Antoine Choplin, La Nuit tombée

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Choplin - La Nuit tombéeIl y a, dans le sombre des lieux, de curieuses trouées.

Vers le haut, des fragments de ciel étoilé se faufilent parmi les frondaisons et c’est comme si l’univers dégringolait jusque-là pour se mettre à exister pour de bon, presque à portée de main.

Il faut un regard long et opiniâtre pour retrouver le jeu des profondeurs, éclatant soudain à la conscience, le temps d’une seconde à peine, comme en une bouffée de saveur.

Et il y a de l’inconfort dans ce vertige.

Gouri, le regard long et opiniâtre levé vers les bribes de ciel.

Son corps entier frissonne.

À cause, peut-être des solitudes amoncelées.

Emboîtées comme des poupées gigognes. La sienne propre à Gouri, d’homme singulier ; celle de cette zone maudite, ce trou noir du monde ; celle aussi de son espèce, humaine, et de son vaisseau terrestre qui s’est fichu là, au cœur de l’immensité.

La fosse aux ours, pages 110-111

Gouri s’en va, une remorque bringuebalante artisanalement attachée à sa moto. Il revient sur ses pas, sur ce fragment qu’était sa vie. La route nous paraît longue. C’est loin, là-bas. Toujours tout droit, de l’autre côté du pont.

Exilé à Kiev après la tragédie tchernobylienne, Gouri tient encore sur ses jambes, ses deux mains sont fonctionnelles. Ce n’est pas le cas de sa fille Ksenia ni de son ami Iakov. Ni de tant d’autres. La peau se délite, les maisons sont pillées et les personnalités sont amochées.

La Nuit tombée est un de ces romans qui marquent, qui laissent une empreinte froide mais précieuse. Avec une sobriété implacable et effrayante, Antoine Choplin parvient à nous faire ressentir toute l’horreur de la catastrophe, ce vide miséreux qui s’est installé. L’exil forcé, la maladie, la désertion. Le silence en est le point culminant et l’ultime coup qui nous est porté.

Du même auteur, lisez Quelques jours dans la vie Tomas Kusar.

Découvrez aussi Le Remplaçant d’Agnès Desarthe et Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome.

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