Khaled Al Khamissi, Taxi

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Al Khamissi - TaxiEh bien, au final, on va larguer ce pays pourri comme tout le monde. C’est clair que c’est le véritable projet du gouvernement : nous obliger tous à partir. Mais je ne comprends pas, si on part tous, qui est-ce que le gouvernement va pouvoir voler ? Il ne lui restera plus personne.

Franchement, je ne sais pas si le ministre de l’Intérieur avant de dormir pense à ce qu’il nous fait subir. Est-ce qu’il sait qu’on a reçu une bonne éducation et est-ce qu’il sait à quel point nos familles se sont tuées à la tâche pour nous instruire ? Est-ce qu’il sait à quel point on est humiliés par ses hommes dans la rue ? Est-ce qu’il se rend compte, la tête sur son oreiller, que ça y est, on va exploser ? Franchement, ce n’est plus supportable. On se tue pour vivre. Et l’Intérieur nous traite comme si on était des bandits et, bien sûr, des menteurs. Nous sommes tous des menteurs devant un officier. C’est clair qu’ils les forment comme ça à l’école de police : l’être humain naît menteur, vit menteur, respire des mensonges et meurt en menteur.

Babel, page 107

Ce ne sont pas moins de 58 conversations entre des hommes et des chauffeurs de taxi du Caire qui nous dépeignent un tableau réaliste et fascinant de l’Égypte à un moment crucial de son histoire (entre 2005 et 2006). Khaled Al Khamissi a consigné, retranscrit, revisité et inventé ces échanges empreints tour à tour d’une froide lucidité ou d’un timide optimisme. Rien n’est épargné : les difficultés et humiliations de la vie quotidienne, le marasme des administrations, la corruption galopante, l’omniprésence et la violence des services de police, la toute-puissance du président Hosni Moubarak… N’allez cependant pas croire à un livre noir : humour et poésie ne sont jamais bien loin.

Cet ouvrage prend la forme de chroniques sociales, économiques, religieuses et politiques. La sincérité, et l’ingénuité parfois, de leur ton en font de précieux témoignages – toujours du point de vue de l’homme cependant, précisons-le, la femme n’ayant droit à la parole que par récit interposé. Peu importe que ces situations aient été réelles : ce sont les voix du peuple qui s’expriment et nous (me) parlent de ce pays que nous ne connaissons que par le prisme d’un regard occidental et somme toute capitaliste. Car il ne faut pas imaginer lire une propagande pour tel ou tel mouvement politique. Non. Avec Taxi, nous découvrons – simplement et humainement – les horizons possibles et impossibles pour ce pays et ses habitants. Un récit étrangement prophétique, sans fin.

Je regrette simplement de ne pas mieux connaître la situation égyptienne et de ne pas pouvoir me faire mon propre avis sur cette géopolitique si particulière : porte ouverte à de nouvelles curiosités donc !

Ecoutez les premières pages !

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