Marie-Sabine Roger, La Théorie du chien perché

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Roger - La Théorie du chien perchéAvant, quand j’étais dans la niche – à cette époque où j’étais chien – ça faisait pas trop de problème, la flotte qui flotte d’un coup. Vu que j’avais un toit fermé dessus et du bon gros ciment dessous. Et puis que j’y vivais pas seul, à l’époque. J’avais de la chaleur à partager, pour ce qui était de me sécher.

La chaleur, ça fait partie des choses importantes. Oui, c’est sûr, ça en fait partie ! Comme le ventre plein et les nuits bien dormies. Par contre, il y avait quand même un par contre. Quand j’étais au fond de ma niche, je voyais ni feuilles ni branches, ni même un poil de cul d’oiseau.

C’est un peu ça qui est difficile avec la vie. La vie en tant qu’existence, je parle.

On peut pas tout avoir et le reste, à la fois.

Babel, page 82

D’abord il y a Juliette. Autrement dit Moi-Juliette-Tromoche-Mabikette-Poussin-Juju-Toi-La pauvre. Elle ne parle pas, ne semble pas communiquer. Pourtant, elle vit ; en-dedans. Il y a des jours, elle est avec Lucile, sa famille d’accueil à elle toute seule. D’autres jours, elle est au foyer des Bleuets ; ce sont les mauvais jours. Et parfois, ce sont les jours avec maman et papa ; les beaux jours. Tap tap, les pas. Clic clac, l’étricité. Dans son monde intérieur, les réalités sont autres et les mots réinventés.

Ensuite il y a Etienne. Il vit avec sa mère et son frère. Puis un jour seulement avec son frère. Et un autre jour, tout seul. Et ce qui est dur quand on est seul, c’est la solitude. Et le reste. Heureusement, Calamine lui laisse une place dans sa niche. Alors Etienne devient chien : très rapidement la vie devient belle. Et quand Calamine disparaît également, il ne lui reste plus qu’à grimper dans les arbres, s’ouvrir un horizon sur le monde. On le dit simple d’esprit, seulement, en réalité, ça tourbillonne.

Marie-Sabine Roger nous dresse ces deux portrait sans condescendance aucune. Des ponts d’incompréhension à franchir pour atteindre ces êtres en marge. En marge de quoi ? Franchement, on ne sait plus trop. Car l’irrationnel devient évident et la liberté très loin à portée de main. Il paraît qu’on lit pour s’évader. D’accord, emmenez-nous, pour mieux nous enfermer dans leur esprit, nous plonger dans une tourmente de pensées sans queue ni tête. L’auteure plaque ses mots avec une intelligence pleine de grâce, elle revisite le langage. Le sens premier disparaît, on perd la raison. L’avait-on ?

Découvrez aussi Cette histoire-là d’Alessandro Baricco et Margherita Dolcevita de Stefano Benni.

Ecoutez les premières pages !

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  1. Ce livre m’a emmené très loin, très haut. C’est vrai que le travail de la langue est superbe. Et ces textes sont absolument sans jugement, sans aucun exotisme. Ca va droit dans le coeur et ça y reste. Surtout la première des deux nouvelles, qui m’a particulièrement émue, peut-être parce qu’elle est plus réaliste ?

  2. Pingback: Marie-Sabine Roger, La Tête en friche | Aux livres de mes ruches

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