalités ont été supprimées et, par là-même, toutes les différences. En voulant éradiquer la souffrance et l’erreur, les autorités ont effacé toute notion de bonheur et d’amour. Tout est réglé, régulé ; il n’y a plus de choix possible. Chaque instant de la vie est prévu et savamment orchestré par le Comité des Sages. La pauvreté, le divorce, la guerre, la faim, le chômage, les disputes, les cris et les pleurs n’existent plus. Il n’y a plus de malheur. Plus de souvenirs. Plus de couleurs. Et plus de joie.

Dans cette société où l’individu se doit de s’effacer devant la communauté pour le bon fonctionnement de celle-ci et le bien commun, Jonas se voit attribuer un destin exceptionnel. Choisi pour être le nouveau Dépositaire, il lui faut recueillir tous les souvenirs des générations passées. Les plus simples, les plus doux, mais aussi les plus douloureux.

L’auteure traite avec superbe ce sujet sensible qu’est l’aspiration à la normalité, et finalement à la conformité. Un régime totalitaire qui ne se nomme pas et un jeune homme qui aspire à la justice et à la liberté : un roman initiatique de toute beauté.

De la même auteure, lisez Anastasia Krupnik.

 Découvrez aussi L’Autre de Pierre Bottero et La Mécanique du coeur de Mathias Malzieu.

Ecoutez les premières pages !

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  1. Je l’ai lu également, lorsque j’ai petite, et j’ai adorée ! Je l’ai relu régulièrement, jusqu’à très récemment. Ce roman n’a rien perdu de son charme, et avec l’âge, on est en mesure de comprendre davantage. Un très beau roman !

  2. Tout à fait d’accord avec le Chat. Et en plus des qualificatifs « sobre » et « percutant », je rajouterais « subtile » : roman initiatique avec un message puissant, mais qui n’est pas asséné par l’auteur. On se questionne, on se trouble et cela vous prend plus à l’émotion qu’autre part. Et pour ma part, j’ai encore plus été frappée et transportée par l’Elue, qui s’interroge sur les mêmes thèmes, mais où la beauté des tissus et des couleurs apportent encore une autre dimension.

  3. tiens, je me souviens avoir lu ce livre en quatrième… j’avais même du écrire un bout de suite dans le cadre d’une expression écrite !
    souvenirs, souvenirs…

  4. Merci à vous pour cet article, ça fait des mois que je recherche ce livre que j’avais lu au collège également. J’en avais oublié l’auteur et le titre mais il m’avait laissé une forte impression. Il ne me reste plus qu’à courir chez mon libraire pour me le procurer et le redécouvrir.

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