René Barjavel, Ravage

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Barjavel - Ravage– Tout cela, dit-il est notre faute. Les hommes ont libéré les forces terribles que la nature tenait enfermées avec précaution. Ils ont cru s’en rendre maîtres. Ils ont nommé cela le Progrès. C’est un progrès accéléré vers la mort. Ils emploient pendant quelques temps ces forces pour construire, puis un beau jour, parce que les hommes sont des hommes, c’est-à-dire des êtres chez qui le mal domine le bien, parce que le progrès moral de ces hommes est loin d’avoir été aussi rapide que le progrès de leur science, ils tournent celle-ci vers la destruction.

Folio, pages 85-86

Barjavel imagine la France en 2052 : des villes au-dessus des villes, des télévisions en relief, la visiophonie à grande échelle, des légumes qui poussent sans terre et sans soleil, et une « longue conservation » des morts ne sont que des parcelles de ce que ce nouveau monde a à « offrir ». C’est dans cet univers que François aime Blanche et que Blanche rêve de renommée. Jusqu’au jour où tout s’éteint, où la Terre subit une panne d’électricité généralisée. Débute alors une longue débâcle où chacun sera prêt à tout pour sauver sa peau. Des gens « bien » se transforment en brutes épaisses ; la mort et la folie deviennent le lot quotidien. François prend alors la tête d’une petite troupe qui devra échapper à la famine, aux incendies, aux pillards, à la maladie, à la chaleur accablante et à cette soif galopante…

Barjavel est l’un des grands – en tout cas l’un des premiers – auteurs français de science-fiction. Et si depuis nous avons lu des descriptions futuristes qui nous paraissent autrement plus délirantes, nous devons lui reconnaître la primeur de l’idée, puisqu’il écrit Ravage en 1943. Cependant… je n’ai pas du tout accroché. Ni au style, qui pourtant est de qualité, ni au propos, qui m’a pour le moins interpellée. Car Barjavel prône un retour aux valeurs de la terre et de la famille et, mis en regard de la date d’écriture, ça fait un peu mal – même si les Pétainistes n’ont pas l’exclusivité du « travail, famille, … ».

Alors certes sa réflexion quant au progrès est intéressante et fait échos à bien des interrogations que je peux avoir. Mais peut-être est-ce parce que je n’ai pas été sensible à sa manière de présenter les choses et que je n’ai pas saisi les ironies sous-jacentes, mais cette lecture m’a mise mal à l’aise, et pas pour les bonnes raisons. La représentation de la femme m’a surtout mise sur les nerfs tout du long, et ceux qui me connaissent sauront que c’est une raison suffisante pour ne pas réussir à capter mon attention et mon intérêt !

Alors oui, il ne faut pas oublier que ce roman a aujourd’hui 70 ans, qu’en son temps il a été novateur et qu’il aborde de nombreuses thématiques de première importance. Et pourtant… non, décidément.

Du même auteur, lisez La Faim du tigre.

Découvrez aussi Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis et Roman à l’eau de bleu d’Isabelle Alonso.

Ecoutez les premières pages !

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    • De mon côté, cette lecture m’a laissée assez perplexe. Il m’a fallu une nuit et une journée de réflexion pour fixer mon avis, et c’est le négatif qui l’a emporté. Ca dit plein de choses, et nombre d’entre elles sont intéressantes. Mais pour moi, l’ensemble a été noyé par les esquisses de réponses apportées. Et c’est problématique quand dans un ouvrage comme celui-là, les réponses apportées par l’auteur ne ressemble en rien aux nôtres… Enfin, je dis en rien, peut-être pas. Ce qui est sûr, c’est que ce roman fait cogiter !

  1. Un classique qui ne m’a pas non plus transcendé mais que j’ai néanmoins trouvé intéressant. Pour ce qui est de l’homme, Barjavel est un de ces nombreux intellectuels antimilitaristes qui se sont accommodés de l’occupation au nom du pacifisme. Ca ne fait pas de lui un monstre pour autant, d’autant qu’à mon avis, beaucoup se comporteraient comme lui encore aujourd’hui.

    • Ce n’est pas l’homme que je remets en question ici, seulement des idéaux qui ne sont pas les miens ! Pour ce qui est d’agir encore comme ça aujourd’hui, je n’en doute pas. Et je ne vois pas qui pourrait se targuer de savoir qu’il serait un héros… Et intéressant, Ravage l’est. Mais ce n’est pas pour autant que j’aime 🙂

  2. Bon je le le lirai peut être pas alors. Juste par curiosité, quel est son point de vue sur la femme ?Dans La Nuit des Temps, il parlait de femme parfaite mais il avait surtout appuyé sur le fait qu’elle était super belle. Est ce que du coup sa philosophie est un peu « sois belle et tais toi  » ?

    • Je ne pense pas qu’on puisse dire que sa philosophie soit « sois belle et tais-toi », mais tout de même, les femmes sont belles et elles se taisent ! Mais la femme est reléguée au rôle de petite chose dépendante qui a besoin qu’on s’occupe d’elle, alors que l’homme, lui, peut être fort et grand !! Elle ne sert qu’à le mettre en valeur.

  3. Pingback: Todd Strasser, La Vague | Aux livres de mes ruches

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