Roy Lewis, Pourquoi j’ai mangé mon père

Par défaut

Lewis - Pourquoi j'ai mangé mon père– D’ailleurs, continuait père, sommes-nous déjà sortis de la nature, comme tu le prétends ? Pourquoi le feu ne serait-il pas une forme d’adaptation, exactement comme la girafe allongeant son col, ou le cheval conglutinant ses doigts de pied ? Suppose que la glace descende jusqu’ici. Cela prendrait des siècles à me faire repousser une fourrure. Et d’autres siècles à m’en débarrasser ensuite, quand le climat se réchaufferait. Imagine que j’invente une fourrure amovible ? Tiens, il y a de l’idée là-dedans…, dit-il, songeur, tandis que l’oncle Vania grognait de mépris. Bien que dans la pratique, continuait-il, les sourcils froncés, je ne voie pas comment l’appliquer… En attendant, le feu fait bien l’affaire, dit-il, on peut à volonté réduire la chaleur ou l’augmenter. C’est de l’adaptation, ça, donc de l’évolution, seulement nous y arrivons beaucoup plus vite, un point c’est tout.

– Voilà ! Voilà l’erreur ! ô misérable prétention d’homme que tu es ! s’écria oncle Vania. De quel droit accélérer les choses ? De quel droit pousser à la roue, au lieu de te laisser conduire ? Tu veux bousculer la nature, mais sois tranquille, elle ne se laissera pas faire. Un jour tu t’en apercevras !

Babel, pages 56-57

Entre le pléistocène inférieur ou supérieur, ou même encore avant – les temps sont flous – enfin, il y a très longtemps, un hominien découvre le feu. Évolution ? Révolution dans tous les cas. La journée ne prend plus immédiatement fin avec le jour et ce sont les débuts de la gastronomie. Sans compter que le feu est un moyen de défense… efficace. De destruction aussi. Massive. Et surtout un prétexte à réflexion.

Dans une langue matinée de termes scientifiques et ethnologiques, nous suivons les tribulations d’Ernest. Le génie, c’est son père. Toujours en avance sur son temps. Trop ? C’est ce que pense Vania, un écolo version préhistoire. Où se termine l’adaptation et où commence la transgression ? Découvertes technologiques, considérations individuelles et impact sur la société : mélangez le tout, imaginez et modifiez, et vous aurez une critique de notre monde contemporain. Quand je dis « critique », ne l’entendez pas dans le sens d’une absolue dénonciation mais plutôt d’une analyse source de nombreuses interrogations. Et quand je dis « contemporain », sachez que cet ouvrage a été écrit en 1960… mais peut-être est-il encore plus d’actualité aujourd’hui. Dans tous les cas, n’imaginez pas une lecture moraliste : l’humour est omniprésent et nous dessine au moins un sourire en coin.

Écoutez les premières pages !

Découvrez aussi La Faim du tigre de René Barjavel et  Roman à l’eau de bleu d’Isabelle Alonso.

Publicités

"

  1. Pingback: Juillet 2013 | Aux livres de mes ruches

  2. J’ai bcp aimé le mixe des termes scientifiques,qui donnent un aspect sérieux et les « critiques » de notre société avec des situations cocasses et extravagantes. Ca donne un rendu assez déjanté au final mais en même temps extrêmement bien documenté ! Ou as tu trouvé l’extrait audio ?

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi ! C’est moi qui lis les premières pages. J’essaie de le faire pour chaque ouvrage, histoire de donner le ton et de présenter l’ouvrage autrement 🙂 Sinon je sais que « Pourquoi j’ai mangé mon père » a tourné au théâtre, donc il existe sûrement des extraits également.

  3. Pingback: René Barjavel, Ravage | Aux livres de mes ruches

  4. Pingback: René Barjavel, La Faim du tigre | Aux livres de mes ruches

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s