Laura Esquivel, Chocolat amer

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Esquivel - Chocolat amerLogo JacquesTita, à genoux, penchée sur le metate, se démenait en cadence pour écraser les amandes et le sésame.

Sous la blouse, sa poitrine bougeait librement car elle n’avait jamais porté de soutien-gorge. Des gouttes de sueur, depuis son cou, suivaient le sillon de sa peau entre ses seins ronds et durs.

Ne pouvant résister davantage aux odeurs qui émanaient de la cuisine, Pedro s’approcha. Il s’arrêta à la porte, pétrifié devant la sensualité qui se dégageait de Tita.

Celle-ci leva la tête sans cesser de broyer et ses yeux rencontrèrent ceux de Pedro. Leurs deux regards embrasés ne firent plus qu’un ; un spectateur aurait perçu un seul mouvement rythmique et sensuel, une seule respiration haletante et un même désir.

Folio, page 75

Au début du XXe siècle, le Mexique est plongé en pleine tempête révolutionnaire. Tita, elle, pile les amandes, broie la cannelle, fait rôtir les cailles et aime Pédro. Éperdument. À chaque plat se mêle un fragment de son être : un brin de tristesse ou une touche de désir, dont chaque recette s’imprègne avec délices, en exhale les plus intimes ferveurs. Et lorsque cuisiner est un art, déguster devient un apprentissage. Tout peut arriver : les oignons provoquent un torrent de larmes, les pétales de roses mènent à une fugue aphrodisiaque et un gâteau de mariage devient le gardien d’une nostalgie contagieuse.

Tita, la benjamine, est destinée à veiller sur sa mère. Forcée de renoncer à son mariage avec Pedro, elle métamorphose ses frustrations en saveurs. Les plats naissent sous sa main, captent ses émotions, les transfigurent. Sous le joug d’une matriarche omniprésente, elle se réfugie dans sa cuisine, son antre.

Ce roman est plein de magie, d’une tendresse qui ne cherche pas à se dissimuler. Laura Esquivel emprunte ses codes à la littérature sentimentale afin de les transcender. Sous couvert d’une simple histoire amoureuse (mais une histoire amoureuse peut-elle jamais être simple ?), elle dit l’amour de la vie et le besoin de liberté. Le réalisme fantastique propre à la littérature sud-américaine se déploie ici et pimente le récit. On ne sait trop si la cuisine est prétexte à l’amour ou si c’est l’inverse, mais érotisme et gourmandise se trouvent bien sensuellement mêlés.

Les amants et les mets entrent en osmose et, pour compléter les recettes, il suffit de cette pincée d’imagination qui nous ouvre une porte sur le rêve…

De la même auteure, lisez Vif comme le désir.

Découvrez aussi Le Vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepùlveda et Margherita Dolcevita de Stefano Benni.

Écoutez les premières pages !

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