Malika Ferdjoukh, Quatre soeurs

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Ferdjoukh - Quatre soeursCharlie, à son fourneau, fit volte-face en fixant bien droit la ligne d’horizon de sa cuillère en bois.

– Tu es sûre de la recette ? dit-elle à Hortense. Je n’arrive pas à obtenir la consistance d’une confiture.

– Inspire toi du cerveau de Bettina.

– Abrutie, grogna Bettina.

– Goûte ça, ordonna Charlie.

Sans cesser de lire, Hortense inclina la tête en ouvrant le bec. Charlie y versa un peu de la mixture.

– Soit c’est dur comme du caramel, soupira-t-elle. Soit c’est mou comme, euh….

– … du caramel mou ?

Hortense avala. Sa langue fit un numéro de claquettes. L’œil toujours rivé au destin de Marjorie Morningstar, elle énuméra :

– Trop de sucre. Trop ferme. Pas assez cuit. Peu mieux faire.

Charlie pivoté. Et re-pivota (ce qui la ramena à son point de départ), en maugréant :

– À cause de Bettina. Elle était censée surveiller la balance quand je versais le sucre.

– Le monde entier sait que c’est Bettina qu’il faut surveiller.

– Abrutie, grogna derechef Bettina.

L’École des Loisirs, pages 20-21

Les trois mousquetaires ? Ils sont quatre ! Les quatre sœurs Verdelaine ? Elles sont cinq, bien évidemment ! Et c’est aussi un peu une pour toutes et toutes pour une. À leur manière.

Il y a donc, de la plus âgée à la plus jeune Charlie (qui s’occupe de tout et lutte pour joindre les deux bouts), Geneviève (qui prend secrètement des cours de boxe thaïe), Bettina (qui monopolise la salle de bain, enquiquine tout le monde et s’aperçoit qu’elle n’est peut-être pas aussi superficielle que ce qu’on pourrait penser), Hortense (qui passe le plus clair de son temps à lire et à remplir son journal et qui, tout à coup, découvre le théâtre) et Enid (qui compte les pas qui la mènent jusqu’à chez elle et prend soin de toutes les créatures, réelles ou non). Ces cinq-là donc, vivent seules depuis que leurs parents sont morts. Et c’est à la Vill’Hervé que ça se passe, dans cette grande maison au bord de la falaise…

Les aventures des sœurs Verdelaine, c’est à la fois réjouissant et attendrissant, hilarant et émouvant. C’est tout plein de choses en même temps. Malika Ferdjoukh nous berce et nous secoue alternativement avec un style plein de piment. La vie est dure et on rit. Enfin, nous. Dans le livre, elles rient aussi, mais peut-être moins souvent, envahies parfois par la mélancolie, souvent prises dans le branle-bas de combat ou trop occupées qu’elles sont à se chamailler. Mais c’est à chaque fois plein d’éclats. L’auteure a le plaisir des mots et des noms, ça se sent !

Découvrez aussi Je ne t’aime pas, Paulus d’Agnès Desarthe et Margherita Dolcevita de Stefano Benni.

Ecoutez les premières pages !

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