Kéthévane Davrichewy, Les Séparées

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Davrichewy - Les Séparées– Mais toi ? Tu ne ressens rien quand il te caresse ?

– Il ne me caresse pas. Pas comme tu dis.

– Alors ce n’est pas toi le problème.

– Peut-être que je n’ai pas envie qu’il me touche.

– Tu finiras par rencontrer quelqu’un avec qui ce sera évident. En attendant, tu n’as qu’à faire ça seule.

– Ne dis pas des choses pareilles.

Cécile arracha un brin d’herbe qu’elle se mit à mâchouiller.

– Tu sais, dit Alice, j’embrasse beaucoup de garçons, mais finalement être attirée par quelqu’un, c’est rare. Je pensais que lorsqu’on aimait, on avait forcément envie de toucher l’autre et que c’était réciproque. Mais je n’y crois plus. Dans la réalité, les choses ne se passent pas comme ça. Tu vois, ce n’est pas simple. J’ai trop idéalisé l’amour. Comme toi. On se rompe, l’une et l’autre.

– Heureusement que tu existes, dit Cécile.

– Oui, répondit Alice, heureusement que nous sommes là.

10/18, pages 42-43

Alice et Cécile partageaient tout : les rêves et les espoirs, les inquiétudes, leurs familles. Deux opposés qui s’attirent, se complètent. Alors, les années passant, elles se sont construites en parallèle : les idéaux, les projets artistiques, le mariage, les enfants. Cependant, après des années d’une amitié apparemment indéfectible, les liens se sont délités. Comment ? Pourquoi ? On peut interpréter les faits, mais peut-on comprendre les sentiments ? Et peut-on les maîtriser ?

Dans ce court roman, Kéthévane Davrichewy nous emporte dans un voyage à travers le temps. Pas de chronologie : les récits se mêlent, s’interposent, s’entrecroisent. De Paris à New-York, du Venezuela à Sollière, leurs vies se heurtent à la douleur, la maladie, la mort. Et, au fil des pages et des souvenirs, l’amitié est questionnée : elle est belle, venimeuse, forte, destructrice. C’est une amitié « pour toujours », jusqu’au jour où… jusqu’au jour où, peut-être, les changements ne peuvent plus être dissimulés, jusqu’au jour où la vie se dresse entre elles, jusqu’au jour où elles ne se font plus de bien.

Mais même avant ça, si leur amitié paraissait évidente, elle n’était pas simple pour autant. Les relations entre les personnages se tissent et, petit à petit, on commence à comprendre. Les êtres sont déchirés, marqués par leur histoire et celle des autres. Et lorsque leurs mondes se brisent, face à la solitude, ne reste que ces miettes du passé. Alors on envoie des lettres imaginaires, on tente de survivre. Parfois on abandonne, parfois on se reconstruit. Et cette tension habite le lecteur tout au long de l’ouvrage : il la perçoit, la médite.

Ecoutez les premières pages !

Découvrez aussi Trois fois septembre de Nancy Huston et Mari et Femme de Régis de Sà Moreira. 

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  1. Pingback: Août 2013 | Aux livres de mes ruches

  2. J’avais lu La mer noire de la même auteure et j’avais vraiment été saisie par le style – sans fioriture – et l’histoire. Du coup, ce petit aperçu m’a donné envie de lire les Séparées. C’est choses faites, et je trouve ce livre tout aussi bon que l’autre. Je trouve qu’à chaque fois l’auteure arrive à toucher une vérité du sentiment sans que les personnages ne s’apitoient sur leur vie où procèdent à l’exercice périlleux de l’introspection. Et, dans les deux cas, des sujets graves, politiques, sociaux, qui traversent la vie des personnages et leur construction. Le tout dans une sobriété et une justesse que j’ai grandement apprécié.
    A ce propos, je regrette un peu ce qui constitue « le noeud » des séparées et qui replonge l’histoire dans une banale histoire de tromperie amoureuse. Je trouve que l’histoire croisée des deux personnages était déjà suffisamment riche et que, justement, ce qui fait l’intérêt de ce livre, c’est qu’il n’y a pas de raison apparente à ce délitement de l’amitié. Or, nous livrer cela à la fin, c’est mettre fin à cet enchantement.
    D’ailleurs, personnellement, j’ai préféré glisser sur ce passage et garder en bouche l’amertume doucereuse d’une relation qui se rompt sans qu’on en saisisse vraiment les raisons, et les regrets nostalgiques devant ce qu’on pensait être une amitié indéfectible.

  3. Une mélancolie du coeur, un aventure au gré des voyages intarissables des personnages… Une journée pour le dévorée, une journée pour me plonger dans quelque chose de si réel, si proche et même temps que l’on se doute narré !
    Je me suis perdue dans cette frontière laissée par l’auteure, je me suis laissée bercée par sa mélodie, non pas douce telle celle d’autres romans, mais tranchantes de vérité.
    Le noeud de l’histoire entre les séparés me parait pour ma part un élément essentiel, un point crucial, comme une rattache au port de la réalité.
    Je suis encore bercée par son chant tranchant, je ne sais plus trop où je me suis situe et pourtant je sais que ce livre m’a beaucoup touché !

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