Claude Courchay, Retour à Malaveil

Par défaut

Courchay - Retour à MalaveilLe Petit, je le revois ce jour-là, il était rudement beau. Pas de la beauté de ces types que tu vois au cinéma, à force tu connais tous leurs tics, ça te fait autant d’effet qu’une enclume dans un cimetière de tanks. Lui, était beau parce qu’il était vrai. Il n’avait pas l’air déguisé. Il était comme nous, avec nos soucis et notre fatigue, et c’est pas la peine de se parler pour s’entendre quand on a eu mesuré une fois avec son dos que la terre est basse et qu’on a plus tôt fait de compter son argent que sa peine. Ce Petit, il était ce qu’on aurait pu être si on n’était pas des endormis de naissance. Ce n’est pas tant notre faute. On nous raconte qu’il faut courir après la sécurité. Total, on la paie cher. Une fois que tu l’as, ta sécurité, tu es fait comme un rat mort. Tu n’as plus qu’à vieillir.

Le Livre de Poche, page 53

C’est un roman en forme de huis clos. De grand huis clos, puisqu’il se déroule dans un village, Malaveil, et un petit hameau qui lui est attenant, le Mas. Bon, d’accord, on fait aussi un petit passage par Paris, Nice et Avignon. Mais tout de même, ça respire fort le renfermé, le « les uns sur les autres ». Ça respire fort la suspicion : normal, il y a quinze ans, le Petit a été envoyé à tort en taule pour le meurtre sauvage d’un touriste. Et aujourd’hui, il sort. Aujourd’hui, il rentre. La rage au cœur, les traits marqués, le regard calme, il observe. Depuis tant d’années, une seule et même question revient, lancinante : qui a bien pu lui faire ça ? et pourquoi ? Toutes mes excuses, cela fait deux questions.

Retour à Malaveil, c’est un roman qui sent la terre, le terroir. En donnant successivement la voix à plusieurs villageois, l’auteur parvient à nous faire ressentir les tensions qui habitent les personnages. Des secrets bien gardés et des choses qui ne regardent que soi : on avance à petit pas dans les intimités et vers la vérité. Coco nous guide, depuis son comptoir où les hommes s’épandent. Car voyez-vous, le Petit, c’est son filleul, sa perle rare. Et cela fait aussi quinze ans qu’il se demande ce qui a bien pu se passer réellement. De la Seconde Guerre mondiale aux guerres de décolonisation, chacun est hanté par ses démons. C’est le XXe siècle des petites gens qui défile dans ce roman, un siècle qui ne pardonne pas. Ou si, parfois.

Découvrez aussi Les Oreilles de Buster de Maria Ernestam et La Relieuse du gué de Anne Delaflotte Mehdevi.

Ecoutez les premières pages !

Publicités

"

  1. Pingback: Août 2013 | Aux livres de mes ruches

  2. Pingback: Andrée Chedid, L’Autre | Aux livres de mes ruches

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s